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Publié par caphi

 par vrais-visages.net, lundi 22 septembre 2008

Le professeur Sam Winter de l’université de Hong Kong a récemment publié une communication dans laquelle il affirme que la psychiatrisation des personnes à l’identité de genre atypique a un impact direct sur la stigmatisation dont elles souffrent dans la société.


Cette
communication est bien sûr disponible on-line . Elle est basée sur des recherches menées pour l’essentiel en Asie (Chine, Malaisie, Singapour, Thaïlande, Les Philippines, ainsi que le Royaume-Uni et les États-Unis (pour avoir un point de comparaison, j’imagine) où les lois anti-discrimination sont encore moins répandues qu’en Occident. Cette étude a été menée a l’aide d’un questionnaire avec 30 questions (portant sur les personnes MfT) et 841 étudiants des pays concernés y ont répondu.

Sur le plan global, l’auteur constate que même si la plupart de ces pays ont signé des conventions internationales (droits humains, droits civils et politiques), les personnes à l’identité de genre atypique ne sont pas traitées de la même manière que les autres.

Elles sont rejetées, maltraitées et violentées par leur propre famille, parfois jetées à la rue, où elles sont rejetées et ostracisées par l’ensemble de la société. De ce fait, la plupart des enfants trans ne supportent plus les traitements dont ils sont victimes à l’école (et dont personne ne les protège) et la quittent très jeunes, avec de graves problèmes pour trouver un emploi par la suite. Nombre de ces jeunes tombent dans prostitution avec tous les risques associés à cette activité.

Certains gouvernements rendent illégal toute intervention de réattribution de sexe (Malaisie), interdisent toute possibilité de mariage (par exemple Hong Kong) ou même refusent de mettre à jour les papiers d’identité des personnes (par exemple, la soi-disant tolérante Thaïlande). Les traitements abusifs par la police sont un risque important dans tous ces pays.

En résumé, la transphobie est un problème majeur en Asie.

Résultats de l’étude

Les réponses des étudiants aux questionnaires ont permis d’identifier 5 facteurs qui sous-tendent leur transphobie :

- (1) La croyance selon laquelle les personnes trans souffriraient d’une maladie mentale

- (2) La croyance selon laquelle les femmes ayant fait une transition ne sont pas vraiment des femmes et ne doivent pas être traitées comme telles

- (3) Le rejet de tout contact avec des femmes ayant fait une transition dans de nombreuses situations sociales, y compris au sein de la famille

- (4) Le rejet des tout contact avec des femmes ayant fait une transition dans son groupe de "pairs"

- (5) La croyance selon laquelle les femmes ayant fait une transition auraient des pratiques sexuelles déviantes

L’étude montre que ces facteurs sont corrélés et que la première croyance est fortement liée au moins aux deux suivantes. Il en résulte que la psychiatrisation forcée des personnes trans a un impact très fort sur les attitudes transphobes des personnes interrogées.

Nous savons que la transphobie induit des traumatismes qui sont proches de ceux dont sont victimes les membres des autres minorités stigmatisées et rejetées de la société. Cette enquête montre que la psychiatrisation forcée des personnes trans ne fait qu’aggraver la situation. De ce fait, son affirmation selon laquelle les personnes trans auraient un trouble psychiatrique a tous les aspects d’une "prophétie auto-réalisante", dans la mesure où elle contribue d’abord a traumatiser gravement des êtes humains qu’elle a, par la suite tous lieux de considérer comme souffrant de troubles mentaux (alors même qu’elle a très fortement contribué à les créer !).

L’auteur ne peut que constater que, depuis toutes les années qu’il vit en Asie, à chaque fois qu’une personne trans dispose d’un minimum de soutien et de respect dans son environnement social et familial, cette personne arrive à faire son chemin. Quand ça n’est pas le cas, la personne souffre terriblement. Cette observation est corrélée avec celles de ses collègues.

La conclusion de l’auteur est qu’il n’existe pas de trouble de l’identité de genre, ce qui existe c’est l’incapacité et le refus des personnes transphobes d’accepter les personnes trans.

La situation est encore aggravée dans les pays d’Asie dans la mesure où ces derniers n’ont pas créée les réseaux de prestataires qui existent dans nombre de pays occidentaux, qui permettent aux personnes de réaliser leur transition, même si c’est au prix d’un diagnostic psychiatrique.

De ce fait, les effets gravement destructeurs et déshumanisants de la psychiatrisation des personnes trans est clairement mis en lumière.

Même si les personnes de la rue n’ont pas lu le DSM, ses idées percolent jusque dans la rue de nombreuses manières. C’est, par exemple, le cas en Thaïlande, où les personnes trans sont dans l’incapacité de trouver un travail, car elles doivent montrer le papier qui confirme leur libération de toute obligation militaire et que ce dernier stipule qu’elles sont libérées pour cause de maladie mentale !

Alors même si la transphobie n’a pas pour seule cause la psychiatrisation forcée des personnes trans (il suffit de voir combien le fait d’avoir sorti l’homosexualité du DSM et de l’ICD n’a pas suffi à faire disparaître l’homophobie), il ne fait pas de doute qu’elle contribue significativement à cette dernière et qu’il est essentiel de mettre fin à cela.

Il est essentiel d’affirmer clairement et fortement que les personnes trans sont une des facettes de la diversité humaine, qu’elles représentent une richesse et un don pour l’humanité.

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