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Publié par caphi

Nota : Cette réflexion n'engage que l'auteur, mon blog vous permettant de réfléchir à une problématique non résolue et vous permet de vous faire une idée avec des avis de transsexuel(le)s eux-mêmes ou de professionnels "autorisés" ou pas.
Caphi

P
our un psychiatre rompu à une activité d'expert judiciaire qui ne l'a confronté qu'à de rares dossiers sur le transsexualisme, s'engager maintenant dans le suivi de sujets présentant ce qu'il est convenu de nommer TROUBLES DE L'IDENTITE DE GENRE, conduit à davantage réfléchir sur cette question. Il s'avère, en effet, que notre groupe d'observation et de travail draine une quantité relativement importante de cas, compte tenu du petit nombre de ces structures au plan national.
Posons-nous en premier lieu la question à laquelle à ce jour il ne semble pas y avoir de réponse, les avis étant partagés: les transsexuels peuvent-ils être considérés, du fait du trouble de l'identité qu'ils présentent, comme des psychotiques?
Une nette tendance s'est dessinée ces trois ou quatre dernières décennies dans le sens où, autant dans les dictionnaires usuels de la langue française que dans les manuels médicaux voire psychiatriques, la notion de psychose s'est éclipsée:
- le grand ROBERT en 9 volumes d'il y a 20-30 ans: «sentiment délirant d'appartenir au sexe opposé...»
- le Petit LAROUSSE le plus récent: «la conviction qu'a le sujet d'appartenir à l'autre sexe».
Le transsexualisme est-il une psychose? Oui, si s'applique la définition des psychanalystes (LAPLANCHE et PONTALIS): «La psychose est une perturbation primaire de la relation libidinale à la réalité». Non, si nous considérons, du point de vue de la sémiologie psychiatrique, qu'il n'y a, à proprement parler, aucune construction de la thématique délirante habituellement retrouvée chez nos malades. Cela étant, faut-il considérer le trouble de l'identité de genre comme un délire en secteur, cette affection qui respecte toute l'activité psychique située hors du champ pathologique?

«Réponse folle à une demande folle», écrit Colette CHILAND, psychiatre et psychanalyste, spécialiste du Transsexualisme, pour résumer ce qu'elle pense de la THC (thérapie hormono-chirurgicale), divergeant en ce sens de Bernard CORDIER, son co-auteur de l'article de l'Encyclopédie Médico-chirurgicale sur le transsexualisme, plus optimiste qu'elle sur l'intérêt d'une telle entreprise.

Si psychose il y a, le colloque singulier avec un transsexuel ne fait-il pas entrer en résonance son propre noyau psychotique avec sa propre problématique identitaire tant il advient des instants où l'on hésite à se souvenir si, en face de nous au bout d'un moment, c'est il ou elle, il qui désire devenir elle ou vice versa?...
Nous revient alors en mémoire le sort de TIRESIAS, ce devin aveugle de THEBES qui, dans les métamorphoses d'OVIDE, est transformé en femme pendant sept ans avant de redevenir homme ou qui, selon une autre version de la légende, subit pas moins de six passages d'un sexe à l'autre après avoir été l'arbitre de la querelle entre ZEUS et HERA sur la question du plaisir dans l'acte sexuel.
Poursuivant notre réflexion sans nous écarter du champ de la psychopathologie, abordons la question de la dépsychiatrisation revendiquée haut et fort par les associations militant dans l'intérêt des transsexuels. Elles font référence au retrait de l'homosexualité du chapitre des perversions sexuelles et exigent que les troubles de l'identité de genre subissent le même sort favorable. Mettons-nous bien d'accord: la présence du psychiatre dans les structures de prise en charge des transsexuels n'est pas pour mettre au jour une pathologie quelconque chez tous, mais pour discriminer ceux dont la démarche est saine de ceux chez qui des troubles psychiques viendraient à perturber le déroulement et le résultat de la THC.
Quant au futur DSM V, successeur de l'actuel DSM IV-R, manuel conçu à l'initiative de l'APA (Association Américaine de Psychiatrie) et répertoriant toutes les données diagnostiques de la pathologie psychiatrique, il est dit que la Commission chargée de l'actualisation de cet ouvrage, faisant autorité dans le monde entier, inclut des psychiatres contestés pour leurs idées rétrogrades, notamment en matière de transsexualisme, ce qui n'est pas sans mobiliser vigoureusement les associations militantes...
Ces dernières par ailleurs, souvent par le biais d'Internet ou des Médias, acquièrent un pouvoir de plus en plus prégnant sur les sujets qui ont le désir de changer de sexe, au point que le psychiatre se trouvera facilement confronté à un discours stéréotypé, appris comme une leçon, destiné à le convaincre. Un dernier point, qui mériterait à lui seul un long développement, sera d'ordre matérialiste: La THC tant réclamée par le transsexuel et proposée par l'équipe le prenant en charge n'est-elle pas destinée en définitive qu'à modifier les apparences? Force est de considérer que le biologique demeure malgré le traitement hormonal prolongé et toutes les mutilations chirurgicales subies...
Le sujet ainsi métamorphosé semble trouver un grand réconfort dans son changement d'Etat Civil, modification qui aura hanté son esprit tout au long de sa prise en charge thérapeutique et qui mettra un terme à bien des vicissitudes (affectives, sociales, professionnelles...).

Tandis que croît le nombre de demandes à changer de sexe, d'autres nouveaux sujets de réflexion viennent s'ajouter pour livrer matière à débattre: à titre d'exemple, la législation en évolution dans certains pays d'Europe ( l'Espagne récemment).

Citons pour finir la statistique du Transsexualisme en FRANCE telle que récemment indiquée par C.CHILAND:
- un pour 37000 pour les mâles (0,0027%)
- un pour 107.000 pour les femelles (0,0009%)
- avec un sex ratio (M/F) qui était de 3 ou 4, qui a diminué et tend à s'égaliser.

Beaucoup donc de sujets de réflexion et de travail en perspective, sur ce sujet du transsexualisme en pleine évolution au plan des idées, des comportements, mais aussi du Droit, celui-ci se caractérisant actuellement par un défaut d'harmonisation entre les différentes nations qui ont légiféré récemment, notamment au sein de l'Europe.

Dr Guy MONTEBELLO, Neuro-Psychiatre

Publié le lundi 13 octobre 2008 sur le blog quelsexe.com

http://www.quelsexe.com/article02.php

> LIRE aussi l'autre réflexion du Dr Guy Montebello : "De la dépsychiatrisation du transsexualisme" (6 novembre 2008)

Commenter cet article

GouineMum 28/10/2008 18:20

Ce texte est un magnifique exemple de la grave psychose transphobique dont souffrent nos pauvres psychiatres...Au fait : pendant combien d'années encore va-t-on se trimbaler la transphobe gravement délirante qu'est Colette Chiland ?