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Publié par caphi

Les gais et les lesbiennes sont représentés aujourd’hui dans presque toutes les productions artistiques. Ils sont des téléromans tout comme des grands films hollywoodiens. Ils ne sont plus des caricatures cantonnées dans des seconds rôles servant souvent de faire-valoir à des personnages hétérosexuels.
Pour les transsexuels, même si quelques grands classiques ont ouvert la porte, ils restent encore marginalisés. À l’image de ce qu’ils sont dans la société. Et pourtant, certains et certaines se sont construits en dehors du milieu des spectacles de travestis ou de la prostitution. C’est le cas de Vanessa Van Durme. [FUGUES.COM - Le magazine des gais et lesbiennes du Québec]

A
près avoir été joué au
Théâtre des Abbesses à Paris (18e) en novembre 2007, puis sur d'autres scènes d'Europe, du Québec ou d'ailleurs, « Regarde maman, je danse » de et par Vanessa Van Durme est revenu
dans la capitale française au mois de mai 2009 pour 6 représentations.
De ce spectacle-confidences bouleversant et plein de sincérités alliant émotion et humour, on ressort révigoré(e). Une étoile est née et nous sommes au firmament !
Caphi
(novembre 2007)


"Un monologue bouleversant, cru et drôle, mis en scène par Frank Van Laecke, qu’elle tourne dans le monde entier depuis 3 ans, et qu’elle joue en 3 langues. Une leçon de vie..." [France Info]

"Le langage est cru, dur et explicite, volontairement dénué de fioritures et d'effets poétiques pour se protéger des regards blessants et des préjugés du monde." [
Ouest-France, 14-12-2009]

PROCHAINES DATES  de « Regarde maman, je danse » de et par Vanessa Van Durme
sur le site de la compagnie > www.swanlake.be


coup de coeur

16-11-REGARDE-MAMAN-JE-DANSE.jpg Née garçon, Vanessa est devenue actrice, un choix délibéré. Elle raconte.
"Regarde Maman, je danse" de et avec Vanessa Van Durme

"C'est le fado lancinant d'un être humain à la recherche du simple bonheur" (Franck Van Laecke, metteur-en-scène)


Une histoire transsexuelle.
Vanessa Van Durme joue sa propre vie : ce petit garçon qui jouait à la poupée, qui s'inventait des mondes où il était princesse, fée ou danseuse, ce petit garçon qui surtout ne voulait pas être un petit garçon, c'est elle.
Ce spectacle est l'histoire de quelqu'un qui a eu le courage d'être ce qu'il était.
"Que quoi qu’elle fasse, elle sera toujours pour les autres un phénomène. Mais c’est une femme, tout simplement qui est là, sur scène, avec son mètre quatre-vingt-dix, sa combinaison rose, ses pieds nus" (Brigitte Salino, Le Monde). Et qui se livre, sans fausse pudeur, avec des mots qui disent le mal et la rage de vivre, la découverte du bonheur d’être soi. Des mots qui font rire, frémir, qui secouent.

De et avec Vanessa Van Durme - Traduction : Monique Nagielkopf - Mise en scène : Frank Van Laecke

 
critiques


Vanessa-Van-Durme-dans-Regarde-maman--je-danse.jpg
Une table en formica et deux chaises, l’espace sobre et intime d’un coin de scène transformé en cuisine minimale… Le lieu idéalement simple choisi par le metteur en scène Frank Van Laecke pour faire entendre les confidences d’une femme extraordinaire, celles de la comédienne Vanessa Van Durme. C’est dans un déshabillé de soie rose et pieds nus qu’elle nous accueille depuis le plateau pour nous conter son histoire, celle du premier transsexuel de la ville de Gand. L’épopée d’une Madone réinventée et les multiples embûches d’un chemin de croix aboutissant à la libération d’une âme prisonnière qui savait ne pouvoir exister que dans un corps de femme.

Rien n’est simple dans la vie de Vanessa Van Durme. La saison dernière, elle est venue aux Abbesses présenter son spectacle, c’était donc en novembre 2007, juste pendant les grèves des transports. Heureusement, elle y revient. Elle y était déjà en 2000 avec Alain Platel dans Tous des Indiens, en mère de famille nombreuse, bousculée par sa progéniture. Cette fois, elle est seule. Juste en compagnie de deux bébés en celluloïd, garçon et fille, car c’est sa vie qu’elle raconte, plus bousculée encore.
La vie d’un garçon qui rêvait d’être danseuse. Ses parents auraient tant voulu une fille, qu’ils se sont montrés déboussolés, certes, mais tendrement compréhensifs. Malgré tout, rien n’est facile. Après avoir été au plus commode et essayé l’homosexualité, le jeune homme se rend compte que la solution est ailleurs. Et qu’il doit retrouver, rejoindre, sa réelle identité. Nous sommes en 1975, rien n’est prévu en Belgique, ni d’ailleurs en Europe, pour ce genre de situation. Alors le voilà parti au Maroc, se faire opérer.
Au retour, il s’agit de vivre. C’est un autre voyage, que Vanessa doit entreprendre, encore plus difficile, toujours plus bousculé. Et alors ? Pouvait-elle agir autrement ? Non. La réponse est claire, endossée avec panache, avec un humour carré, qui, mieux que les grandes phrases, dit le courage. Le courage d’accepter « que quoi qu’elle fasse, elle sera toujours pour les autres “un phénomène”. Mais c’est une femme, tout simplement qui est là, sur scène, avec son mètre quatre-vingt-dix, sa combinaison rose, ses pieds nus » (Brigitte Salino, Le Monde). Et qui se livre, sans fausse pudeur, avec des mots qui disent le mal et la rage de vivre, la découverte du bonheur d’être soi. Des mots qui font rire, frémir, qui secouent.
D’abord, Vanessa a écrit son autobiographie. Puis, l’a transcrite pour la scène, car avant toute chose, elle est actrice. Alors elle avait besoin dire les choses telles qu’elles sont, tout haut, et directement. « C’est la confession d’une enfant blessée, ce long chemin qu’elle a dû suivre pour être enfin elle-même, chemin de croix, chemin de soi, épreuves, humiliations, désespoir. Mais cette artiste ultrasensible va au-delà des aveux. Elle joue et se joue des pièges du parler vrai. Elle déjoue la tentation larmoyante » (Armelle Héliot, Le Figaro).
« C’est le fado lancinant d’un être humain à la recherche du simple bonheur », écrit son metteur en scène Frank Van Laecke. Qui pourrait y rester indifférent ?
Colette Godard

Le récit bouleversant et drôle d’une transsexuelle

 Quand elle est née il y a 61 ans, la comédienne flamande Vanessa Van Durme était un homme, un petit garçon qui aimait jouer à la poupée, danser, se déguiser et être Juliette sur scène plutôt que Roméo...
par Claire Baudéan, France Info - Culture, 14 mai 2009
Un jour, en 1975, Vanessa est partie pour le Maroc, elle est revenue avec un sexe de femme, a plongé dans la prostitution, s’est marié avec un taulard, avant de retrouver le théâtre et de goûter au succès avec le chorégraphe Alain Platel il y a 9 ans dans "Tous des indiens".

Aujourd’hui dans une combinaison de nylon rose, pieds nus, dans la lumière blanche, Vanessa raconte son combat sur scène, sa vie de transsexuelle dans « Regarde maman, je danse ». Un monologue bouleversant, cru et drôle, mis en scène par Frank Van Laecke, qu’elle tourne dans le monde entier depuis 3 ans, et qu’elle joue en 3 langues. Une leçon de vie...

Ecouter l’entretien intégral avec Vanessa van Durme  (17'24")

Ecouter la chronique de Claire Baudéan  (2'08")

horaires de diffusion : du lundi au vendredi :
13h57, 15h19, 20h21 et 22h42

> Vanessa prépare un nouveau spectacle avec Alain Platel, "Gardénias" et un autre inspiré par les troubles dans les banlieues de Paris en 2005, qu’elle présentera à Gand en novembre "Femme blanche". Les premières représentations françaises auront lieu au Théâtre de Nice en décembre 2009.

lien de l'article :
http://www.france-info.com/spip.php?article291685&theme=36&sous_theme=40&envoi=ok 

i d e n t i f i c a t i o n  d ’ u n e  f e m m e

Vanessa Van Durme
Lorsque naît Vanessa Van Durme, en 1948, elle est donc un garçon, qui entre au conservatoire de sa ville natale : Gand. Et fait ses débuts dans la compagnie NTGent. C’est en 1975 que, ayant mûri sa décision, elle devient femme dans une clinique marocaine. Elle erre longtemps. Puis elle écrit des comédies pour la télévision publique flamande, pour la radio belge. Et pour le théâtre, où, en 2000, à la demande d’Alain Platel, fondateur des Ballets C. de la B., elle revient. Dans Tous des Indiens (au Théâtre des Abbesses, en 2000) elle est une mère de famille nombreuse. Regarde maman, je danse est d’abord un livre, qu’elle retravaille pour la scène, qu’elle joue en anglais, français, espagnol dans toute l’Europe et aux États-Unis. Elle prépare un spectacle : Femme blanche (titre provisoire) qui se déroule au Maroc aux débuts de la colonisation. Elle veut continuer à se battre contre toutes les intolérances.

CRITIQUES

Regarde maman, je danse.

de et par Vanessa Van Durme - mise en scène Frank Van Laecke.

théâtre - Homme devenu femme, une comédienne évoque sa propre vie. Distillant des vérités crues et émouvantes.


par Emmanuelle Bouchez, Télérama n° 3063 - 27 septembre 2008

2 Elle s'avance jusqu'au bord de la scène : cheveux teints, grand corps amolli et pieds tortueux. La lumière ne fait rien pour adoucir l'image. Vanessa Van Durme, po­pulaire actrice gantoise, lance au public qu'elle a 60 ans bien sonnés et le montre. Ce qu'elle a à nous dire est de cet acabit : des bribes de vérité toute crue sur sa vie pas courante. Accoudée au Formica d'une table, drapée dans sa combinaison de ­Nylon rose, elle commence par parler de la condition féminine. Puis son analyse railleuse de la société d'aujourd'hui vient buter brutalement sur une question intime qu'elle murmure l'air de rien... Ai-je fait le bon choix, finalement, dans les années 1970, de me ­faire opérer pour devenir une fille ?
Vanessa la géante aux pieds nus remonte alors le fil de son drôle de voyage. Jusqu'au paradis de l'enfance, où, dans le secret du giron maternel, le petit garçon d'autrefois se rêvait princesse plus que pirate. Jusqu'aux incertitudes cruelles de l'adolescence. Jusqu'aux premiers ratages du jeune acteur qui aurait préféré être Juliette plutôt que Roméo. Dans un angle du plateau, une image : deux poupées fille et garçon symbolisent les pôles féminin et masculin. Posés comme de petits dieux lares, ils la narguent au lieu de la protéger... « ??a n'a rien à voir avec le sexe, c'est dans la tête : ce sont les genres qui s'emmêlent chez moi », souffre Vanessa sur scène. Comme elle a souffert dans la vie...
Après s'être prostituée, après avoir écrit des scénarios de feuilletons télé, Vanessa Van Durme est revenue au théâtre grâce aux metteurs en scène flamands Arne Sierens et Alain Platel, qui lui avaient offert, à Avignon, en 1999, un rôle épique dans Tous des Indiens. Et puis lui est venue l'idée d'un livre à la première personne, bientôt décanté en cette performance théâtrale qu'elle tourne dans quatre langues, en Europe et aux Etats-Unis, depuis novembre 2005. Vanessa Van Durme est la plus émouvante des femmes quand elle se risque dans une silencieuse tension au jeu de la confession. Mais, parfois, la « grande gueule » qu'elle est reprend le dessus, profère des formules à l'emporte-pièce et construit un peu artificiellement son personnage de provocatrice écorchée... Comme si elle craignait soudain de perdre le public, alors que c'est en laissant voir sa fragilité qu'elle bouleverse.

"Regarde Maman, je danse" joué à Angers le 5 et 6 novembre 2008
(JPEG)
Une femme transsexuelle se dépouille de soixante ans de vie dans une confession sans fard, entre rires et larmes. Le fado bouleversant d’un être humain à la recherche du bonheur, tout simplement.

source : FGL | Agenda
U
n petit garçon qui se déguisait en princesse ou en danseuse. Un petit garçon qui, surtout, ne voulait pas en être un. Vanessa ne joue pas un rôle. Elle se joue elle-même... Dans un coin de cuisine, en déshabillé rose, elle évoque ce petit garçon qui deviendra le premier transsexuel de la ville de Gand. À près de 60 ans, elle convoque tous les êtres qui ont noué les mailles de son histoire pour conter, sans fausse pudeur, le fantasme de la naissance, les jeux d’enfance, le service militaire et un premier amour, l’opération à hauts risques au Maroc en 1975, la prostitution, le mariage avec un prisonnier jusqu’à la mort de la mère et l’aveu : « Est-ce que tu recommencerais ? Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement. » Car il s’agit de vivre. Avec le courage d’accepter que quoi qu’elle fasse, elle sera toujours pour les autres « un phénomène ».

Vanessa fait rire et bouleverse tout à la fois. Rien de pathétique, de provocant, d’impudique et pourtant tout est dit, joué, vécu ! Pour Alain Platel qui l’a mise en scène dans Tous des Indiens, « dans les années 1970, une telle entreprise exigeait encore plus de courage, de sang et de larmes. Dans ce sens-là, entendre ce récit est une leçon d’humilité terriblement poignante. »

 

Critique
Vanessa, homme devenu femme

Article paru dans l'édition du Monde du 22.11.07

Vous avez peut-être vu, en 2000, Vanessa Van Durme dans Tous des Indiens, du chorégraphe et metteur en scène Alain Platel. Elle jouait une mère d'une famille souveraine, malgré la pauvreté. La revoilà, dans Regarde maman, je danse, écrit et joué par elle seule. Vêtue d'une combinaison rose, pieds nus, elle raconte son histoire. Celle d'un bébé de cinq kilos qui naît en Belgique, en 1948. Un garçon. Mais comme il est étrange, en grandissant, cet enfant. S'amuser avec des voitures ne l'intéresse pas. Se déguiser en pirate non plus. Au fond de lui, il sent - il sait - qu'il est une fille. 
Accepter d'être ce que l'on est, dans le cas de Vanessa, c'est faire un long chemin pour le devenir. En se laissant pousser les cheveux et des seins, d'abord. Puis en allant à Casablanca, en 1975, pour se faire enlever ce sexe d'homme qui ne lui a jamais semblé lui appartenir ("un petit demandeur d'asile, qui voulait rester là, mais ça n'allait pas"), et le remplacer par un vagin. Ainsi, Vanessa devient "la première transsexuelle de Belgique". A une époque - celle du film de Rainer Werner Fassbinder L'Année des treize lunes - où la médecine ne fait pas dans la dentelle, et le regard des autres, pas de cadeaux.

"Tu regrettes ?" demande la mère à sa fille, avant de mourir. "Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement." Pas faire autrement que d'arrêter d'être acteur, après les études aux Conservatoire de Gand (on veut lui faire jouer Roméo, elle se sent Juliette), puis de passer par des années de prostitution et, enfin, d'accepter que, quoi qu'elle fasse, elle sera toujours pour les autres "un phénomène". Mais c'est une femme tout simplement qui est là, sur scène, avec son mètre 90, sa combinaison rose et ses pieds nus.
Quand elle parle de la première fois où elle a été pénétrée par un sexe d'homme, son visage marqué est de toute beauté. "Je me suis sentie incroyablement heureuse. C'était si bon. Rentrer chez soi, arriver au port. Le voyage avait été si long." Un voyage que Vanessa raconte sans le masque de la pudeur, en faisant rire la salle aux éclats. Mais ces rires s'effacent peu à peu. Aux applaudissements, on sent que chacun aurait envie de prendre dans ses bras cette femme bouleversante. Parce que c'est une femme qui n'a jamais renoncé. Une leçon de vie.
 
Brigitte Salino

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-980885@51-971703,0.html

« Tu seras Roméo, je me sentais Juliette »

VANESSA VAN DURME, dans le sillage de ces artistes flamands qui ont le don de propulser l'humanité sur scène.

*
Vanessa Van Durme, en un geste et deux phrases, plante un lieu, vous transporte dans sa tête, dans son corps, elle incarne, elle évoque… © Fred Debrock.

CRITIQUE par MICHELE FRICHE, lesoir.be, mardi 11 mars 2008

Sur le plateau dépouillé, deux poupées anciennes regardent le public. A droite, une table, deux chaises, une carafe et des mouchoirs de papier dessinent un espace de parole, de confidence. Et lorsqu'elle arrive, pieds nus, en combinaison rose, et que de sa voix androgyne elle nous plonge dans ce qui ressemble à une anecdote, nous savons que nous serons rivés à ses lèvres, chamboulés par son humour, par sa fragilité qui affleure à chaque instant sous une force conquise, bouleversés par son histoire, authentique, d'un homme devenu femme.

Ce petit garçon qui ne voulait pas se déguiser en pirate, mais en princesse, qui jouait avec les poupées de sa sœur et enfilait la combinaison de sa mère, c'est elle, Vanessa Van Durme, comédienne gantoise, dans le sillage de ces artistes flamands qui ont le don de propulser l'humanité sur scène, les Alain Platel, Arne Sierens, tout en écrivant pièces et scénarios, dont ce retour sur une vie de plus de cinquante ans : Regarde Maman je danse.

Le bon choix ?

Créé en 2006, à Gand (en flamand), ce monologue vient de se jouer (en français) au Théâtre de la Place à Liège avant de se poser à l'Ancre, à Charleroi. Et c'est à la fois un formidable moment de théâtre et un témoignage bouleversant qui dévoile la transsexualité, ses réalités, son chemin de croix, physique, psychologique en quête d'une nouvelle identité.

Pour ouvrir la première porte de son histoire, Vanessa Van Durme nous emmène au supermarché, de quoi conclure qu'être femme, ce n'est pas toujours glorieux. Mais choisit-on son sexe ? Non, pour presque tous… « Mais moi oui… Est-ce que j'ai fait le bon choix ? » La vie au quotidien, le regard des autres et l'interrogation existentielle, trois pistes pour refaire le trajet d'une vie : le fantasme de la naissance, les jeux d'enfance, le théâtre, le service militaire et un premier amour, l'opération à hauts risques au Maroc en 1975, la prostitution, le mariage avec un prisonnier jusqu'à la mort de la mère et l'aveu : « Est-ce que tu recommencerais ? Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement. »

Articulé sur d'admirables face à face avec les parents, désarçonnés, inquiets, mais aimant à travers tout, Regarde maman je danse convoque tous les êtres qui ont noué les mailles de son histoire, avec parfois le secours des poupées, dans les bras. Cerné par la discrète et subtile mise en scène de Franck Van Laeke, c'est un exploit de funambule avec comme balancier un humour ravageur, un art de la métaphore, une manière de croquer les uns et les autres, de l'infirmière Fatima aux chauffeurs de taxi de Casablanca. En un geste et deux phrases, elle plante un lieu, vous transporte dans sa tête, dans son corps, elle incarne, elle évoque… Rien de pathétique, de provocant, d'impudique et pourtant tout est dit, joué, vécu !

 

Regarde Maman, je danse
Un miroir des faiblesses, des bassesses de nos sociétés, de leur courage et de leur ouverture
par Denis-Daniel Boullé [19-11-2008] , FUGUES.COM - Le magazine des gais et lesbiennes du Québec
 
Les gais et les lesbiennes sont représentés aujourd’hui dans presque toutes les productions artistiques. Ils sont des téléromans tout comme des grands films hollywoodiens.

Ils ne sont plus des caricatures cantonnées dans des seconds rôles servant souvent de faire-valoir à des personnages hétérosexuels. Pour les transsexuels, même si quelques grands classiques ont ouvert la porte, ils restent encore marginalisés. À l’image de ce qu’ils sont dans la société. Et pourtant, certains et certaines se sont construits en dehors du milieu des spectacles de travestis ou de la prostitution. C’est le cas de Vanessa Van Durme. Après des études d’art dramatique à Gand en Belgique, comme jeune acteur, il prend la décision de changer de sexe et de quitter la scène. Vanessa pourtant continuera à graviter dans le monde des arts en écrivant des comédies, en faisant avec énormément de succès de l’animation à la radio belge. Puis, hasard des circonstances, elle reprend du service sur scène dans différentes productions théâtrales. Elle écrit de plus un livre où elle raconte son parcours, Regarde maman, je danse, dont elle tire un monologue. Un monologue qu’elle jouera dans quatre langues en Europe et aux États-Unis. C’est ce monologue qu’elle livrera à Montréal au théâtre de La Chapelle. Au-delà de l’histoire personnelle qui peut toucher, Vanessa Van Durme nous touche par sa réflexion sur les apparences, sur nos représentations figées de la normalité. Et surtout, Vanessa nous raconte comment se construire ou se re-construire avec humour, humour féroce parfois, pour se protéger des autres et des blessures qu’ils peuvent infliger. Pas question d’apitoyer le spectateur sur un chemin personnel difficile, mais plutôt de le pousser à se poser des questions, et peut-être les bonnes. Regarde Maman, je danse n’est pas un plaidoyer ni une œuvre pédagogique sur les transsexuels, mais bien un miroir des faiblesses, des bassesses de nos sociétés, de leur courage et de leur ouverture. Des nombreuses raisons d’aller applaudir Vanessa Van Durme qui sera elle-même, avec ses propres mots, jouant Vanessa Van Durme. Une autre façon encore de se travestir et, dans un même mouvement, de se mettre à nu.

Du 2 au 6 décembre 2008 au Théâtre La Chapelle, 3700, rue Saint-Dominique, (Métro Sherbrooke), Québec

 

Le sexe d'une étoile

Le sexe d\'une étoile

Pendant une heure et demie, Vanessa Van Durme interprète son propre rôle ainsi que celui de sa mère et de son père dans Regarde maman, je danse.

Sylvie St-Jacques

La Presse, publié le 29 novembre 2008 par cyberpresse.ca

Dans sa première vie, Vanessa Van Durme a été un petit garçon qui se déguisait en danseuse pour épater sa mère. Pendant que les autres gamins de son âge s'amusaient avec des ballons de foot et des camions, Vanessa ne jurait que par les poupées, les vêtements de sa soeur et le maquillage de sa maman. Puis, à l'âge de raison, on a décidé qu'elle devait endosser les attributs de son sexe désigné. Des années de tristesse et de perdition ont suivi avant la transformation. C'est cette histoire intime et personnelle qu'elle raconte dans Regarde maman, je danse.

«Madame Van Durme, dansez-vous dans votre spectacle?» ai-je naïvement demandé à cette collaboratrice de longue date du chorégraphe et metteur en scène Alain Platel. «Pas du tout! J'ai soixante ans, ma chérie!» s'exclame la charmante (et drôle!) Vanessa Van Durme au bout du fil, amusée par l'incongruité d'une telle idée.

N'empêche qu'elle n'aurait étonné personne en dansant, celle qui est liée d'une forte amitié artistique avec Alain Platel, qui l'a notamment dirigée dans Tous les Indiens, vu par les Montréalais en 2001 au FTA.

 

Parce que l'histoire qui est la sienne en est une de cran et de volonté. Pour subir un changement de sexe dans les années 70, il fallait être drôlement résolu à devenir qui on est.

Après des années de prostitution et de marginalité, Vanessa Van Durme a compris que sa seule option de survie était de se rendre au Maroc et subir un changement de sexe.

«Cela nous a sauvé la vie, à moi et à beaucoup d'autres. On arrivait à l'aéroport de Casablanca, sans connaître l'adresse de l'endroit où était dispensée l'opération. On n'avait qu'à le dire au chauffeur de taxi qui connaissait la clinique de maternité où il devait nous amener. On discutait du prix et l'opération était réalisée le jour même.»

Revivre

Entrée au Conservatoire de théâtre à 17 ans, Vanessa Van Durme a abandonné le rêve de jouer quand elle a compris que jamais elle n'arriverait à jouer les jeunes premiers. Renonçant à la scène, elle s'est donc tournée vers le monde interlope.

Son changement de sexe, suivi d'un mariage et d'un divorce, lui a redonné le goût de vivre, mais elle a tardé avant de regagner la scène. «De toute façon, on n'avait pas besoin de moi. Je voulais jouer Marie Stuart, mais on engageait plutôt des jeunes actrices.»

Van Durme a donc pris la plume, créant plusieurs pièces de théâtre et quelques sitcoms pour la télé et la radio belge. Et puis, à la fin des années 90, elle rencontre Alain Platel, qui lui confie un rôle dans Tous les Indiens.

Et le monde, depuis ce temps, est le terrain de jeu de Vanessa Van Durme.

«Platel m'a ouvert plusieurs portes», reconnaît celle qui, depuis six saisons, sillonne la francophonie avec Regarde maman, je danse. L'année prochaine, elle compte présenter la version anglaise en Australie, aux États-Unis et au Canada anglais.

«C'est surtout une pièce hommage à mes parents. Ce n'était pas simple, pour ces gens très simples, d'avoir un enfant comme moi dans les années 60-70. Pour ces gens, c'était un choc de voir leur fils arriver à la maison avec une poitrine et un visage changé. Mais ils ont été adorables.»

Pendant une heure et demie, elle interprète son propre rôle ainsi que celui de sa mère et de son père. «Cela interpelle les spectateurs. Je reçois des tas de courriels, de cartes de gens émus. Certains arrivent au spectacle avec des tas de préjugés et en sortent guéris. Ils sont très touchés par la simplicité du spectacle», dit celle qui dit préférer «un théâtre de pauvreté.»

Vanessa Van Durme, qui dirige désormais sa propre compagnie de création dans la ville de Gand en Belgique, souligne que son changement de sexe n'est pas un événement qui la préoccupe au jour le jour.

«Après toutes ces années, je n'y pense plus. C'est Alain (Platel) qui m'a forcée à écrire mon histoire. Mais pour moi, c'est quelque chose de réglé, avec laquelle je vis très bien.»

Elle ne danse peut-être plus, mais elle existe pleinement. En rose et contre tous.

JDM
Regarde maman, je danse - Écrire avec l'encre de son sang
© Le Journal de Montréal
Vanessa Van Durme: la revendication d’exister et de pouvoir être.
 

REGARDE MAMAN, JE DANSE

Écrire avec l'encre de son sang

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal, 3-12-2008
 
Vanessa Van Durme est une des rares transsexuelles à se mettre en scène pour faire autre chose qu'un freak show. Regarde maman, je danse, un spectacle touchant de sincérité, fait de cette auteure-actrice belge une guerrière féroce contre les préjugés.

 

Côté préjugés, on peut dire que dame Van Durme a vu neiger. Faut dire que changer de sexe en 1975 n'était pas une mince affaire, que si la transsexualité demeure un sujet tabou, il y a une trentaine d'années, il était hors de question que les gens s'aventurent sur le sujet miné. «L'opération n'existait nulle part chez nous, fallait aller à Casablanca dans une petite clinique médiocre où un médecin faisait des petits miracles dans son coin», relate la créatrice.

Alors que plusieurs d'entre celles qui ont eu un parcours similaire à celui Vanessa Van Durme ont mis fin à leurs jours, celle qui avait fait ses études à la section d'art dramatique du conservatoire de Gand, en Belgique, a suivi un parcours de combattante, contre vents et marées, après même des années de prostitution dont elle ne cache pas les détails.

 

Écrire sa souffrance

 

En guise d'exil, à l'encre de son sang et de ses larmes, elle a finalement choisi de créer, d'écrire son histoire. Seule sur scène dans une mise en scène de Frank Van Laecke, elle raconte le récit de cet enfant qui jouait à la poupée et se déguisait avec la lingerie de sa maman. Par le biais d'un langage cru, dur et explicite, sans fioritures inutiles ou paroles larmoyantes, avec un immense souci d'authenticité, l'artiste a choisi de se livrer au monde entier, d'être enfin celle qu'elle avait toujours été. «Si certains entrent dans la salle de spectacle avec des préjugés, à leur sortie, ils sont guéris, croyez-moi.»

À l'autre bout du fil, la voix de Van Durme est féminine et posée, presque cristalline, son rire est franc, contagieux. Cette femme est une survivante. Venir ici l'enchante. Après avoir promené son show un peu partout en Europe, elle avait hâte de voir notre réaction, voir si l'ouverture d'esprit des Québécois est aussi importante que ce qu'on lui a raconté.

  • Regarde maman, je danse, avec Vanessa Van Durme dans une mise en scène de Frank Van Laecke. Au Théâtre La Chapelle jusqu'au 6 décembre.
source : Canoë (Québec)

Ecouter l’entrevue avec Vanessa Van Durne (22:22) sur Radio-Canada, (1er décembre 2008)

PROCHAINES DATES  de « Regarde maman, je danse » de et par Vanessa Van Durme
sur le site de la compagnie > www.swanlake.be
 
[scène] Travestis une partie de leur vie dans des cabarets, des acteurs amateurs ont joué en Avignon : "Gardenia", l’histoire de neuf transsexuels. "Un spectacle bouleversant, show à boas et à froufrous signé Alain Platel et Frank Van Laecke avec cinq cents spectateurs debout, en larmes, en joie..." écrit le critique du journal suisse LE TEMPS (12 juillet 2010). A l’origine de ce spectacle (parti en tournée), l’actrice transsexuelle Vanessa Van Durme (elle a raconté son passage au sexe féminin dans une pièce titrée Regarde maman je danse). LIRE l'article "La mélodie du bonheur, façon transsexuelle". Gardenia est en tournée du 29/9 au 2/10 à la Biennale de la danse de Lyon, le 22/10 à l'Hippodrome de Douai, du 17 au 27/11 à Paris (Théâtre de Chaillot), le 30/11 à Noisy-le-Grand (Espace Michel-Simon), les 3 et 4/12 à Annecy (Bonlieu), le 7/12 à Chambéry (Espace Malraux), le 10/12 à la Comédie de Valence, du 14 au 16/12 à Strasbourg (Pôle Sud).

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Elise Dammarez 02/05/2009 18:01

Danse, mime, cirque, arts de rue : quels besoins pour les professionnels à l'heure européenne ?L’évolution des arts vivants, et plus précisément les frontières de plus en plus floues entre la danse, le le cirque, les arts du geste et les arts de la rue, nous poussent à analyser les nouveaux besoins des professionnels. L’organisation du secteur est en plein changement. De nombreuses questions se posent face à la reconnaissance du patrimoine immatériel, à l’utilisation des arts numériques, mais aussi aux enjeux de la diffusion européenne. Au-delà des dispositifs mis en place par la DMDTS, les centres-ressources, les lieux de résidence, les programmes européens, quel soutien offrir aux professionnels à l’avenir ?Table ronde le 14 mai 2009 à 15h à l'EAC, 33, rue de la Boétie, Paris 8ème.