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Publié par caphi

La Haute Autorité de santé (HAS) a rendu récemment un rapport sur le « transsexualisme » qui témoigne de dysfonctionnements du système de « réassignation sexuelle » en France. Ce rapport a fait beaucoup couler d'encre. RUE 89 rapporte aussi les réactions véhémentes de nombreuses associations concernées face au décret du ministère de la Santé de « déclassification de la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée ».

Hélène Hazera - journaliste / productrice à France Culture et Trans MtF, militante des droits des trans’ et de la lutte contre le VIH, notamment au sein d’Act Up-Paris  -, à partir de fragments de son histoire, livre dans Yagg sa réflexion sur les abus du passé et d’aujourd’hui, ainsi que sur les combats qu’il reste à mener pour la communauté trans' et déclare
:  "Je suis ahurie de certaines attitudes de ma communauté devant l’annonce de Roselyne Bachelot... (lire plus bas sa tribune : “La déclassification, c’est classe”.

Quant à Laure, sur son blog Parcours d’une MtF (8 juin 2009),  elle se réjouit de cette avancée, mais "ne partage pas par contre, l’optimisme dont a cru faire part certaines associations" : "En quoi celà changera t’il le regard des autres sur nous ?" interroge t-elle ?
Pour cela, elle propose : 
"des actions éducatives, pédagogiques, sans quoi, le quidam moyen, hier, comme aujourd’hui, et encore demain continuera de nous considérer comme des “gens bizarres quand même quelque part“, et à craindre ce que nous entreprenons..." (à lire en bas de page : Le transexualisme ne sera plus en rapport avec une affection psychiatrique)


[tribune]
Les transsexuels ne sont plus fous, mais toujours discriminés

Les candidat(e)s d'un concours de beauté pour travestis et transsexuels à Manille, aux Philippines (Cheryl Ravelo/Reuters) 

Par Camille | Mauvais genre | Rue89, 24/05/2009 |

La Haute Autorité de santé (HAS) a rendu récemment un rapport sur le « transsexualisme » qui témoigne de dysfonctionnements du système de « réassignation sexuelle » en France. Ce rapport a fait beaucoup parler de lui ; j'ai reçu au moins une dizaine de mails ou de communiqués de presse cette semaine à ce sujet.

Au ministère de la Santé, où il semble qu'un décret se prépare, Roselyne Bachelot a annoncé le 16 mai la future « déclassification de la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée » et sa volonté de « lutter contre la transphobie ».

Même si une mauvaise langue sceptique m'a rappelé que « Roselyne Bachelot avait déjà dit qu'elle étendrait le don du sang aux homos, donc cette fois encore, rien ne va se passer  », ce rapport fait beaucoup de bruit dans les associations trans, bruits qui ressemblent à une cacophonie tellement les acteurs sont nombreux d'une part, tellement le rapport créé la polémique d'autre part.

Act up, le planning familial, le Syndicat du travail sexuel (Strass) sont quelques unes des associations et structures qui ont réagit avec véhémence face au décret du ministère de la Santé.

Une mesure attendue de longue date… mais qui déçoit

A priori, pourtant, cette mesure était attendue de longue date par des personnes épuisées par le parcours du combattant pour faire valoir leur genre, et qui n'en pouvaient plus de devoir indiquer qu'elles souffraient d'une affection longue durée (ALD) auprès de la sécurité sociale.

Célia, co-fondatrice de Vela, réagit vivement :

« Attention, pas de quoi se réjouir trop vite, il semble se produire ce que nous redoutions au niveau associatif, à savoir une “dépsychiatrisation” qui ne soit pas une “dépathologisation”. (…)

Nous passerions de la catégorie « troubles graves de la personnalité » à la catégorie « trouble de l'identité de genre ». Mais nous serions toujours des malades ! »

Act up Paris explique que « la fin de l'appellation qui entrait dans la grille de remboursements de la Sécurité Sociale n'a rien à voir avec le parcours de transition ».

Une erreur de conception de ce que sont les trans

En très simplifié, côté « plus », les associations apprécient le geste symbolique de la « dépsychiatrisation » de la maladie, ainsi que la reconnaissance de dysfonctionnements nombreux dans le traitement institutionnel des Trans.

Côté moins, les associations pointent une erreur de conception de ce que sont les trans, avec en particulier :

  • le fait que trans doivent toujours passer par des médecins qui décideront pour eux de ce qu'ils sont
  • le risque d'interdiction d'un parcours de transition à l'étranger, qui permet actuellement aux trans d'éviter la psychiatrisation de leur parcours
  • le fait que dans les classifications internationales, la transidentité reste une maladie mentale (on rappellera que l'homosexualité n'est sortie des maladies mentales au niveau international qu'en 1990),
  • le fait qu'il est pour le moment inconcevable, en France qu'une personne se sente une femme si elle a un pénis ou qu'une personne se sente un homme si il a des ovaires. Il n'est pas envisagé qu'une personne aime son sexe mais non son genre.

Certains trans ressentent comme particulièrement violent l'imposition de la « mise en conformité » de leur genre et de leur appareil génital, voire de leur sexualité (un/e trans n'est pas censé/e être homo par exemple).

Consensus sur la lutte contre la transphobie

La question de la transidentité est complexe, puisqu'elle bouscule les limites de genre, de sexe et d'orientation sexuelle. Cela explique peut être en partie la difficulté de la lutte contre la transphobie.

Pourtant, s'il reste un sujet sur lequel la HAS, le ministère et les associations sont d'accord, c'est bien l'importance de cette dernière en France aujourd'hui et les discriminations dont souffrent les Trans.

Malgré tout, les Trans Français ne sont peut-être pas les plus à plaindre : une riveraine (Caro) me disait en conférence de rédaction recevoir régulièrement des avis sur la situation particulièrement tragique des trans qui sont menacés de mort dans leur pays d'origine et qui sont pourtant menacés d'expulsion en France.

Photo : les candidat(e)s d'un concours de beauté pour travestis et transsexuels à Manille, aux Philippines (Cheryl Ravelo/Reuters)

Ailleurs sur le Web
lien de l'article : http://www.rue89.com/rue69/2009/05/24/les-transsexuels-ne-sont-plus-fous-mais-toujours-discrimines 

La déclassification, c’est classepar Hélène Hazera
Dans Yagg, le nouveau média gay et lesbien, Hélène Hazera
, journaliste / productrice à France Culture et Trans MtF militante des droits des trans’ et de la lutte contre le VIH, notamment au sein d’Act Up-Paris raconte en détail son parcours et déclare
: "Je suis ahurie de certaines attitudes de ma communauté devant l’annonce de Roselyne Bachelot que je caricaturerais en: “Non à la pub bidon du gouvernement réactionnaire capitaliste hétéro-sexiste, hétéro-machiste, hétéro-patriacal, binariste, non-queer, non végétarien, etc.!”. Oui c’est de la com’ pour pas cher. On appelle ça faire de la politique. Mais les gouvernements qui se sont suivis, droite-gauche-droite, en laissant faire, ce n’était pas de la politique ? Comme si l’ennemi, ce n’était pas d’abord les équipes en place ! Quand Madame Hazan, hiérarque du Parti socialiste, interpellée par des militants, protestait que donner des papiers à des trans’ non-opérés permettrait à des “malfrats” (sic) de se cacher, c’était mieux ? Le PS lui opposa un heureux démenti.
L’espoir
La déclassification, outre le plaisir de voir la France prendre de l’avance, là où elle a été si longtemps retardataire, je la vois avec l’espoir de ce qui ne peut manquer de suivre: ce que nous allons obtenir, si nous sommes capables de faire un minimum de front commun, en sortant du bourbier politicien. Le démantelement de ce pré carré que des bureaucrates se sont taillés sur notre mal-être, le changement à la demande du numéro de sécurité sociale (...), les changement de prénoms sans opération, les changements de genre légaux… Puis le remboursement des opérations à l’étranger, le droit élémentaire de choisir son médecin et sa chirurgie... LIRE l'article en ENTIER  [ http://www.yagg.com/2009/05/29/trans-la-declassification-cest-classe-par-helene-hazera-876 ]


 

Le transexualisme ne sera plus en rapport avec une affection psychiatrique par Laure, trans' MtF Le 17 mai, lors de la journée internationale contre l’homophobie, le ministère de la santé français a fait une déclaration pour le moins fracassante, puisque l’administration sort de la liste des affections psychiatrique le transexualisme, qui jusque là, figurait dans l’ALD n°23.

Peut-on s’en réjouir ?

Oui, je le crois sincérement
, mais je ne partage pas par contre, l’optimisme dont a cru faire part certaines associations, et ce pour plusieurs raisons
.

D’abord, et non des moindres, il s’agit d’une mesure d’ordre administrative, l’autorité administrative autonome que représente le ministère de la santé français décide de retirer de la prise en charge au titre des affections de longue durée, le transexualisme qui ne figurera plus dans la rubrique “troubles psychiatrique” comme c’était le cas jusqu’à alors.

Une nouvelle ALD remplacera t’elle, celle-ci ? Rien n’est dit….

Ou alors sous des mots encore incompréhensible évoquant une pathologie du trouble du genre, dont on ne sait pas bien comment s’effectuerai la prise en charge. Et il faut se souvenir d’un projet en cours de la Haute Autorité de Santé pour la prise en charge du transexualisme, ce qui me fait craindre un marché de dupes du style : “Vous passez par le parcours officiel et planifié et vous êtes remboursé(e)s et pris(e)s en charge, sinon quand vous irez vous faire opérer à l’étranger vous vous débrouillerez…”

S’il faut que les transexuels retournent ou continuent de se prostituer pour se payer leurs soins, leur opération, je n’appelle pas celà une avancée.

Ensuite, l’autorité administrative autonome française, et vous allez comprendre pourquoi je tiens à cette définition, sort le transexualisme de la rubrique des troubles psychaitriques, mais ne déclare pas envoyer des sommités médicales rejoindre le groupe de travail actuellement en charge de la révision du DSM IV, (the Diagnostic and Statistical Manual), celui-ci devant être remplacé par un DSM V tout neuf. Rappelons que le DSM est censé recenser les troubles mentaux et les décrire, et que la formation du nouveau collège en charge de la révision a fait couler beaucoup d’encre dans les milieux associatifs transexuels, certains experts qui y siégent étant notoirement connu pour leurs positions catégorique de troubles psychiatriques par rapport à la transexualité. La France ne viendra donc pas soutenir sa courageuse position auprès de ce collège, et c’est bien dommage.

Il en va de même pour le CIM 10 (Classement international des maladies), dont les troubles psychiatriques figurent au chapitre V, rubrique F60 à 69 et plus précisément encore F.64.0.

La France n’entend pas agir d’une façon ou d’une autre pour “sortir” le transexualisme de ce chapître V.

A ce que je sache, les médecins se servent avant tout du DSM et du CIM 10 pour parler de leurs préoccupations. Ce qui se passe au sein de la nomenclature de la sécurité sociale concernant les affections de longue durée, les affecte peu, celà concerne plutôt les patientes et les patients, nous sommes bien d’accord.

Alors, oui, que le transexualisme sorte de l’ALD 23, c’est à dire de la classification au sein des troubles psychiatriques est une bonne chose, mais c’est une petite chose, d’autant qu’elle laisse encore la porte ouverte à pas mal d’interrogations concernant le devenir de la prise en charge, sujet peu évoqué par le ministère lors de la diffusion de son communiqué.

Et enfin, pour finir, en quoi celà changera t’il le regard des autres sur nous ? Pour cela il faut des actions éducatives, pédagogiques, sans quoi, le quidam moyen, hier, comme aujourd’hui, et encore demain continuera de nous considérer comme des “gens bizarres quand même quelque part“, et à craindre ce que nous entreprenons, car nous avons toujours peur de ce que nous ne connaissons pas.

Voilà, les raisons qui tempèrent mon optimisme quand à cette nouvelle, je ne dis pas que ce n’est pas une avancée, et un bien, mais il reste énormément à faire, et là, le Ministère de la Santé est étrangement silencieux.

lien de la page : http://lauremelodye.fr/?p=649

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