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Publié par caphi

TRAJECTOIRE. Parlementaire à Zurich, 32ans, Anja Recher a décidé de devenir un homme et de médiatiser son histoire. Rencontre.

Anne Fournier, Zurich, Le Temps (Suisse), samedi 13 septembre 2008

Il a tendu sa carte de visite. Et on n'a pas pu s'empêcher d'y jeter un regard. Pour vérifier. «Alecs Recher», a-t-on lu sur le carré de carton blanc. Alecs, et pas Anja. Logique. 

Pendant trente-deux ans, Alecs s'est donc prénommé Anja. Depuis six semaines, il se fait injecter de la testostérone sous surveillance médicale. Ce diplômé en pédagogie curative, coursier à vélo et étudiant en droit a décidé de changer de visage. Et surtout d'en parler. Alecs, en effet, est élu au parlement de la Ville de Zurich. Cette après-midi là, il enchaîne les interviews. «J'ai une étiquette sur le front pour quelques semaines, mais bientôt plus personne ne la remarquera. C'est un temps à passer.»

Alecs Recher, pull-over rayé sur chemise noire. Alecs Recher, jeans avec chaîne pour son porte-monnaie. Alecs Recher, lunettes carrées et cheveux ras. Sa prestance, sa façon de s'asseoir. Un gars décidé.

Il habite le bouillonnant Kreis 5 de Zurich, quartier connu pour ses animations nocturnes, où il se sent chez lui «parce que des gens très différents y vivent côte à côte». Là, Alecs baigne depuis longtemps dans un milieu de transsexuels et d'homosexuels. «Cela m'a toujours concerné. Mais je ne dirais pas que ce climat a influencé mon choix.»

Depuis la rentrée, sa démarche est devenue une action à forte résonance. Lors de l'avant-dernière séance du parlement, il a pris la parole pour expliquer son choix et demander à être considéré comme un homme. Il lui paraissait inutile de taire ce qui une fois ou l'autre éclaterait au grand jour. «Pour le moment, je ne reçois pas de mail incendiaire.» Et pour les officiels de la Ville, c'est «A. Recher» qui est apostrophé. Sourire. «Cela évite les malaises.» Du coup, Alecs rit quand son interlocutrice, assise en face de lui, continue de mettre les adjectifs au féminin.

Dès son plus jeune âge, vers 8ans, Anja a des envies de garçon. Avec son grand frère, elle développe une forte complicité. «Nous avions les habituelles relations que peuvent avoir deux frères.» La jeune fille garde cette aspiration au fond d'elle, n'en parle pas mais s'habille et s'amuse «comme un mec, dirait-on». Au fil du temps, elle côtoie de nombreux transsexuels, frôle leur univers en tant que lesbienne mais l'idée d'une métamorphose est inexistante. «Enfant, j'ai enfoui ce vœu au fond de moi. Une stratégie, sans doute.» C'est l'an dernier, lors d'un voyage en Allemagne chez un ami devenu homme via la prise d'hormones, «et méconnaissable», que son envie est réapparue.

Alecs a aussi su très jeune qu'il s'engagerait en politique. A l'école secondaire, il se fait porte-parole pour dénoncer les lacunes d'un enseignant. Plus tard, il participe à l'organisation des Christopher Street Day, manifestation de gays et lesbiennes, ainsi qu'aux élections de Miss et Mister Gay. L'égalité des chances constitue l'une de ses batailles. Montrer que ce qui apparaît à certains comme des différences ou des interdits peut prendre une autre signification, dit-il. «Le simple exemple de la robe portée par des hommes. Dans certaines cultures, c'est une coutume.» Elu depuis 2004, il a choisi la Liste alternative, un «petit parti qui permet d'avoir son mot à dire». Alors, le goût de l'exception, en politique comme au quotidien? «Non, rien à voir.» Sa politique veut représenter ceux qui ne peuvent défendre eux-mêmes leur choix. «Je suis plus que jamais la personne idéale pour défendre l'égalité entre sexes. J'ai goûté aux deux», plaisante-il.

Téléphone. «Ja, Alecs». La voix se fait plus grave. Après six semaines d'injection, Alecs observe les premiers changements, sa pilosité plus abondante, une endurance renforcée sur son vélo. Mais la vie continue et «le monde n'a pas changé de couleurs. Je ne me sens pas plus homme».

Actuellement, la seule façon de modifier son identité d'homme ou de femme, à l'état civil, en Suisse, est de changer physiquement de sexe. Et donc de se prêter à des opérations - parfois délicates. «Ce n'est pas nécessaire!» s'exaspère Alecs. La jurisprudence exige que la personne soit stérile. Par peur, notamment, de se retrouver avec un homme enceint, comme ce fut le cas aux Etats-Unis. «C'était une exception.» Alecs est pour l'heure suivi psychologiquement, thérapie nécessaire à une couverture par les assurances, pour que la transsexualité soit diagnostiquée. «C'est toujours et encore une maladie. En Allemagne, où existe une loi sur la transsexualité, des expertises suffisent pour changer de prénom.» Et se faire opérer pour changer de sexe? Silence.

Pour l'heure, Alecs, membre de la commission de l'urbanisme, a de hautes préoccupations politiques pour sa ville. Au-delà de son choix personnel. Il est critique face à la métamorphose des Kreis 4 et 5, longtemps quartiers populaires, en des royaumes de sorties à la mode. «La scène off dispose de moins en moins d'espaces libres. C'est dangereux pour Zurich.»

Anja est donc devenue Alecs. Il aspire à de la place pour une société métissée. Il met beaucoup de sentiments dans son engagement. Une part féminine qu'il se reconnaît lui-même.

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alexandre 23/08/2009 15:06

Bonjour Alecs,Bravo pour ton parcours tant médical que politique. Je suis SBM moi aussi et je voudrais parler de ce sujet avec toi pour avoir quelques infos sur la SUISSE. Car je sais qu'il existe en Suisse un grand chirurgien qui fait de très belle phalloplastie.Mais je n'ai ni le nom de l'établissement, ni le nom du praticien.Si tu peux m'aider dans mes recherches. Merci de ta réponse.