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Publié par caphi

[actu] Une championne de golf transsexuelle part en guerre contre sa fédération (source : Le Monde, 13-10-2010) S'estimant victime d'une discrimination, ne pouvant s'inscrire aux championnats du monde de la discipline depuis un changement de règlement qui stipule que, pour concourir, une femme doit être née femme. Déterminée à défendre ses droits, Lana Lawless a décidé, explique le New York Times, de poursuivre la Ligue américaine de golf féminin (LPGA) ainsi que l'organisation Long Drivers of America, en charge des championnats du monde, et ses sponsors. La plainte a été déposée à San Francisco. Estimant que les dispositions appliquées par la fédération de golf sont contraires aux lois en vigueur en Californie, Lana Lawless tente de faire interdire les tournois LGPA dans l'Etat tant que ce règlement ne sera pas modifié. Elle réclame également une réparation financière pour le préjudice subi. > EN SAVOIR PLUS

 

Les exemples de sportifs de haut niveau qui ont changé de sexe sont rares et souvent douloureux. 

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Fiertés: sports en tout genre

source : slate.fr, 26 juin 2010

Il y a quelques mois, le monde du journalisme américain a vécu une tragédie, celle de l'un des siens, reporter sportif au Los Angeles Times depuis 25 ans. En novembre dernier, Mike Penner, 52 ans, s'est suicidé à son domicile, mettant un terme à une aventure personnelle qui s'était emballée le 26 avril 2007.

Ce jour-là, Penner n'avait pas écrit un article ordinaire. Sous le titre Old Mike, new Christine, il avait expliqué à ses lecteurs, mais aussi aux membres de sa rédaction, que désormais, il ne s'appellerait plus Mike Penner, mais Christine Daniels.

«Aujourd'hui, je m'éloigne pour quelques semaines et quand je reviendrai, je serai Christine», avait-il prévenu dans ce papier d'une force étonnante où il mesurait bien la difficulté de cette transition et celle de ses proches, parmi lesquels son épouse, Lisa, à le comprendre.

Mike est bien devenu Christine. Elle a continué son métier de reporter sportif pour le Los Angeles Times, couvrant notamment l'arrivée de David Beckham au sein de l'équipe des Los Angeles Galaxy. Et puis Christine est redevenue Mike un an plus tard. Christine n'avait pas réussi à s'accepter, notamment à assumer ce qu'elle voyait dans le miroir tous les jours. «Je ne suis pas jolie», craqua-t-elle lors d'une séance photos pour le magazine Vanity Fair.

Perdu(e) entre ses deux identités, Mike / Christine Penner sombra dans une profonde dépression et mit fin à ses jours dans son garage il y a sept mois. Son histoire, extraordinaire et émouvante, est à lire ici.

Renee Richards

Mike Penner était un habitué du circuit professionnel de tennis, comme son épouse, Lisa Dillman, également reporter au Los Angeles Times. Et sa trajectoire personnelle rappelait évidemment, en plus tragique, celle de Renee Richards, joueuse de tennis transsexuelle qui avait défrayé la chronique en 1977. L'exemple, peut-être, le plus célèbre d'un sportif transgenre.

Car avant de s'appeler Renee Richards, il y avait donc eu Richard Raskind. Diplômé de Yale et ancien officier chez les Marines, Raskind était devenu l'un des ophtalmologistes les plus connus de New York. Il était aussi un très bon joueur de tennis amateur aux Etats-Unis, n°13 chez les plus de 35 ans en 1974. Jusqu'à ce jour de 1975, où, à l'âge de 40 ans, après des années d'hésitations au milieu d'une longue psychanalyse, Richard, père divorcé d'un petit garçon de 12 ans, devint Renee au terme d'une opération.

Pour faire table rase de son passé, Renee Richards changea également de domicile et s'installa en Californie, à Newport Beach, non loin de Los Angeles. Elle y ouvrit un cabinet d'ophtalmologie et participa, pour son plaisir, à divers tournois féminins sans dire évidemment qu'elle avait été un homme.

Démasquée

Mais en juillet 1976, alors qu'elle disputait un tournoi à La Jolla, elle fut reconnue et dénoncée par un homme dont l'identité est toujours restée secrète. L'USTA, la fédération américaine de tennis, lui ordonna alors de ne plus participer à aucune compétition féminine. Renee entra en guerre car elle avait un rêve: jouer un jour l'US Open et sur le circuit professionnel.

Ce droit, après des mois de procédures, la Cour Suprême de New York le lui accorda en août 1977, malgré l'hostilité de l'USTA et de nombreuses joueuses qui contestaient aussi sa venue en raison des avantages physiques supposés dont elle pouvait bénéficier.

A 43 ans, Renee Richards joua donc l'US Open. Pour son tout premier match en tant que professionnelle, elle eut même les honneurs du central de Forest Hills où avait lieu le tournoi à l'époque avant d'émigrer à Flushing Meadows. Elle affrontait, il est vrai, la toute récente gagnante de Wimbledon, la Britannique Virginia Wade. Cette rencontre fit naturellement sensation à travers le monde.

Carrière de quatre ans

Malgré son 1,85m, Renee, avec son bob sur la tête, ne fut pas de taille et s'inclina 6-1, 6-4 sous les yeux de 15.000 spectateurs et de millions de téléspectateurs. Quelques jours plus tard, néanmoins, elle atteignit la finale du double, associée à Betty-Ann Stuart, où elle perdit face à Martina Navratilova et Betty Stove.

La carrière de cette gauchère étonnante dura quatre ans. En novembre 1977, elle remporta le seul titre de sa carrière à Buenos Aires. En 1978, elle fut quart de finaliste à l'US Open et en 1979, elle décrocha le meilleur classement de son aventure sportive : 20e. En 1981 et 1982, elle devint l'entraîneur de Martina Navratilova qui, à ses côtés, triompha à Roland-Garros pour la première fois. Puis elle rouvrit un cabinet d'ophtalmologie à New York où elle exerce toujours à l'âge de 75 ans.

Dans une interview, en 1979, à l'édition américaine de Tennis Magazine, Renee Richards avoua, toutefois, regretter son opération

Mais est-ce que tout le monde ne se dit pas que sa vie aurait pu être différenteJe reçois beaucoup de lettres de gens qui me demandent des conseils. Quand il s'agit de personnes qui ont une quarantaine d'années, comme moi quand j'ai été opérée, je les décourage d'en passer par là. A ceux qui ont 18 ou 20 ans, et qui en ont vraiment envie, je dis toujours: allez-y ! Corrigez ce que la nature a mal fait. Mais si vous êtes un pilote d'avion de 45 ans, que vous avez une ex-femme et trois enfants qui sont devenus des adolescents, il vaut mieux prendre du Prozac et du Zoloft et se tenir éloigné de tout ça.

En 2009, une autre joueuse de tennis transsexuelle, Andrea Paredes, une Chilienne de 37 ans, est apparue brièvement sur le circuit féminin, mais dans des épreuves mineures. A l'inverse, l'Allemande Yvonne Buschbaum, l'une des meilleures perchistes mondiales, a renoncé à tout avenir sportif, et notamment aux Jeux de Pékin, à l'âge de 27 ans en décidant de devenir un homme prénommé Ballian.

Caster Semenya

La transsexualité, exceptionnelle dans la vie, l'est encore plus dans le sport où il est, en fait, plus «courant» de parler d'intersexualité que de transsexualité. L'Autrichienne Erika Schinegger, championne du monde de ski en 1966, avait en son temps défié la chronique. Un test médical pratiqué lors de l'hiver 1967 avait confirmé qu'Erika était un homme: son sexe s'était développé à l'intérieur de son corps et il n'avait donc pas été identifié correctement pendant de longues années. Il décida alors de se faire opérer et de changer son prénom d'Erika en Erik. Il se maria et devint père d'une petite fille.

L'affaire Caster Semenya, du nom de cette Sud-Africaine championne du monde du 800m en 2009, a remis récemment le sujet sur la place publique sans que l'on sache toujours quelle est la vérité au sujet de cette jeune femme à l'allure très masculine qui n'a pas recouru depuis. La Fédération internationale (IAAF) a l'intention d'adopter une règle sur le genre sexuel des athlètes, officialisée en août prochain et qui devra être appliquée à partir de janvier 2011.

Interrogée sur Caster Semenya par la chaîne CBS, Renee Richards a bien différencié son cas de celui de la jeune athlète.

J'ai été un homme, ce qui n'est pas son cas. Mais si son corps produit de la testostérone en grande quantité, alors il n'est plus question pour elle de concourir avec des femmes car elle est très jeune et dispose donc d'un avantage conséquent. Moi, lorsque je suis devenue une femme, j'avais 40 ans et à cet âge-là, l'emprise physique que je pouvais avoir sur d'autres femmes était forcément atténuée par le poids des ans d'autant qu'à partir de mon opération, je n'ai plus jamais produit de testostérone.

A l'occasion de la récente journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, prélude à cette Marche des Fiertés 2010, Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, a présenté un plan d'action contre l'homophobie, «dans et par le sport». Ce plan dispose de deux ambassadeurs: Gareth Thomas, le rugbyman gallois qui a fait son coming out en décembre, et Amélie Mauresmo. Elle aurait pu y associer la révolutionnaire Renee Richards.

Yannick Cochennec

http://www.slate.fr/story/23735/genre-sport-sexe-semenya 

  

Le transexualisme et l'intersexuation dans les SPORTS

 

La championne du monde 2009 sur 800 mètres est au centre d'interrogations sur son identité sexuelle qui vont bien au-delà du sport.

[focus] Stéphane Diagana : l'affaire Semenya va bien au delà du sport
L
'ancien champion du monde français d'athlétisme Stéphane Diagana estime sur son blog que "le cas de Caster Semenya est plus délicat si l’on se projette au-delà du simple épisode de Berlin". "N’étant pas 'entièrement féminine" comme l’exige l’IAAF (International Athletics Associations Federation, ndlr) pour participer aux épreuves féminines, elle ne pourrait concourir sans être avantagée, qu’avec les hommes, face auxquels elle serait inévitablement lésée, n’étant pas 'entièrement masculine'", explique l'athlète.
"Dans une vie socialement binaire, ou l’on est homme ou femme, handicapé ou valide, les choses ne sont décidément pas si simples, quand la nature, la technologie ou l’environnement redistribuent continuellement et malicieusement les cartes", constate Diagana qui conclut : "En cet ère de plein essor et de convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC), il y a fort à parier que le jardin de l’IAAF doive accueillir dans les décennies à venir, quelques pierres bien plus encombrantes". (source : E-llico.com, 18/09/2009)

Le sport moderne ne vit pas qu'au rythme des images, des records et des affaires de dopage. La sexualité peut aussi, parfois, être à l'ordre du jour; ou plus précisément l'identité sexuelle. C'est le cas aujourd'hui à Berlin après la formidable victoire de Caster Semenya, 18 ans, dans le finale du 800 mètres des championnats du monde d'athlétisme.  Une course réalisée en 1'55"45  soit nettement plus d'une seconde de mieux que son record personnel établi le 31 juillet. Sur cette distance Caster Semenya aura progressé de huit secondes en un an. Huit secondes en un an ! Tous ceux qui ont un jour tâté du 800 mètres apprécieront comme il convient cet exploit.

Pour l'heure on en viendrait presque à se demander si, mercredi 19 août, l'athlète Sud-Africaine n'était pas dopée par l'annonce faite quelques heures avant la course: la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) avait fait savoir que Caster Semenya devrait subir des tests visant à déterminer son identité sexuelle. Ou, en d'autres termes s'il était justifié de la laisser courir avec des femmes. Curieusement cette interrogation sur sa féminité ne l'a pas privée de finale. On ne sait pas ce que pense de la question la Kenyane Janeth Jepkosgei, tenante du titre, et la Britannique Jenny Meadows, toutes deux laissée à plus de deux secondes par la Sud-Africaine.

On sait aujourd'hui que l'IAAF avait demandé à  Fédération sud-africaine de lui fournir des informations permettant d'établir avec précision l'identité de l'athlète dont la morphologie aurait, selon certains, des caractéristiques très masculines. En pratique, il s'agit ici de constituer un dossier comportant les conclusions d'experts de différentes disciplines, généticiens, gynécologues, urologues, internistes et psychologues. Les conclusions ne devraient pas être connues avant plusieurs semaines.

Michael Seme, l'entraîneur de l'athlète, n'a aucun doute sur son identité sexuelle tout en expliquant que Caster devait souvent répondre aux questions qui lui sont souvent posées quant au fait de savoir si cette jeune fille n'est pas en réalité un garçon. Il rapporte aussi cette anecdote selon laquelle elle s'est sentie profondément «humiliée» il y a peu lorsque certaines personnes, des femmes selon toute vraisemblance, ont voulu lui interdire l'accès aux toilettes pour dames. Caster, en proie à une vive colère leur aurait alors déclaré: «Vous voulez que je baisse mon pantalon pour que vous puissiez voir.» La suite n'est pas connue. Le père de Caster: «C'est ma petite fille. Je l'ai élevée et je n'ai jamais douté de sa féminité. C'est une femme et je peux le répéter un million de fois.»

La politique n'est pas absente de la polémique: Caster est soutenue par les responsables du Congrès national africain (ANC), parti actuellement au pouvoir en Afrique du Sud. Pour l'ANC «Caster n'est pas la seule athlète féminine avec une morphologie masculine et la Fédération internationale devrait le savoir». Ce qui n'est pas faux. Certains athlètes laissent entendre que la morphologie de Caster pourrait pour partie résulter d'un entraînement intensif.

L'Italien Alex Schwazer, champion olympique du 50 km résume assez bien l'affaire: «Ce sont des spéculations. Elle s'est beaucoup entraînée, a fait une grosse course et maintenant tout le monde lui dit que c'est un homme. Il faut plus de respect.» On ajoutera  que pour l'heure Caster est muette: après son titre, l'IAAF, en accord avec la Fédération sud-africaine, a décidé que Semenya ne pourrait participer à la conférence de presse «post-finale» traditionnelle. Il s'agissait, bien sûr de la protéger des insidieuses questions des journalistes.

Tout indique aujourd'hui que le cas Semenya, devenu(e) une star nationale en Afrique du Sud, embarrasse au plus haut point les responsables internationaux de l'athlétisme. Selon certains s'il s'avérait que cette femme est un homme elle/il ne serait pas automatiquement déchu(e). Pour le porte-parole de l'IAAF ce n'est pas «tricher» que de dire que l'on est d'un sexe différent de ce que peuvent établir la génétique et l'anatomie des organes génitaux. Ce n'est pas précisément le point de vue de Pierre Weiss, secrétaire général de  l'IAAF Pierre Weiss qui envisage déjà de déchoir Semenya de son titre. «C'est clair, a t-il déclaré à Berlin. Si à la fin de ces enquêtes, il apparaît que ce n'est pas une femme, nous la retirons de la liste des vainqueurs.»

Comment comprendre qu'une question apparemment aussi simple («Etes-vous un homme ou une femme?») puisse ne pas trouver une réponse rapide? Tout simplement parque cette question peut ne pas avoir de réponse simple. Dans l'attente de connaître les conclusions auxquelles aboutiront les experts qui se pencheront sur Caster Semenya on peut rappeler qu'il existe toute une catégorie d'états aujourd'hui qualifiés d'«intersexuels» et qui furent longtemps réunis sous la dénomination d'«hermaphrodisme». Pour le dire simplement, contrairement à une idée très en vogue depuis que la génétique a pris le pouvoir dans le champ de la biologie la masculinité ne se réduit pas à la présence d'un chromosome Y dans chaque cellule somatique pas plus que la féminité pourrait être réduite à deux chromosomes X.

«Hermaphrodite est emprunté au mythe d'Hermaphroditos, fils d'Hermès et d'Aphrodite, nous rappelle  Jean-François Bert, sociologue, dans «Le Dictionnaire du corps» (CNRS Editions). La nymphe Samalcis tombant sous son charme (...) implora les dieux de faire en sorte que jamais elle n'en soit séparée, et que son corps ne forme plus qu'un avec lui. La réunion réellement physique de ces deux êtres souligne à la fois le bisexualisme de tout hermaphrodite, mais aussi son impossibilité naturelle puisqu'un seul être ne peut tenir à la fois les fonctions reproductives de l'homme et de la femme.»

Depuis plus d'un siècle l'intérêt des médecins et des biologistes pour cet état sexuellement hors normes n'a cessé de croître. On a ainsi démembré une entité jusqu'alors unique et de multiples cas de figure ont été décrits. Et il faut aussi dans ce domaine compter avec les revendications croissantes des personnes qui réclament de pouvoir bénéficier d'interventions chirurgicales leur permettant de changer de genre mais aussi d'état civil.

Dans un tel contexte l'affaire Caster Semenya, parce qu'elle émerge dans la sphère sportive, soulève de nouvelles et dérangeantes questions. Pourquoi sépare-t-on, dans les stades, les hommes des femmes? Est-ce tricher que de dire que l'on est une femme alors que l'on sait que l'on est un homme? Mais est-ce tricher que de dire que l'on est une femme dès lors que l'on est persuadé de l'être même si la génétique et l'anatomie affirment le contraire? Faudra-t-il, demain, que l'IAAF organise des compétitions réservées aux hermaphrodites, aux transgenres? Jusqu'où une fédération sportive peut-elle enquêter dans l'intimité organique et psychologique des athlètes? Dans ce domaine passionnant, aux confins de l'éthique et du sport, une affaire (exemplaire et généralement oubliée) avait précédé les Jeux Olympiques d'hiver organisés, en 1992, à Albertville. Nous y reviendrons bientôt.

Jean-Yves Nau, slate.fr, 21 août 2009

Image de Une: Caster Semenya à l'arrivée du 800 mètres   Tobias Schwarz / Reuter

lien de l'article : http://www.slate.fr/story/9431/mme-ou-mr-caster-semenya

ACTU > Estimant que la Fédération sud-africaine d’athlétisme (ASA) s’est mal conduite envers Caster Semenya (lire aussi la Revue de web de Yagg du 21 août), Wilfred Daniels, l’entraîneur de l’équipe nationale sud-africaine d’athlétisme, a présenté sa démission. Sur AFP [fr] et iol [en]. (transmis par Yagg). Un simple coup d'oeil sur les organes génitaux des athlètes ne suffit pas à déterminer leur identité sexuelle.

Caster Semenya peut encore courir en tant que femme
Le ministre sud-africain des Sports a estimé jeudi que Caster Semenya pouvait encore participer à des compétitions sportives en tant que femme, après une polémique sur son identité sexuelle depuis son titre de championne du monde en août dernier.
(source :
E-llico, 20/11/2009)
Le ministère des Sports a annoncé jeudi que Caster Semenya, 18 ans, conservera son titre et sa médaille obtenu à Berlin quel que soit le résultat des tests sur son genre sexuel, qui seront maintenus secrets en accord avec la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).

"Parce que Caster est innocente de tout délit, elle conservera sa médaille d'or, son titre de championne du monde du 800 m (et) son prix", a-t-il précisé.

L'IAAF avait décidé le 19 août, juste avant la finale du 800 m dominée de bout en bout par Caster Semenya, de nommer un groupe d'experts pour enquêter sur le genre de l'athlète prodige, dont la morphologie et l'apparence semblent très masculines.

Cette décision et ses développements avaient scandalisé l'Afrique du Sud.

Il a par ailleurs été convenu que les résultats des examens scientifiques menés sur la championne seraient traités comme "un sujet confidentiel entre patient et médecin".
Il n'y aura donc aucune annonce publique sur ce qu'aura trouvé le groupe de scientifiques.

Qu’est-ce qui fait une femme? Qu’est-ce qui fait un homme?
The New Yorker [in english] consacre 11 pages au genre dans le sport, autour de l’affaire Caster Semenya. (transmis par Yagg, 24-11-2009)

sur l'intersexuation
> [Tennis] Une joueuse intersexuée et la première trans' "en circuit pro" depuis Renee Richards (22 avril 2009)
> Ni homme, ni femme: enquête sur l'intersexuation
> Se découvrir intersexué-e [Vrais Visages]
>
Les «intersexes» donnent de la voix devant l’ONU
>
Le film "XXY" de Lucia Puenzo sur l'ambiguïté sexuelle et l'hermaphrodisme est sorti en dvd

revue de presse
Caster Semanya serait bien hermaphrodite
Selon un quotidien australien, les tests ordonnés par la Fédération internationale d'athlétisme confirmeraient que la jeune championne du monde du 800m Caster Semanya, serait bien hermaphrodite.

 Les examens sanguins, chromosomiques et gynécologiques ont démontré que la jeune Sud-Africaine de 18 ans avait des organes sexuels à la fois mâles et femelles, selon le "Sydney Morning Herald".

Selon les rapports médicaux cités par le quotidien, Caster Semanya n'a pas d'ovaire, mais des testicules internes qui produisent d'importantes quantités de testostérone.

La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a demandé des examens pour déterminer le sexe de Caster Semanya en raison de son apparence masculine et d'une amélioration spectaculaire de ses récentes performances sur 800 et 1 500 mètres.

Les résultats des examens laissent présager de problèmes à la fois éthiques et politiques à l'IAAF, les plus hautes autorités d'Afrique du Sud s'étant notamment insurgées contre ces tests qualifiés de racistes et sexistes.
(source : E-llico, 11/09/2009)

LIRE aussi > Entre deux sexes | La Presse (Canada), 18/09/2009

Comment vérifie-t-on l'identité sexuelle des athlètes?
Mercredi 19 août, Caster Semenya, une Sud-Africaine de 18 ans, a gagné la médaille d'or du 800 mètres femmes aux championnats du monde d'athlétisme. Cependant, Semenya n'a guère eu l'occasion de célébrer sa victoire, car elle a «été l'objet de rumeurs et de médisances au sujet de sa morphologie et ses traits masculins.» En conséquence, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a demandé à la coureuse de passer un test de «vérification d'identité sexuelle.» En 2006, Melonyce McAfee expliquait qu'il n'était pas si simple de distinguer un homme d'une femme.

source : Slate.fr, 24 août 2009

***
En 2006, l'athlète indienne Santhi Soundararajan perdait sa médaille d'argent gagnée aux Jeux asiatiques, après que le Comité Olympique Indien eut annoncé qu'elle avait échoué à un test d'identité sexuelle qu'elle avait passé peu après sa course. Un «test d'identité sexuelle» est-il aussi facile à réaliser qu'il en a l'air?

Non. Vous ne pouvez pas savoir si un athlète est homme ou femme en jetant tout simplement un œil sur ses organes génitaux. Certains individus sont nés avec des organes sexuels ambigus pendant que d'autres ont une anatomie visible qui ne correspond pas à leurs chromosomes sexuels. Les craintes que des athlètes masculins concourent avec des femmes aux Jeux olympiques ont conduit à la mise en place d'examens médicaux obligatoires pour les femmes pendant les années 60, qui ont été rapidement supplantés par des tests d'identité sexuelle basés sur les chromosomes. Des officiels prenaient des échantillons de salive et faisaient un simple test pour vérifier la présence de deux chromosomes X. Cette méthode s'est avérée peu fiable, car il est possible pour un homme biologique d'avoir un deuxième chromosome X (XXY) ou pour une femme d'avoir un seul chromosome X.

Le sexe d'un embryon est déterminé très tôt dans son développement. Si certains gènes qui déterminent le sexe sont présents, le foetus développera des gonades, qui, à leur tour, produiront de la testostérone. C'est la testostérone qui fait du fœtus un garçon. Normalement, les gènes importants pour cette différenciation se trouvent sur le chromosome Y.  A partir des J.O. d'hiver de 1992, les officiels ont testé la présence d'un de ces gènes, appelé SRY (la région déterminant le sexe du chromosome Y) - si vous l'aviez, vous ne pouviez pas concourir avec les femmes. Mais ce test n'a pas marché non plus. La présence du gène SRY, ou même d'un chromosome Y, n'indique pas toujours qu'une personne est un homme. Certains individus nés avec un chromosome Y développent tous les traits physiques d'une femme à part les organes sexuels féminins. Ceci peut être le résultat d'une mutation d'un des gènes sensibles à la testostérone. Un individu atteint de cette disposition (appelée «syndrome d'insensibilité aux androgènes» [AIS]) peut bien posséder des chromosomes XY et même des gonades. Mais elle sera une femme, parce que son corps est insensible à la testostérone qu'il produit. Les autres symptômes du syndrome sont des organes génitaux sans poil et l'absence de règles. (Il y a des rapports indiquant que Soundararajan «n'avait pas encore atteint l'âge de la puberté»).

Puisque la testostérone aide au développement des muscles et de la force, un cas de syndrome d'insensibilité aux androgènes ne donnerait pas à une athlète un avantage compétitif; ça serait plutôt un handicap. Sept des huit femmes qui ont été testées positives à la présence d'un chromosome Y pendant les Jeux Olympiques d'été de 1996 à Atlanta avaient une forme d'AIS. On leur a permis de concourir.

A la fin des années 1990, le Comité international olympique (CIO) a commencé à faire des évaluations plus complexes menées par un panel d'experts pour prendre en compte toutes ces ambiguïtés. Le panel se constitue de gynécologues, d'endocrinologues, de psychologues et d'experts des questions de transgenre. Les officiels cherchent toujours les gènes du chromosome Y; les gynécologues pratiquent des examens médicaux; les endocrinologues diagnostiquent des mutations génétiques et des dispositions hormonales qui en sont le résultat; et les athlètes pourront recevoir du soutien psychologique si elles en ont besoin.

Le test obligatoire d'identité sexuelle pour participer aux Jeux Olympiques a été arrêté en 1999, mais les règlements du CIO et de l'IAAF permettent de réaliser de tels tests si le sexe d'une athlète est contesté par une autre athlète ou équipe ou par les officiels de l'événement sportif. (On dit que le contrôle de Soundararajan est issu d'une telle contestation). Certaines athlètes sont appelées pour un examen complet suite au contrôle anti-dopage où elles donnent un échantillon d'urine.  Des officiels suivent en effet toute la procédure pour s'assurer que les athlètes n'échangent par leur urine pour celle d'une autre, ils peuvent donc à cette occasion signaler une personne dont les organes génitaux ne correspondent pas au genre déclaré.

Par ailleurs, des athlètes qui ont eu des interventions médicales pour changer de genre sont autorisés à concourir dans la catégorie correspondant à leur nouveau genre, à condition qu'ils (ou qu'elles) suivent les règles.

Melonyce McAfee.

Traduit par Holly Pouquet.

lien de l'article : http://www.slate.fr/story/9497/quest-ce-quun-test-didentite-sexuelle

Caster Semenya, questions sur une championne

Article paru dans l'édition du Monde du 27.09.09

Qui connaît Mbulaeni Mulaudzi ? Personne ou presque. L'athlète sud-africain a pourtant remporté le 800 mètres hommes aux Mondiaux d'athlétisme de Berlin, le 23 août. Belle performance, aussitôt disparue des radars, éclipsée par l'effroyable célébrité qui s'est abattue sur l'autre médaille d'or sud-africaine dans le 800 mètres, côté féminin cette fois, remportée par Caster Semenya, source d'une controverse aussi violente qu'inattendue.

Caster Semenya méritait-elle de concourir en égale au milieu des femmes, ou sa place était-elle plutôt au milieu des hommes, voire dans un entre-deux inconfortable ? La question n'est pas tranchée, mais elle a déjà fait des ravages en Afrique du Sud, dans un mélange des genres où entrent en ligne de compte identité sexuelle, couleur de peau et intérêts financiers, sur fond de mensonges, petits et grands.

L'épreuve de Caster Semenya aurait pu être simple comme une affaire de dopage. Le Daily Telegraph avait affirmé en août qu'un test avait décelé dans son sang un taux de testostérone (hormone masculine) trois fois supérieur à la normale pour une femme. Dans la foulée, on s'était aussi avisé qu'Ekkart Arbeit, ex-entraîneur d'Allemagne de l'Est, sanctionné pour avoir distribué stéroïdes et autres substances prohibées à ses équipes d'avant la chute du mur de Berlin, avait travaillé récemment comme consultant pour la Fédération d'athlétisme d'Afrique du Sud (ASA).

Contre toute attente, la jeune athlète a remporté le 800 mètres à Berlin, alors qu'un an plus tôt elle avait pris la 36e place des championnats du monde junior. Et quel bond dans les "chronos" : en un an, un progrès de 16 sec 53 (1 min 55 sec 45 au lieu de 2 min 11 sec 98). "Je ne connais aucune progression de cette ampleur dans cette discipline", note le docteur Ross Tucker, expert en physiologie du sport à l'Institut de sciences du sport du Cap. Il avait, dit-il, déjà entendu parler d'une "fille douée qui participait à des compétitions au niveau régional, mais que les autres concurrentes accusaient d'être un garçon".

De fait, l'hypothèse du dopage a vite fait place à des interrogations sur l'identité sexuelle de l'athlète. Et la question est devenue plus complexe. Le 19 août, soit à la veille de la finale du 800 mètres des championnats du monde, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a annoncé que l'identité sexuelle de Caster Semenya serait passée au crible par un groupe d'experts.

Avant sa soudaine célébrité, deux séries de tests avaient déjà été organisées en Afrique du Sud pour vérifier si Caster Semenya était bien une fille. Or, entre l'appartenance stricte à un sexe ou à l'autre, des nuances existent. L'intersexualité décrit cet espace intermédiaire, pouvant intégrer des ambiguïtés de plusieurs natures (physiologiques, hormonales, chromosomiques, etc.). Caster Semenya appartient-elle à cette catégorie ? Un journal australien l'a récemment affirmé, sur la foi d'une source non identifiée de l'IAAF. Cet organisme doit se prononcer en novembre sur la question, après avoir fait examiner l'athlète par des spécialistes de disciplines différentes.

En Afrique du Sud, ces interrogations ont déjà été interprétées. Elles sont traitées comme des attaques racistes par une partie des responsables politiques et une large partie de l'opinion publique, persuadée qu'on cherche à "détruire" leur championne parce qu'elle est noire. Butana Komphela, présidente du comité parlementaire des sports et divertissements, a résumé le sentiment général en affirmant que la controverse n'avait éclaté que "parce qu'elle est noire et qu'elle a surpassé ses adversaires européennes".

Que les questions liées à la couleur de la peau soient centrales dans l'ex-pays de l'apartheid, rien d'étonnant. Quinze ans seulement après l'arrivée au pouvoir du Congrès national africain, l'ANC, les compartimentages "raciaux" se retrouvent partout dans la société, et notamment dans le sport. Le football ? Sport de Noirs, au moins en théorie - et tant pis si des Blancs tapent aussi dans le ballon rond. Le rugby ? Pour les afrikaners - au moins dans l'imaginaire collectif.

A l'aéroport, la foule venue accueillir Caster Semenya de retour de Berlin ne comptait pas un Blanc. Julius Malema, chef de la Ligue de la jeunesse de l'ANC, y voit une confirmation : "Où sont les Blancs ? S'il s'agissait d'un joueur de rugby, ils seraient tous là pour l'accueillir." Et d'ajouter : "Les gens qui se sont plaints du statut sexuel de Semenya étaient d'une autre couleur." Mauvaise foi ? Démagogie raciale ? A sa façon, Julius Malema met le doigt là où la société sud-africaine a mal : "Le problème central de ce pays, c'est la question raciale. Si nous n'en parlons pas, les Blancs penseront qu'ils font des choses justes." De Caster Semenya, il n'est déjà plus question.

Tandis que l'athlète rejoignait sa région natale, le Limpopo, au nord du pays, pour y recevoir un accueil triomphal, la controverse s'épaississait, impliquant désormais fédérations, experts, entraîneurs et responsables politiques dans une atmosphère survoltée. Le ministre des sports, Makhenkesi Stofile, avertissait même l'IAAF qu'une remise en cause de la féminité de Caster Semenya pourrait déclencher une "troisième guerre mondiale". Entre les sexes ?

Plusieurs associations défendent en Afrique du Sud les droits des personnes relevant de l'intersexualité. Le combat est rude et, selon Intersex South Africa, il concernerait un nombre insoupçonné d'individus, dans la mesure où, selon l'association, "l'Afrique du Sud compte plus d'intersexués que la plupart des pays du monde (...). Une personne sur 500." Ce chiffre est-il vérifiable ? Liesl Björn Theron, directrice de Gender DynamiX, autre organisation s'occupant des questions d'intersexualité, admet que "le chiffre d'Intersex South Africa est vraisemblable, même si aucune recherche n'a formellement été faite en Afrique du Sud au sujet des statistiques exactes". Pour elle, le cas Semenya constitue une "opportunité pour ouvrir le débat" à ce sujet dans le pays.

Dans un pays où les droits des homosexuels sont à la fois protégés par la Constitution, mais violés dans la rue, où les lesbiennes subissent des "viols correctifs" allant jusqu'au meurtre, la différence sexuelle peut se révéler dévastatrice. En témoigne, par exemple, le fait que la Ligue de la jeunesse de l'ANC "n'acceptera jamais qu'on classifie Caster Semenya parmi les hermaphrodites, pour la bonne et simple raison qu'en Afrique du Sud et dans le monde des gens sains une telle chose n'existe pas".

Constatant l'ampleur du désordre, l'opposition sud-africaine a également tenté de s'en mêler. L'Alliance démocratique (DA) s'est découvert un étonnant "porte-parole en charge du sport" qui a pointé du doigt les incohérences de la gestion du dossier par la fédération locale d'athlétisme. Pas un mot, en revanche, sur le destin terrible d'une jeune fille de 18 ans dont les hypothèses sur l'anatomie intime fleurissent partout, sans qu'on sache d'où viennent ces connaissances.

Tandis que le débat fait rage, la principale intéressée a disparu. Où est Caster Semenya ? Sous protection, afin d'éviter les contacts. Butana Komphela estime que la jeune fille est "comme une femme qu'on a violée". Son agent a été révoqué, une compagnie de relations publiques engagée. Le cabinet d'avocats Dewey & LeBoeuf est chargé désormais de représenter ses intérêts afin de déterminer si l'IAAF n'a pas violé ses "droits humains". Son père, contacté au téléphone, affirme "ne pas parler anglais" puis raccroche.

Pour connaître en détail la vie avant la crise de la "fille en or", expression de Julius Malema adoptée par tout le pays, c'est trop tard. Dommage, car son histoire est exemplaire. Makgodi Caster Semenya a grandi à la campagne, dans un milieu modeste. Ecole, football, course à pied pendant la semaine. Prières à la Zion Christian Church le dimanche. Quittant la maison aux simples murs de ciment où elle habitait jusqu'ici, elle a commencé en janvier des études de sport à l'université de technologie de Tshwane, à Pretoria.

Elle a perdu 10 kg, est devenue majeure, a amélioré ses performances à un rythme étourdissant, même si son ascension avait déjà commencé dans le Limpopo sous la supervision de son premier entraîneur, Ezekiel Ramaotswa, qui l'avait remarquée dans les environs de son école secondaire de Bakwena en train de courir comme si sa vie en dépendait.

Depuis son retour de Berlin, l'athlète a parlé une fois à la radio... en refusant qu'on l'enregistre. Sa voix est si grave, si masculine, qu'elle est devenue un problème en soi. Elle a eu le temps d'accuser la "presse internationale" d'être la source de ses maux.

Michael Seme, son entraîneur à l'université, a raconté de menues aventures liées à l'apparence ambiguë de la championne. Au Cap, un employé de station-service a crié un jour à ce monsieur entrant dans les toilettes pour femmes qu'il se trompait de porte. Caster Semenya, pouffant, a essayé de le détromper.

C'était encore le temps de l'insouciance, ou de l'ignorance. Depuis, la machine à scandales a pris le dessus. On a fait poser Caster Semenya en tailleur, talons aiguilles, maquillée, coiffée avec des mèches au lieu de ses habituelles tresses plaquées, adaptées à la compétition mais peu coquettes. Le résultat est triste à mourir. De plus, on ignore qui, au juste, a touché les dividendes de l'opération. Car voilà aussi l'envers du décor : une athlète sud-africaine sortie du rang à la force du courage et de la détermination est d'abord exploitée.

Jean-Philippe Rémy

lien de l'article : http://www.lemonde.fr/sport/article/2009/09/26/caster-semenya-questions-sur-une-championne_1245519_3242.html

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