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Publié par caphi

Ce film surprise, révélé juste avant l'ouverture de la célèbre manifestation cinématographique, évoque la vie de transsexuels en Iran.

D'Iran, de Chine, deux films incognito

De l'envoyé spécial de L'Expression (Algérie) à Venise, Saïd OULD-KHELIFA, 1er Septembre 2008
 
"Sur les programmes des grands festivals, la case qui leur est réservée ressemble aux terrae incognitae des anciennes mappemondes : des films surprises, on ne sait rien d'autre que l'heure à laquelle ils seront projetés. La 65e Mostra de Venise en présente deux, dont les titres ont été révélés au début du Festival, le 27 août : Kashtegi - L'Ennui -, de Bahman Motamedian est une fiction mâtinée de documentaire qui évoque la vie de transsexuels à Téhéran ; (...) A Cannes, Berlin ou Venise, les films surprises viennent souvent de pays qui pratiquent la censure cinématographique, et le mystère qui les entoure les préserve à la fois de mesures administratives trop violentes et de polémiques prématurées. "On peut ainsi assurer la présence du film, explique Marie-Pierre Duhamel-Müller, membre du comité de sélection de la Mostra, c'est un acte de protection et de pacification." Kashtegi, réalisé avec des transsexuels rencontrés dans le cadre d'une enquête universitaire, a été tourné sans solliciter l'autorisation préalable nécessaire à l'existence officielle d'un film en Iran. "Pour tourner en extérieurs, nous nous sommes servis d'un permis donné pour un court métrage", explique le producteur néophyte Esmaeil Mirzaei-Ghoni, qui a financé le film de sa poche. Une fois terminé, le film n'avait aucun espoir d'être diffusé dans son pays. Il a été proposé à plusieurs festivals, et c'est Venise qui l'a retenu. De l'aveu du producteur, la carrière de Bahman Motamedian risque d'être entravée par cet épisode. Au moins, le secret de sa venue a-t-il empêché le déclenchement d'une polémique comme celle qui avait été suscitée par Téhéran lors de la sélection de Persépolis à Cannes en 2007." ["D'Iran, de Chine, deux films incognito" - Le Monde]

Venise, carrefour des cinémas du mondeL’audace iranienne: le corps-ennemi...
Il n’y a aucun sujet de société qui n’ait été abordé par les cinéastes.

«Faire un film sur les transsexuels et leurs problèmes en Iran n’est pas une chose aisée. C’est comme un défi qui fait de moi un lutteur beaucoup plus qu’un réalisateur (...) Je me dois, tout en restant vigilant, de montrer les multidimensionnels aspects de ma société.» C’est un cinéaste iranien qui parle ainsi de son premier long métrage Khastegi, présenté à Venise, en «film surprise»...
Mais la surprise n’est pas seulement d’ordre «festivalier...» Elle est aussi surprenante de par le contexte, l’Iran des mollahs et de l’incroyable ambivalence, à têtes multiples, qui rendent désuètes, voire caduques, les idées que l’on se ferait de la société iranienne...
Bahman Motamedian vit et travaille en Iran, la quarantaine bien portée, il a appris le scénario, la photo et la réalisation à Téhéran sur les bancs de l’Institut du cinéma.
Il n’a connu rien d’autre que la République khomeynienne et ses déclinaisons soft et hard qui se sont succédé, «démocratiquement» en Iran, ces trois dernières décennies. Les guillemets sont de rigueur, car si le vote est décisif en Iran, il ne survient qu’après un savant tri opéré par les mollahs, avant que l’ayatollah n’adoube les présidentiables...
Tout cela pour dire que malgré ce jeu «fermé d’avance», les Iraniens puisent aussi, ailleurs, leur vivacité intellectuelle et leur grande écoute des uns des autres, loin des gesticulations des Gardiens de la Révolution et des effets de manche de la vieille garde religieuse qui sait que le temps joue contre elle.
C’est ce qui fait l’incroyable vivacité du cinéma iranien qui trouve d’abord à l’intérieur même du pays, son premier (et large) public. Il n’y a aucun sujet de société qui n’ait été abordé par les cinéastes sans que cela ne soit considéré comme un tabou, donc inévitablement hors de portée de caméra. Tout y passe: la mort, les mollahs, les femmes détenues, les enfants abandonnés, le racisme (à l’égard des «Noirs», les Afghans)...
Mais malgré cela, l’étonnement est bien présent lorsque des sujets comme celui des transsexuels est abordé, sans aucune hypocrisie mais avec la retenue qu’un long travail de recherches protège de la tentation sensationnaliste...
Pour faire reculer les frontières entre le documentaire et la fiction, Motamedian s’est fait épauler par un chercheur, le docteur Behrang Sedighi. «Khastegi n’est donc pas un film sur des gens "anormaux" avec, tagué, sur le front, "transsexuel". C’est un film qui a trait à "notre identité" dans son entendement le plus compréhensif du terme»...Le cinéaste insiste sur le fait que, dans son travail, le souci était de faire la part des choses entre «sexe et sexualité (ou autres vocables), histoire d’être en phase avec notre identité». La tolérance dont fait montre, dans sa grande majorité, la rue iranienne, à l’égard des «mal dans leur peau» et qui ne se manifeste pas forcément par des déclarations de bonne intention, renseigne sur le degré d’empathie existant. Et c’est déjà un des premiers résultats auxquels parvient ce film, évitant au spectateur étranger de se poser des questions inutiles, voire hors sujet.
On sent que l’héritage est millénaire et est loin d’être une profession de foi, comme ailleurs dans le monde arabe. Il a été revisité et enrichi. En persan, les mots de Hafiz, la pensée d’Al Farabi ont l’air de s’acclimater à l’ère de la révolution génétique, pour essayer de mieux savoir ce que l’on est et ce que l’on pourrait devenir. Sans craindre pour autant de perdre l’essentiel, son âme....
Si l’on voulait extrapoler et le cinéma permet, lui aussi, ces grands écarts ou plutôt ces grands sauts, 35 Rhums de la Française Claire Denis, participe à sa façon de cette théorie.
Son film, qui ne concourt pas au «Lion d’Or», pour cause de présence dans le jury, de sa réalisatrice, est d’une audacieuse portée.
Pour la première fois, dans le cinéma français, des gens de couleur sont au centre d’un argument qui, d’habitude, ne «concernait» (selon les cinéastes hexagonaux) que des Blancs...La couleur n’était visible qu’en périphérie ou lorsqu’il fallait y mettre une touche exotique, pour se créer des sensations fortes et même se faire peur...
Claire Denis propose une autre vision des Noirs. Des êtres ayant leur profondeur propre, avec même des questionnements existentialistes probants. Un père noir, conducteur de métro (excellent Alex Dexcas), est capable d’élever seul sa fille étudiante en anthropologie, de lui dire son amour et sa tendresse et se sentir écartelé entre l’envie (à peine visible) de refaire sa vie avec une autre Antillaise, chauffeur de taxi, et sa volonté d’emmener son enfant aussi loin qu’il le pourrait, le mariage par exemple...
Le film peut, lui aussi, déranger, à sa sortie en France, car il montre que l’identité est plurielle et ses frontières sont mouvantes, comme l’évolution de l’homme, en somme...A sa manière, Claire, aussi, dit combien le regard vers l’autre peut être enrichissant et novateur pour faire avancer une société qui ne peut faire l’économie d’aucune de ses composantes, fût-t’elle si différente. C’est là que le cinéma renoue si fortement avec sa vocation primaire: la projection...

lire aussi
[Berlinale] Les trans et l'islam au palmarès des Teddy Awards (février 2008)

sur la TRANSIDENTITE en IRAN

. Transsexuel en Iran : un livre dénonciateur et un documentaire ambigu
[portraits] Marie, transsexuelle iranienne

> Etre transsexuel en Iran : «Laissez-moi me faire opérer» (Libération, janvier 2006)
En Iran, de 800 à 1 000 personnes ont changé de sexe. Téhéran, qui autorise l'opération et fournit de nouveaux papiers d'identité, fait exception parmi les Etats musulmans. Malgré tout, la vie des transsexuels reste difficile dans un pays où parler de sexe dans la sphère publique est interdit. Rencontres avec Sharareh, Ali et Sayeh.
>
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> Transsexualité en Iran sur Wikipédia

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