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Publié par caphi

Coorganisateur des premières Gay Pride de Thaïlande, Michael Shaowanasai est un artiste multimédia.
 De performances en installations, de photographies en vidéos, il utilise sa propre image pour explorer, de façon souvent provocatrice, la question de l'homosexualité. Il a été exposé aux biennales de Venise (2003), de Gwang Ju, en Corée du Sud (2002), et de Tirana, en Albanie (2001). Lors du dernier
Festival du film de Berlin, il a présenté son premier long métrage, The Adventures of the Iron Pussy, dont il est à la fois l'acteur principal et le coréalisateur. Ce film relate les aventures d'un jeune caissier d'épicerie qui se transforme la nuit en Iron Pussy, superhéros transsexuel aux exploits improbables et drolatiques. 

[source : Courrier international] - photo : Michael Shaowanasai - DR
 
"En Thaïlande, il est plus facile d'être transsexuel que gay"

Extraits

"La prostitution attire beaucoup de monde en Thaïlande, et l'on imagine souvent que la société thaïlandaise est très ouverte d'un point de vue sexuel. C'est loin d'être le cas. Hors des circuits de l'industrie du sexe, la vie est difficile pour les gays. Nous en sommes encore là où vous en étiez il y a vingt ans : la plupart des gays vivent leur sexualité dans l'ombre, et les communautés de lesbiennes, pour importantes qu'elles soient, se font extrêmement discrètes. Toutefois, à ma connaissance, il n'y a pas ou il y a peu d'agressions homophobes. Paradoxalement peut-être, il est plus facile d'être transsexuel que gay. Après leur opération, les jeunes gens sont généralement bien acceptés, à l'instar de Nong Toom, jeune champion de boxe thaïe qui montait maquillé sur le ring et qui est devenu une femme. Mon compatriote Ekachai Uekrongtham a tiré de cette histoire un film,
Beautiful Boxer, également présenté à Berlin cette année. Il faut aussi rappeler qu'en Thaïlande existe une longue histoire du travestissement au théâtre : hommes jouant des rôles de femmes dans le théâtre classique (khon) ou femmes jouant des rôles d'hommes dans les formes moins nobles (lakhon). Les opérations de changement de sexe sont d'ailleurs extrêmement peu chères ici. Un ami m'a affirmé qu'elles coûtaient parfois moins de 10 000 euros. Aussi, beaucoup de jeunes gays le font. La procédure est réduite au strict minimum : il suffit d'apporter l'argent. Il n'y a pas d'accompagnement psychologique, pas de délai de réflexion… Pourtant, il n'y a pas d'étude à long terme sur les effets de ces opérations, aussi j'aimerais que les jeunes ne se précipitent pas sur ce genre de solution. 
La relative tolérance à l'égard des transsexuels est-elle liée à la religion bouddhiste et à la croyance à la réincarnation, comme l'a affirmé Ekachai Uekrongtham ?
Non, je ne crois pas. Le bouddhisme est très complexe, et pas toujours très ouvert. Ainsi, lorsque j'ai réalisé un autoportrait en moine bouddhiste, cela a provoqué un véritable scandale. Il a même été question de m'expulser de Thaïlande ! (A l'époque je n'avais que la nationalité américaine.) Ceux qui étaient offensés par ce portrait affirmaient qu'il enfreignait un précepte bouddhiste selon lequel seul un être humain peut devenir moine. Ils insinuaient donc que, parce que j'étais gay, je n'étais pas un être humain… "

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