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Publié par caphi

D’après certaines études, les transsexuels représentent 0,01% de la population. Ils naissent dans un corps – mâle ou femelle – dont ils disent qu’il n’est “pas le bon”. Tout en eux crie qu’il s’agit d’une erreur. Mais comment le prouver ?

source : http://sexes.blogs.liberation.fr, 16/03/2009

Dellagracevolcano

La transsexualité est-elle une maladie imaginaire ou une réalité physiologique ? La science ne permet pas pour l’instant de comprendre les mécanismes qui président à cette inadéquation entre le sexe et le genre. Depuis le XIXe siècle, faute de connaissance (faute de curiosité), beaucoup de médecins classent la transsexualité au rayon des anomalies mentales. On pourrait appeler cela de l’obscurantisme : sous prétexte que le transsexualisme est un phénomène non-expliqué, on l’escamote. On le stigmatise. En France, pour obtenir une reconnaissance officielle, les transsexuel(le)s sont donc obligé(e)s de se faire passer pour des aliéné(e)s, souffrant de “dysmorphobie”. Dans Mauvais Genre, Axel Leotard décrit d’une plume au vitriol ce grotesque parcours du combattant : quand il appelle l’hôpital pour prendre rendez-vous, le voilà confronté à toute la lourdeur d’un système qui l’assigne au statut d’aliéné.

“Laboratoire expérimental de Sainte-Anne, bonjour.
“Bonjour.
“Bonjour Monsieur, je vous écoute.
“Je vous appelle parce qu’officiellement je suis Madame ou plutôt Mademoiselle, je suis transsexuel.
“Je vois, vous êtes suivi à l’heure actuelle ?
“Non.
“C’est pour un premier rendez-vous
?".
Après quoi, pleuvent les questions, puis la demande inévitable : il faut rédiger une lettre de motivation au Docteur M. afin de déterminer si Axel relève d’un “transsexualisme primaire”. Si oui, on “la” rappellera pour lui fixer rendez-vous.

Voilà donc Axel confronté à l’éternelle question : “qu’est-ce qui vous fait penser que vous êtes trans ?” Comment justifier qu’il se sente homme depuis le tout début ? Sur quoi se fonde cette certitude intime ?
Bien que le transsexualisme soit une donnée universelle et que la plupart des sociétés humaines aient accordé une place –plus ou moins officielle- à l’existence de ces individus, notre pays, pourtant si “évolué”, ne parvient toujours pas à admettre que certains garçons et filles naissent différents. Ce qui énerve considérablement Axel Leotard : “En France, beaucoup de gens croient que la transsexualité est un phénomène récent, lié au développement de la médecine (hormones et opérations chirurgicales). C’est faux. Il y a toujours eu des personnes “du troisième genre”. Partout dans le monde, on retrouve leur présence.

Ils se nomment ira’ muxe chez Les Zapotec du Mexique, ur.sal ou kur.ra à Sumer  ou Sht (sekhet) chez les anciens Egyptiens. En Inde, où l’on admet traditionnellement l’existence d’une “troisième nature” (tritiya-prakrti) certains hommes se castrent comme les Hijra. Dans toute l'histoire de l'Eglise chrétienne, les moines, les nonnes et les prêtres semblent eux aussi appartenir à un troisième genre : on les compare aux eunuques bibliques. Dans l’Himalaya, des filles adoptent le rôle de Sadhin : elles renoncent au mariage et vivent en homme, tout en conservant leur nom féminin. En Indonésie, il y a les Waria. A Oman, il y a les Xanith ou khanith. En Polynésie, le troisième genre se décline en de multiples “tribus” : Fa'afafine (Samoa), Fakaleiti des îles Tonga, wahine d’Hawaï, whakawahine (Māori), akava'ine des îles Cook…

En Amérique du Nord, la présence des trans, nommés les “Two spirited” (Deux-Esprits)  ou berdache est également un fait avéré parmi certaines tribus indiennes : on les appelle winkte (Lakota), alyha (Mohave), nadleeh (Navajo), lhamana (Zuni) ou ogokwe (Ojibway). “Dans ces tribus, on accorde à chaque membre le droit de choisir son genre sexuel, explique Axel. A l’adolescence, le garçon ou la fille qui veut devenir un homme indique son choix et devient chasseur. Il faut juste être un bon chasseur pour obtenir la reconnaissance de ses pairs, voilà tout. Ce qui n’empêche pas d’avoir des enfants ou de renoncer à avoir une sexualité hétéro. Un garçon qui veut vivre en femme peut tout à fait se mettre en couple avec une autre femme. Quant au garçon qui se sent femme, il peut aussi choisir de vivre avec un homme. Dans ces couples stériles (puisque composés de deux hommes), il y avait la possibilité de mimer la procréation : le garçon trans faisait semblant d’être enceinte, afin de satisfaire –dans l’imaginaire– son désir ou celui de son compagnon… Les alyha pouvaient contrefaire des menstruations en s’écorchant les jambes. On connait tous ces détails par des textes datés de 1450-1600, rédigés par des gens d’église qui ont approché ces tribus.

En Europe, pratiquement tous les pays sauf la France accordent maintenant aux trans la possibilité d'exister sur le plan administratif. Dans notre pays, il faut obligatoirement changer de sexe pour changer d'identité. Le troisième sexe est interdit sur le territoire. "La médecine française accepte de nous suivre parce qu'elle nous considère atteints d'une pathologie mentale, explique Axel. Elle accepte de modifier notre corps à l'unique condition de reproduire le corps opposé. Il lui parait impensable qu'une femme puisse avoir des attributs masculins." Il faut donc obligatoirement se faire "charcuter" : les garçons qui veulent devenir femme doivent se faire faire un néo-vagin, au terme d'une opération particulièrement dangereuse et douloureuse. Ils perdent l'usage de leur pénis. Les filles qui veulent devenir garçon doivent subir une hystérectomie. Axel a ainsi dû subir ce qu'il appelle une "mutilation". Idéalement, il aurait également fallu qu'il se fasse faire une phalloplastie. Mais la médecine française est trop retardataire pour imposer sa vision binaire du mode : après avoir raté deux opérations (et condamné deux trans à la chaise roulante), les chirurgiens refusent désormais de pratiquer ce genre d'opération. Doit-on s'en réjouir ?

La différence de traitement dans les pays voisins est criante. Aux Pays-Bas, bientôt en Allemagne et en Suisse, des équipes se mettent en place pour assurer la prise en charge des pré-adolescents dans leur démarche de transition sexuelle. Il y a à peine quelques mois, Kim Petras, est devenue à 16  ans la plus jeune transsexuelle connue du monde. "Elle avait commencé à prendre un traitement hormonal dès l'âge de 12 ans et a réussi à convaincre de sa sincérité et de son mal-être les psychiatres, qui normalement n'autorisent pas une telle intervention avant l'âge de 18 ans... Le fait que cette adolescente soit une ravissante blonde qui s'exprime devant sa webcam et chante, entre autres, un morceau intitulé "quand les rêves deviennent réalité", l'a rendue star sur les sites de partage YouTube et MySpace et contribuera peut-être à une amélioration de la tolérance sur ce sujet." (Je cite l'excellente webdromadaire de Caphi).

Mauvais Genre, de Axel Leotard, éd. Hugo &Compagnie.

Les photos sont de Del Lagrace Volcano.

le lien de l'article : http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2009/03/daprs-certaines.html

Commentaires choisis sur le blog "400 culs" à la suite de l'article "Les trans sont-ils des malades ?"

"La France est rétrograde, réactionnaire, et fait honte à son peuple, sur ce sujet, comme bien d’autres..." (...) Pourquoi un pays du tiers monde [le Mexique] a désormais une des législations les plus avancées en matière d'intégration des personnes transidentitaires alors que la France se traine 20 ans de retard sur le plan médical et s'attache législativement à des définitions passéistes qui font des personnes transgenres les esclaves modernes sans papier ?"(...) La notion binaire d'Homme et de Femme est une construction d'abord sociale avant de reposer sur la nature qui soit dit en passant semblerait proposer 5 sexes différents pour l'espèce humaine. Continuons de nourrir le téléthon pour ses pathologies musculaires ayant au mieux une incidence de 0,1%, continuons à communiquer sur le diabetes qui concerne 2% de la population, mettons en place des feux sonores pour les 0,3% d'aveugles, mais ignorons completement toute une population dont on ne connait scientifiquement presque rien..."

Je suis effaré par la violence de certains propos et le mépris de certains. La transphobie est clairement une maladie mentale.  Il y a cinquante ans, ce sont les psychiatres des hôpitaux catholiques néerlandais qui les premiers ont affirmé que ce n'étaient pas les homosexuels qui étaient malade, mais ceux qui les persécutaient. Ce fut une sacrée avancée. Il serait temps qu'une telle prise de conscience ait lieu à propos des trans: ils sont malades du "sexage" (pour reprendre le terme approprié) que leur fait subir le reste de la société. Être majoritaire ne veut pas dire qu'on a raison. (Laurent |
le 19/03/2009 à 15:13)

Au differentes personnes qui pointent des pretendues origines naturelles au transsexualisme, n'est-il pas bizarre a la fois de pretendre que ce n'est pas une maladie et que ca vient d'un desordre chromosomique ou hormonal ? Je peux comprendre que la meilleure facon de "traiter" le probleme soit de modifier le corps, comme certains claustrophobes ou agoraphobes recoivent une pension d'invalidite pour leur eviter des situations qui leurs sont trop dures. Mais c'est un traitement social et non medical. (Jojo Lapin |
le 18/03/2009 à 20:15)

je souris...
Le sourire est une arme effarante de puissance contre la bêtise. Encore faut-il pouvoir sourire avec l'assurance intrinsèque d'avoir d’autres armes en main, et d'être prêt à en faire usage, en temps et heure au lieu Où cela peut faire mal.

Les forums et commentaires de blog ne sont pas à ce propos des lieux efficaces dans ce domaine, où régne deux lois essentielles : l’orgueil assuré d’être protégé de tout risque dans ses propos par l’anonymat de nos écrans et de nos claviers, et le principe qui veut que si je suis le dernier à parler, j’ai raison.

Cela exclue en général tout débat. Et cela tombe bien, je ne suis pas là pour débattre.

Mais dans ce sujet où les deux tiers des commentaires insultent les transsexuels et les millions et millions de personnes qui les soutiennent et les aident, et leur font une place comme elle a toujours existé depuis la nuit des temps à nos mondes modernes, face aux connards qui depuis la nuit des temps et jusqu’à nos lendemain les brutalisent, les exploitent, les ostracisent et les tuent, leur offrant en partage le même sort que l’homosexualité, mais aussi finalement que de la couleur de nos peaux, ou la vertu de nos religions, de notre absence de religion, de notre langue, ou de toute différence qui insulte la pensée de vache heureuse du terrien moyen… j’ai envie de mettre mon grain de sel, et quelques informations que vous serez libre de vomir… ou d’aller vérifier dans un sain élan de curiosité intellectuelle.


Les laboratoires de biologie accueillants les internes et élève de la faculté de Médecine de Paris Descartes ont à leur actifs quelques expériences, rapportés par ces élèves, curieux de savoir comment des incidents et accidents hormonaux pouvaient affecter le développement et le comportement de rats nouveaux-nés… Comme m’en fit le récit mon ami Tristan, que je garderai autrement anonyme, une maman rat saturée d’oestrogènes ou de testostérone donnait naissance à des rats qui adultes, tendaient à vouloir parfois se comporter en femelles pour des mâles, en mâles pour des femelles.

Ce phénomène, quand on l’observe dans la nature, commun à tous les mammifères, est rarissime, car la survie n’est en rien favorable à celui qui ne joue pas son rôle. Mais on le retrouve chez des chimpanzés, et chez les bonobos, qui ont d’ailleurs à ce sujet moins de soucis sociaux en terme d’acceptation des comportements sexuels homosexuels et bisexuels, hors de tout besoin reproducteur. Moi, on m’a toujours enseigné en sciences que l’homme est juste un mammifère à qui l’évolution a donné un cerveau simplement fort efficace… Ce que des rats et des bonobos ont à vivre, on devrait nier qu’on le vit aussi ?

Quelques autopsies de transsexuelles ont révélés une très légère modification de leur encéphale, quelque chose qui d’une part reste infime, d’autre part n’a pas mené à beaucoup d’études, par manque de curiosité et de moyens –après tout un IRMf permet de sonder un cerveau vivant aussi bien qu’une autopsie le fait d’un cerveau mort- mais qui dénote une altération, restée donc sans suites du point de vue scientifique. Une altération qui diffère d’un cerveau d’un individu n’ayant aucuns soucis de genre.

Quelques études sociologiques ont manifestement permet de conclure que quand une personne transsexuelle arrive au bout de son traitement et de sa transformation, elle se fond dans la société en disparaissant totalement de groupes minoritaires ou ostracisé, comme si elle voulait reprendre la route d’une vie tout à fait normale. Logique, si on considère que son principal argument à avoir entamer sa transformation était de vivre une vie anormale. Une fois l’adéquation entre son apparence et le genre qu’elle prétend achevée, elle vit comme tout un chacun.

Il n’y a aucune corrélation entre dysphorie de genre, et sexualité
. Les transgenres sont aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels ou bisexuels. Un point commun revenant souvent est cependant leur aveu de n’avoir pu définir leur sexualité, ou encore d’en avoir simplement une, tant que la question essentielle qui a taraudé leurs pensées et affectée toute leur existence n’avait pas trouvé de réponse, en mots et faits.

Un traitement contre un cancer du sein coûte 40 000 euros environs. Une prise en charge contre la dépression pour un dépressif chronique environ 45 000 euros. Les transsexuels qui n’ont pu identifier la cause de leur mal-être et trouver de solution sont souvent dépressifs chroniques, parfois jusqu’au suicide, en général entre la 38eme, et la 45eme année de leur vie, parfois beaucoup plus tôt. Le coût de la transformation est évaluable à environ 25 000 euros, avec un taux de réussite très élevé, comprenant entre autres cette réinsertion sociale à laquelle je fais mention plus haut. « soigner » les transsexuels, inutile ?

Il n’existe à l’heure actuelle malgré tout les efforts des psychanalystes, principalement de l’école Lacanienne, aucun solution alternative à la transformation et donc au traitement hormonal et à la chirurgie, pour permettre aux personnes transsexuels de pouvoir vivre et s’insérer socialement comme tout un chacun
. Sans doutes, et c’est la nature de mes propos au dessus, est-ce parce que le transsexualisme n’a rien à voir avec une maladie mentale ou un désordre psychique, pas plus d’ailleurs, que les différents choix de nos sexualité n’ont que peu à voir avec une maladie mentale.

Enfin, oui, la France est rétrograde, réactionnaire, et fait honte à son peuple, sur ce sujet, comme bien d’autres. Je suis transsexuelle, et le comportement de la France envers le transsexualisme et les propos tenus par le français moyen dont nous avons ici sur ces commentaires de si brillants exemples, est la raison de mon exil en Suisse, où pour tout un chacun, et même si cela éveille a-prioris et curiosité, mon cas n’est pour ce pays et ses habitants que simplement une différence, parmi toutes les différences qui créent la richesse d’une société et de sa culture. (
psychee | le 18/03/2009 à 17:21)

Bien difficile d'ajouter son commentaire après celui si bien écrit de Psychee :-)
"Les trans sont-ils malades ?" Cette question divise la communauté trans au niveau international. Pour ma part, je crois aux derniers résultats d'expériences prouvant une origine neuro-physiologique de la trans-identité. Cela explique l'échec cuisant des psychiatres qui veulent nous guérir. Un peu comme si des ophtalmologistes voulaient guérir les daltoniens...

Pour réagir aux réactions intolérentes des lecteurs, j'aimerais exposer mon cas. Je suis une transgenre non opérée de 40 ans, informaticienne, pacsée à une femme. Mon cas est représentatif de la majorité des personnes transidentitaires. Depuis que je me sens enfin bien dans mon corps et en société après une transition réussie, je me considère plus comme une handicapée sociale que comme une réelle malade. Handicapée sociale, car il y a un hic : n'ayant pas de dysphorie génitale, je ne veux pas d'opération de changement de sexe, donc aux yeux de la loi francaise, je suis un mâle, un vrai de vrai, avec un joli visage féminin (17 000 euros de chirurgie esthétique, payée de ma poche), une taille de guèpe et un 100C. Le mec, quoi !

Bizarrement, aux yeux de la loi mexicaine (oui, ce pays du tiers-monde où je réside actuellement), je suis une femme ! C'est clairement marqué sur mes papiers mexicains : sexo femenino. Et ce, malgré mon prénom officiel encore masculin. Je suis officiellement "Señora Pierre B." au Mexique. Dans quelques semaines, si tout va bien, mon prénom féminin sera enfin officialisé en France, et j'aurai la joie d'être officiellement "Monsieur Claire B." en France. Super pour trouver du travail, non ? Au passage, mon changement de prénom m'aura coûté 1 400 euros.

Au Mexique, les personnes comme moi sont considérées comme des femmes après 5 mois de suivi médical et leurs papiers sont intégralement changés (prénom et état civil) pour une somme ridicule couvrant les frais de dossier. C'est une simple procédure administrative. En France, il faut un avocat et la décision totalement arbitraire d'un juge pour changer ne serait-ce que le prénom.

Donc, j'aimerais comprendre pourquoi un pays du tiers monde a désormais une des législations les plus avancées en matière d'intégration des personnes transidentitaires alors que la France se traine 20 ans de retard sur le plan médical et s'attache législativement à des définitions passéistes qui font des personnes transgenres les esclaves modernes sans papier ? (Claire | le 18/03/2009 à 23:59)

(...) Ce que l'on peut conclure est que la notion binaire d'Homme et de Femme est une construction d'abord sociale avant de reposer sur la nature qui soit dit en passant semblerait proposer 5 sexes différents pour l'espèce humaine.

Mais Chut ! Continuons de nourrir le téléthon pour ses pathologies musculaires ayant au mieux une incidence de 0,1%, continuons à communiquer sur le diabetes qui concerne 2% de la population, mettons en place des feux sonores pour les 0,3% d'aveugles, mais ignorons completement toute une population dont on ne connait scientifiquement presque rien ( sauf les spécimens finissant en bêtes de foire ) !

Méfiez vous, "gens normaux" ! nous sommes peut etre déjà parmi vous !

quelques sources :

- http://www.gendercare.com/library/italiano_paper3.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Intersexualit%C3%A9
- http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/surpris/fiche.php?diffusion_id=66443
- http://www.intersexualite.org/Europe-Index.html


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Stéphanie Nicot 19/03/2009 20:29


Bonjour à tou(te)s,
La question détermine toujours, comme on le sait, la réponse. S'interroger sur le statut médical du transsexualisme oriente nécessairement les réponses sur ce terrain. Qui est celui que partagent d'ailleurs transsexuels et psychiatres. Précisons que l’on compte entre 3000 à 6000 personnes au sein de ces deux communautés, qui, chacune à leur façon, souffrent à l’évidence beaucoup, les premiers de leur parcours difficile, les seconds de constater que leur pouvoir sur la vie des autres se délite ;-)
À l’inverse, la communauté transgenre est nettement plus nombreuse que les deux groupes pré-cités : la trans-identité, à la différence du transsexualisme, concerne des dizaines de milliers de personnes en France (Si la discrimination reculait, on verrait que la question du genre est en fait bien plus vaste !). Les transgenres, contrairement aux transsexuels, ne considèrent nullement que leur corps est le « bon » ou le « mauvais » : il est celui que les hasards de la biologie et de la naissance leur ont donné. Une femme transgenre sait fort bien qu’elle est, initialement, un mâle biologique… Il n’y a donc, pour une transgenre, nulle « erreur de corps » mais une simple envie de vivre dans un genre différent de celui qu’on attribue dans nos sociétés aux sexes biologiques mâle et femelle (On oublie toujours les intersexués !). La vraie question, c’est : pourquoi un simple choix de vie privée rend-ils malades les gens intolérants (variante : qu’ont-ils à cacher sur eux-mêmes ? ;-) et surtout pourquoi met-il l’État français au bord de la crise de nerfs ? La trans-identité, ou le transgendérisme si l’on veut, n’est ni une maladie psychique, ni une réalité physiologique, mais une simple façon d’être et de vivre. L’ennui, pour les amateurs d’idées reçues, c’est que les transgenres ne souffrent de rien, sinon des discriminations organisées par l’État français ! Exemple : refus d’inscription sur les listes électorales, à Nancy, en 2007, pour non conformité des papiers d’État et des quittances de domicile (Eh oui, les transgenres modifient, puisque rien ne l’interdit dans la loi, les papiers de la vie courante : Smets = Halliday, non ? Ce qui est possible pour lui, l’est pour nous ! ).
Les transgenres font leur transition sans fréquenter de psychiatres (voir des médecins qui souffrent, ça nous déprime ! On préfère fréquenter nos généralistes, bien plus équilibrés ;-), et sans demander l’avis de personne (nos corps n’appartiennent qu’à nous-mêmes, comme disaient les femmes en lutte pour la contraception et le droit à l’IVG !), et en général sans problème avec les Français qui nous entourent et qui, hormis une poignée d’énergumènes à re-cadrer, sont des gens ouverts.Ce qui est absurde, c’est que L’État français préfère payer des congés maladie, des RMI, des RSA, des indemnités COTOREP plutôt que de changer monsieur en madame (ou l’inverse) et François en Françoise (ou l'inverse). Et là, vous qui payez des impôts, comme moi-même et nombre d’autres transgenres (mes amies transgenres sont ouvrière, militaire de carrière, infirmière psy…) vous devriez vous interroger…
Car les transgenres ont un seul problème : l’État français qui refuse de changer leurs papiers… pour cause de non-pathologie (Si vous êtes indemne de toute pathologie, la Cour de Cassation s’y oppose ! Décision de 1992, allez la lire !). À ceux qui prétendent que cela ne pose aucun problème, nous suggérons d’accompagner une femme Trans au guichet de la Poste lorsqu’elle retire un recommandé avec des papiers de mec alors que, pour tous ceux qui la voient, c’est une femme… La situation peut d’ailleurs virer à l’absurde kafkaïen, pour peu que la transgenre ait les moyens de résister : aux échecs, on s’appelle ça un Pat ! Exemple : l’État refuse de changer les papiers d’une enseignante transgenre. Cette dernière, légèrement énervée que la professionnelle exemplaire d’avant la transition devienne pour les mêmes chefs une sale Trans, demande à son ministère d’être cohérent et lui suggère de la traiter publiquement en homme au lycée. C’est évidemment impossible ! Du coup, la voici, en pleine forme, le teint frais et la mine vermeille, convoquée par la médecine du travail. Au final, elle est rémunérée depuis des années à faire ce qu’elle veut (vous expliquer sereinement tout ceci, par exemple ;-) pour « troubles de l’humeur » (Pourtant, sauf à être gravement provoquée, je dis rarement aux autres : « casse-toi, pauvre con » ;-) Mais pour une qui résiste (déjà des centaines avec Trans Aide !), la plupart des Trans crèvent de ces discriminations d’État ! C’est pour celles-là, jeunes souvent, que nous, militantes transgenres et LGBT bien dans notre peau et déterminées, nous n’acceptons plus le deal tacite passé autrefois avec l’État : « financement contre ferme ta gueule » Sans oublier le plan de stérilisation qui a été mis en place (On exagère ? Le commissaire aux droits humains du Conseil de l'Europe le confirme sur son site !)On ne demande rien à nos concitoyens, et surtout pas d’argent, on demande juste à l’État français de modifier un prénom et une civilité sur les papiers quand le bon sens l’impose !
Stéphanie Nicot Porte-parole nationale de Trans Aidewww.trans-aide.com