Dimanche 13 septembre 2009
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L'homme qui croyait être une fille ou la démence singulière d'un gentilhomme de
Bigorre au XVII e siècle.
En 1725, un obscur gentilhomme de Bigorre meurt après s'être appliqué sur le sexe un « monstrueux appareil » destiné, dans son esprit, à le rendre conforme à ce qu'il croit être depuis l'enfance : une fille. Ce destin tragique – sans doute l'un des premiers que l'on puisse qualifier de transsexuel – nous est connu grâce au récit qui en est fait par l'un des chroniqueurs judiciaires les plus importants du XVIII e siècle, Gayot de Pitaval, qui lui consacre une notice dans ses Causes célèbres.


L'histoire de Mademoiselle Rosette (1678-1725)

«M. V.., natif de Barège en 1678, passa de l'enfance à la mélancolie avec délire. A la folie près de se croire fille, il conservait l'usage de toute sa raison; l'éducation paternelle ne le changea point. On l'envoya à Toulouse, où il prit le degré de bachelier en droit; il fuyait ses camarades, vivait dans la retraite, affectait d'être dévôt, et tout cela pour convaincre qu'il était fille.

Il ne fallait à M. V... que des habits de femme; il employa l'argent destiné à sa pension pour en acheter. Il était obligé de se présenter dans le monde, puisqu'il était précepteur. Retiré dans sa chambre, il prenait ses habits favoris. Surpris dans cet état, il ne sa justifia point, et assura qu'il ne portait les habits d'homme que pour obéir à ses parents. Il passa dans une autre maison, et fut renvoyé pour le même motif. Enfin, il quitta Toulouse de dépit, et retourna à Barège pour publier qu'il était fille.

Le père de M. V... voulant le désabuser, l'envoie deux ou trois fois dans les villages voisins pour tenir l'audience. Sa folie lui laisse tout le discernement nécessaire pour bien juger, mais il ne sa désabuse point.

Son père veut lui en imposer et a recours à l'autorité. Les menaces et les appareils de rigueur rendent furieux notre monomaniaque, qui menace les jours de son père; celui-ci meurt peu après; les idées du fils prennent alors plus d'énergie, et il se containt moins.

M. V... paraît en habits de femme dans les rues, dans les églises, quoique chassé, poursuivi, honni partout par les enfants; il change souvent de demeure, et enfin se fixe à la campagne pour ne plus quitter ses vêtements chéris.

A l'âge de quarante ans, il entreprend un grand voyage pour désabuser toutes les personnes qui l'ont vu en habits d'homme, s'accusant de s'être travesti, et d'avoir injurié les femmes en se travestissant en homme. Il se présente partout sous le nom de mademoiselle Rosette. Malgré les désagréments d'un tel voyage, il ne peut se désabuser lui-même.

Pour n'être pas trahi par sa barbe, M. V... l'arrachait avec des pinces et la pierre ponce; il se formait le sein avec des étoupes; il portait un corset garni de fer. Si on lui objectait que sa barbe et son air le démentaient, il répondait que c'était une erreur de la nature, étant vraie fille, sujette aux incommodités périodiques, et il prenait des précautions pour n'être pas démenti par la propreté du linge; son délire est allé jusqu'à se croire enceinte.

A quarante-sept ans le mal ne fit que grandir. M. V. eut des visons; une belle dame lui apparut, lui fit faire vœu de chasteté, et lui promit qu'en vivant de lait et de fruits, le pouvoir de passer pour fille lui serait donné. Alors il commença à dire qu'il n'était pas né fille, mais qu'il l'était devenu en sautant un fossé.

Cette même année, cinq mois avant sa mort, M. V... tomba en syncope. Le médecin et le chirurgien trouvèrent ses organes génitaux enchaînés au travers d'un amas de peaux étrangères arrangées artistement pour donner du corps à la folle idée de Rosette. La figure hideuse d'un sexe détruisait la réalité de l'autre, et le malade eût succombé par l'effet d'une compression trop violente. Pendant qu'on le déliait et le débarrassait, il entra en fureur, voulant mordre et cracher au visage. Il resta en fureur jusqu'au lendemain, et ne redevint calme que lorsqu'il vit le cher objet de sa chimère.

Quelques jours avant sa mort, sa tête se brouilla davantage; il tomba dans un grand affaiblissement; il entrait en fureur quand on lui présentait des habits d'homme. On lui fit signer un testament en flattant sa folie et le laissant avec ses habits chéris.

Le testament, quoique fait en faveur des hospices en 1725, fut cassé : 1° à cause de l'état de démence du testateur; 2° à cause de l'erreur de son propre sexe dans laquelle était le testateur; 3° à cause de la suggestion prouvée par la présomption et par les faits; 4° par d'autres nullités dont fourmillait le testament.»

 

L'histoire de Dumoret alias Mademoiselle Rosette a été étudiée par Sylvie Steinberg, dans son ouvrage La confusion des sexes; le travestissement de la Renaissance à la Révolution (Fayard, 2001. Voir le forum La Folie XVIIIème) et plus récemment par Alain Chevrier, dans Histoire de Mademoiselle Rosette : Testament cassé d'un homme qui croyait être une fille (Gallimard, Collection «Le cabinet des lettres», 2007. Voir encore la présentation de l'ouvrage et la biographie de l'auteur sur le site Amazon.fr) : l'histoire a été rapportée par le polygraphe François Gayot de Pitaval dans un des volumes de son recueil de Causes célèbres, paru en 1741.

source :
http://psychiatrie.histoire.free.fr/traitmt/trans.htm

Une histoire d'aujourd'hui qui reflète « l'expression d'une souffrance »

Pendant près de deux ans, Stéphanie a réussi à faire croire à sa compagne qu'elle était… un homme.
Pour pouvoir se marier avec la femme qu'elle aimait, Stéphanie, une Vitryate de 23 ans, avait changé le sexe inscrit sur sa carte d'identité. La tromperie a été découverte.
par Stéphanie Gruss, L'Union, 29 octobre 2008

Mariage non célébré : le jugement aujourd'hui

C'EST aujourd'hui qu'un transsexuel comparaît devant le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne pour « faux et usage de faux en écriture publique, faux et usage de faux ». Souvenez-vous du 7 juin dernier. Un mariage n'avait pu être célébré à la mairie de Vitry-le-François parce que le futur époux était en fait… une femme.

C'est en vérifiant le dossier de mariage du couple que Claudine Brocard, 5e adjointe au maire chargée des affaires générales, a découvert la tromperie. Le futur mari, Stéphane, 23 ans, n'avait pas présenté les documents originaux, sa carte d'identité notamment, mais des photocopies. En la regardant d'un peu plus près, elle a constaté que la lettre M (= masculin) au bas de la carte d'identité était plus petite que les autres. « Nous avons contacté la mairie de Thionville, en Moselle, où il était né, avait alors raconté le maire PS Jean-Pierre Bouquet dans nos colonnes le 8 juin dernier. Sur l'extrait original de l'acte de naissance que nous avons reçu, nous avons découvert que Stéphane était en réalité… une femme ».

« Une souffrance »

En tant qu'officier de police judiciaire, l'élu socialiste a aussitôt signalé cet acte délictueux à l'autorité judiciaire. Il a transmis la situation au procureur de la République de Châlons-en-Champagne. Entendu par les gendarmes, le « futur époux » a reconnu les faits. Pendant près de deux ans, il a réussi à faire croire à sa compagne qu'il était… un homme. « Cette femme se considérait comme un homme.
Elle souhaitait épouser la femme qu'elle aimait », avait précisé le substitut du procureur au tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne. Ne pouvant changer de sexe faute de moyens financiers suffisants, Stéphanie avait usé « d'artifices » pour induire sa compagne en erreur.

C'est la première fois depuis sa première élection à la mairie de Vitry-le-François en 1989 que l'élu socialiste s'est retrouvé confronté à une telle situation. Pour lui, cette histoire reflète « l'expression d'une souffrance ». Stéphanie Nicot, cofondatrice de « Trans Aide »*, association nationale transgenre créée en septembre 2004, suit de près cette affaire. Elle ne sera pas présente au tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne « pour des raisons professionnelles », mais prendra acte du jugement. Se tenant prête à monter au créneau…

* www.trans-aide.com
NOTA : Dés que j'aurai d'autres informations sur cette affaire, j'actualiserai cette page; y revenir ou s'abonner à ma newsletter)

Etre transsexuel(le) au temps de Montaigne
Le pouvoir de l'imagination sur l'être humain et sa perception de la réalité
source : L'Union, 1er novembre 2008
La Vitryate jugée mercredi soir (lire l'article plus haut) n'était pas la première à Vitry-le-François à vouloir se marier avec celle qu'elle aimait. Montaigne évoque dans son Journal de voyage déjà deux cas similaires survenus dans la cité rose. Au cours de son périple en France, ce philosophe s'est en effet arrêté le 10 septembre 1580 à Vitry-le-François. C'est le docteur Viniaker, conseiller municipal, qui le révèle dans le tome 36 des mémoires de la Société des sciences et arts de Vitry-le-François publié en 1984. De cette étape, Montaigne a rapporté deux anecdotes. Henri Viniaker le raconte fort bien.

Lors de
son passage dans la cité rose, Montaigne a d'abord entendu parler de cette jeune fille, Mary, qui habitait Chaumont et qui s'était résolue à s'habiller, à travailler et à vivre comme un homme. Le transsexuel gagnait sa vie comme tisserand et se rendit à Vitry pour y trouver l'amour, sereinement. Il s'y maria avec une femme. Mais « l'époux » a vite été reconnu et fut condamné à être… pendu ! Le transsexuel préféra cette issue fatale que se remettre en état de fille. Montaigne entendit aussi beaucoup parlé de Marie qui jusqu'à 22 ans était considérée comme une femme. La Vitryate était néanmoins surnommée Marie la barbue car elle portait un peu de poils au menton. Un jour, en effectuant un gros effort en sautant, des organes génitaux masculins lui poussèrent. Elle fut alors considérée comme un homme et rebaptisée Germain par un cardinal de Châlons.

 Montaigne est passé à Vitry le 10 septembre 1580.

Montaigne remarqua que cette histoire avait beaucoup marqué les esprits : les jeunes filles conseillaient de ne plus accomplir de grandes enjambées de peur qu'elles ne subissent le même sort. Une anecdote qu'a reprise Montaigne dans ses Essais pour expliquer le pouvoir de l'imagination sur l'être humain et sa perception de la réalité.

Note de caphi
: Aujourd'hui, à de rares exceptions, on ne pend plus les transsexuel(le)s mais, plus de 5 siècles après Montaigne, elles-ils sont encore discriminé(e)s et quelquefois battu(e)s par des individus qui se réfèrent à des lois plus ésotériques que naturelles.
Ostracismes et chasses aux sorcières sont encore bien présentes de nos jours et l'évolution en matière politique est encore bien lente, même dans le pays des Lumières.

Par caphi - Publié dans : [sciences et société]
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