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Publié par caphi

Agnès Giard, sur son excellent blog hébergé par Libération Les 400 culs ("qui voit et raconte "la planète sexe"), dans un article au titre quelque peu équivoque, "Comment devenir une femme" donne un "mode d'emploi" assez complet de la transsitude à partir aussi de témoignages de Trans'.
 
Il permet de d'expliquer aux candidat(e)s - ou informer simplement les autres pour comprendre -, le vrai parcours du combattant (ou de la combattante) pour celle/celui qui souhaite, particulièrement en France, mettre en accord son corps avec sa tête.

Lire également ma sélection de Commentaires à la suite de l'article Comment devenir une femme ? sur le blog "
Les 400 culs".
 
Lire aussi plus bas > Le pénis fantôme et comment s’en débarrasser (article du New Scientist traduit et transmis par Courrier international du 12 févr. 2009)

Comment devenir une femme

Ma Photo source : Les 400 culs - La planète sexe, vue et racontée par Agnès Giard), 11/02/2009 - http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard

Cornelia, Alexandra, July et Isabelle sont des femmes d’un genre spécial : le genre trans, autant dire le mauvais. Nées avec un pénis, elles ont décidé de ne pas en tenir compte et de vivre en nanas libérées.
Alexandra et July se sont «offert» un vagin. Cornelia et Isabelle ont préféré rester des «femmes à bite»… avec des seins.

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Comment faire pour que vos proches, votre boss, vos voisins et même votre contrôleur des impôts, vous traitent en vraie lady ? C’est… casse-couilles, littéralement. Pour devenir femme, il faut effectuer le parcours de la combattante. Quatre trans racontent l’enfer que représentent les trois - parfois quatre - étapes menant à la reconnaissance de leur réelle identité.

1/ Première étape : le «passing»
Passing est un terme anglais bizarre, qui désigne le fait de «passer», d’être perçue en public, comme une femme. Pour commencer l’opération «passing», vous pouvez laisser pousser vos cheveux, vous épiler, vous maquiller et vous habiller en femme. Mais avant tout, prévenez vos proches.

- Comment faire son coming-out ?
Autant prendre le taureau par les cornes : «Bibiche, je n’ai jamais osé te le dire, mais voilà : je suis une femme»… «Maman, papa, vous m’avez toujours considéré comme votre fils, mais maintenant je m’appelle Claudia»… «Les enfants, votre papa est une maman»… N’oubliez pas de prévenir aussi vos collègues de travail et la concierge de l’immeuble. Ça passing ou ça cassing.

- Comment s’habiller en femme ?
Evitez la robe de soirée pour aller au supermarché.

- Comment faire ses courses au rayon fard à paupière ?
«Il n'est absolument pas indispensable (et d'ailleurs même contre-productif) d'afficher un look de pin-up ou de starlette pour faire ses courses : le but est d'être soi-même, pas quelqu'un d'autre. Ce sera mille fois plus adéquat et satisfaisant que de s'attifer d'une minijupe rose fluo, de talons de 12 cm, d'une perruque  blonde platine, de bas filet rouges et d'un rouge à lèvre couleur sang.» (Cornelia)

- Comment se maquiller ?
«Avec une trousse de maquillage, chérie.» (une amie travestie)

«L'erreur classique des débutantes est de jouer les peintres en bâtiment avec les cosmétiques. Le look 'pot de peinture' est mauvais pour le passing, et puis vous aurez l'air d'une clown.» (Alexandra)

- Comment camoufler la barbe ?
Rasez-vous deux-trois fois de suite en laissant 5 minutes entre chaque rasage, le temps que le poil se redresse après le passage de la lame.

- Comment se débarrasser définitivement de ses poils ?
Idéale : l’épilation définitive au laser médical. Compter une dépense minimale de 1000 euros pour le visage, à raison de 10-15 séances, étalées sur deux ans de traitement. Comptez le double pour les jambes. 6000 euros pour le corps entier.

- Comment cacher ses testicules dans un slip pour femme ?
C'est quasi impossible. Certaines MtF (male to female) ont une morphologie qui permet de coincer "tout ça" entre les cuisses vers l'arrière (méthode dite "à la brésilienne", ou "tucking" en anglais), mais ça ne marche pas chez tout le monde, et c'est mauvais pour la circulation du sang dans les testicules.
«Plutôt que de vous rendre malades, soyez "out and proud". Sous la plupart des vêtements on ne voit pas la bosse (dans l'intimité c'est autre chose, mais j'espère que là, on aura eu l'honnêteté d'en informer sa/son partenaire de plumard à l'avance...). Pour ma part, je me balade à longueur d'année avec ma "bosse" bien visible, et ça ne me pose aucun problème : oui, je suis une femme à bite, et les gens font avec.» (Cornelia)

- Comment marcher sur des talons hauts ?
«Le talent, chérie.» (une amie trav)

2/ Deuxième étape : les hormones
Pour avoir une poitrine de pucelle, des hanches rondes et la peau plus douce, il faut suivre un Traitement Substitutif Hormonal (TSH) qui est non seulement à vie mais irréversible. C’est une décision lourde sur le plan médical. Les résultats ne sont pas garantis et les effets secondaires peuvent être très désagréables au cours de la première année. Fatigue, dépression, voire perte de libido si vous prenez les mauvais produits.

- Comment se faire «pousser» des seins ?
«L'estradiol NATUREL (surtout pas d'estrogènes synthétiques) sous forme de gel transdermique (et non pas sous forme orale), et la progestérone NATURELLE (surtout pas de progestatifs synthétiques) sous forme orale, plus éventuellement, en adjuvant local, de la progestérone naturelle sous forme de gel transdermique en application sur les seins et les hanches, suffisent amplement.» (Cornelia).

- Pourquoi faut-il refuser des anti-androgènes si un médecin vous en prescrit ?
Anti-androgènes : "castration chimique". «Totalement inutiles, et très nocifs pour la santé. Ils sont prescrits pour de pures raisons idéologiques. Les anti-androgènes finissent souvent par bousiller définitivement toute libido, autant femelle que mâle, et privent ainsi à vie la personne de tout désir et plaisir sexuel (bonjour les dépressions suicidaires !). L'Etat français et la médecine qui se met au service de son idéologie nous voudraient idéalement invisibles et asexué(e)s… pourquoi pas lobotomisé(e)s et suicidé(e)s, tant qu'à faire ?» (Cornelia).

- Est-il facile d’entamer un traitement hormonal ?
«Vous pouvez aller, si vous êtes majeure(e) (pour les mineur(e)s c'est plus compliqué), voir n'importe quel endocrinologue et lui dire "J'ai compris que je suis transgenre, et je voudrais suivre un traitement substitutif hormonal féminisant (ou masculinisant, dans le cas des FtM), je sais ce que je fais, je prends mes responsabilités, je me suis informé(e) auprès de gens compétents, et je voudrais être traité(e) avec ces produits-ci exactement : XYZ, et rien d'autre (sous-entendu : "c'est mon corps et ma santé, j'en fais ce que je veux, et ce n'est à personne d'autre d'en juger"). Et je voudrais que vous assuriez simplement, en prestataire de service, mon suivi médical afin d'éviter que je ne prenne pas des risques inconsidérés pour ma santé avec ce traitement.» (Cornelia)

- Les médecins acceptent-ils tous de prescrire des hormones ?
Non. «L'ennui est que la Sécu surveille, endoctrine, voire menace, tous les médecins qui sont en contact avec des trans, et aussi les endocrinologues, ce qui fait qu'il est en général très difficile d'en trouver qui acceptent une telle démarche. Leurs excuses sont alors multiples. Par exemple : "Ah mais non, vu que le transsexualisme est une maladie mentale reconnue (il figure effectivement toujours dans le DSM-IV), il faut d'abord le certificat d'un psychiatre que vous êtes bien trans, sinon vous pourrez me faire un procès pour maltraitance par la suite…", ce qui est totalement faux et une simple excuse.
On peut aussi tomber sur des incompétents complets, qui essaient d'imposer des médicaments nocifs. On en trouve même qui s'arrogent le droit de faire des examens psychiatriques ou génitaux totalement hors de leurs compétences, bonjour la maltraitance médicale réelle ! C'est pour ça qu'un certain nombre de trans ont finalement recours à l'auto-médication au marché noir et prennent de gros risques de santé : on peut se tuer avec des hormones mal prises.
» (Cornelia)

- Combien ça coûte ?
Le traitement hormonal et son suivi ne coûtent pas cher et sont remboursés par la Sécurité sociale. «Nul besoin d'obtenir une ALD pour ça, comme on le lit trop souvent.» (Cornelia)

- Peut-on revenir en arrière ?
Non. «Très rapidement, on ne pourra plus cacher ses seins, et on ne pourra plus non plus revenir en arrière sans se rendre gravement malade.» (Cornelia)

- Comment changer de voix ?
Les hormones ne modifient pas la voix. Vous pouvez suivre une éducation de la voix chez l’orthophoniste, ou apprendre à moduler les mots. «Ne prenez pas la voix perchée, parlez juste plus lentement, utilisez votre voix de façon consciente.» (Alexandra).

- Comment changer de squelette ?
Les hormones ne modifient pas non plus la forme et le poids des os.

3/ Troisième étape : vos papiers s’il vous plait
En France, pas de changement d'état civil sans chirurgie génitale préalable. La stérilisation et la castration sont rendus obligatoires pour ceux qui veulent un passeport au nom de «Madame» ! Ce qui est totalement sexiste (on voit clairement la volonté de l'Etat d'imposer sa norme : la femme est un vagin, l’homme est une queue) et handicapant (essayez de vous faire embaucher avec le mauvais numéro de Sécu, tiens !). Cependant, la loi laisse libre les gens de vivre en femmes s’ils le veulent. En France, on peut librement porter des vêtements de femme, avoir un compte en banque au nom de Margot ou se faire embaucher comme infirmière : rien ne l’interdit et rien ne vous oblige à vous la faire couper.

- Faut-il obligatoirement se faire castrer pour obtenir un changement d’état civil ?
Les textes ne sont pas clairs, mais en pratique il faut prouver qu’on n’est pas un homme : il faut se faire stériliser ou faire modifier ses organes génitaux. «Or l'Etat n'a rien à faire dans nos culottes, nous faisons de nos génitaux ce que nous voulons ! Cette ingérence illégitime de l'Etat dans nos vies privées et intimes est l'expression de l'idéologie hétéropatriarcale judéo-chrétienne dans ce qu'elle a de plus discriminatoire et inhumain !» (Cornelia)

- Comment faire changer son numéro de sécurité sociale, sa carte d’électeur, son passeport ou son permis de conduire ?
«Ça demande une procédure, au moyen d'un avocat (ça coûte pas mal de sous) auprès du Garde des Sceaux, et très souvent le tribunal décide de faire procéder à des expertises psychiatriques et génitales.» La mutilation des organes génitaux est donc rendue obligatoire en France… «Ce qui et totalement abusif et très souvent vécu comme un réel viol par les trans concernées. C'est là que ce système illégal et arbitraire montre particulièrement la perversion de son idéologie.» (Cornelia).

- Combien coûte l’expertise ?
«1500 euros environ sur Paris. En plus, c’est à peine légal : aucun texte n'oblige à l'expertise, c'est juste une pratique de certains tribunaux.» (July).

- Comment convaincre un expert psychiatre que vous "êtes" une femme ?
«Option un : sortir le baratin attendu "Je suis douce sensible, fragile, je rêve de faire la cuisine et le ménage et de me faire un mec".
Option deux (un psy évolué est recommandé) : "Mon corps ne me convient pas et non je n'en souffre pas, je ne suis pas une pauvre petite créature misérable et vulnérable mais un être humain souhaitant mettre son corps en adéquation avec son esprit" (NB : et non j'ai pas forcément envie de me faire opérer)
.» (July)

- Comment se faire reconnaître «officiellement» comme femme sans pour autant se faire mutiler ?
Il existe une démarche intermédiaire qui procure quelques solutions partielles pour la vie de tous les jours, mais rien de valide face à l'Etat, c'est l'acte de notoriété : «L'acte de notoriété est un document rédigé par un notaire qui atteste que l'on est bien connu(e) sous son prénom d'usage (par exemple : Alexandra), et qui officialise ce dernier. A l'aide de cet acte, il est possible faire modifier certains documents (compte en banque, fiche de paie, factures de téléphone, par exemple) à l'exception des pièces officielles délivrées par l'Etat (attestations d'état civil, Carte Nationale d'Identité, carte d'électeur, passeport, permis de conduire…).» (Alexandra)

- Combien ça coûte ?
Selon le notaire, le prix demandé pour établir cet acte peut varier. «Pour ma part, j'ai du débourser 250 euros.» (Alexandra).

- Comment faire établir cet acte de notoriété ?
Apportez les preuves – factures, courriers, attestations, témoignages - que vous vivez bien sous une identité de femme depuis au moins deux ans. 
«Petites astuces : faites vous envoyer des catalogues par correspondance à votre prénom de femme et gardez les enveloppes et justificatifs. Certains organismes d'utilité publique, comme la Croix-Rouge, ont autant de poids, dans un acte de notoriété, que des institutions publiques. Adhérez, faites des dons et conservez les reçus. Souscrivez un abonnement d'électricité ou de téléphone sous votre prénom féminin et conservez les factures. Adressez un courrier au Tribunal de Grande Instance, ou à votre mairie. Laissez-y vos coordonnées avec votre prénom de femme. Vous recevrez obligatoirement une réponse en retour adressée à votre prénom féminin. Emise par une institution publique, cette pièce aura un poids certain dans votre acte de notoriété.» (Alexandra).

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4/ Quatrième étape : la chirurgie génitale
La Chirurgie de Réassignation Génitale (CRG) est une opération chirurgicale lourde - d'une durée moyenne de 8 heures -, coûteuse et souvent risquée, visant à construire chez une personne des organes génitaux externes se rapprochant de ceux du sexe opposé. Elle vous dotera d’un «néo-vagin» sexuellement fonctionnel, doté de lèvres et d’un clitoris tout à fait sensible. En revanche, elle ne vous permettra pas d’avoir un utérus, ni des ovaires. Vous n’aurez jamais de menstrues et vous ne pourrez pas tomber enceinte.

- La loi autorise-t-elle les chirurgiens à vous couper le pénis ?
En réalité, les chirurgiens ne coupent pas le pénis, mais le retournent comme un gant à l’intérieur du corps pour le transformer en vagin. Le protocole Cordier de 2001 décrit l’opération comme une «castration bilatérale (ablation des testicules, des corps caverneux et spongieux), suivie de la création d’un néo-vagin tapissé par la peau pénienne retournée en doigt de gant et d’une urétrostomie périnéale». C’est la vaginoplastie. La labioplastie, généralement pratiquée six mois plus tard, consiste à créer des grandes lèvres à partir du scrotum. Un clitoris est également créé, «grâce à un lambeau en îlot neurovasculaire taillé au niveau du gland.»

- Le néo-vagin est-il ressemblant ?
Oui, si l’opération est réussie. La preuve par l’image.

- Quelle démarche à suivre pour avoir un vagin ?
«C'est comme pour les hormones : on peut faire un peu ce qu'on veut, pourvu qu'on paie soi-même. Tous les chirurgiens de la planète demandent, soi-disant pour raisons de couverture juridique, une attestation psychiatrique préalable attestant qu'on "souffre de transsexualisme", mais c'est en réalité inutile juridiquement ; et un nombre croissant de psychiatres établissent maintenant assez facilement ces attestations, pourvu que la personne vive full-time comme femme (famille, boulot) depuis au moins deux ans et suive un Traitement Hormonal depuis autant de temps.» (Cornelia).

- A quels chirurgiens s’adresser ?
Il faut aller à l'étranger, «notamment en Allemagne ou en Thaïlande, et payer l'opération de sa poche. Comptez entre 10 000 et 20 000 euros pour une chirurgie génitale MtF de bonne qualité (le double ou triple pour les FtM).» (Cornelia).

- Est-ce remboursé par la sécurité sociale ?
«Si on veut être remboursé(e), on est obligé(e) de se faire opérer en France, ce qu'il faut éviter à tout prix !» (Cornelia).

- Pourquoi faut-il éviter de se faire opérer en France ?
Parce que la loi anti-mutilations a longtemps interdit la chirurgie génitale. Les chirurgiens français sont donc très en retard et totalement incompétents dans ce domaine. «Des bouchers». La preuve par l’image sur la phototèque du Caritig.

- L’opération est-elle douloureuse ?
Elle est longue, lourde et dangereuse. Le cathéter Foley et les drains sont retirés 6 jours après l'opération. Les bandages et la perfusion sont retirés 10 jours après l'opération. Les agrafes sont retirées 13 jours après. Durée du séjour à la clinique : entre deux et trois semaines (pour la vaginoplastie). Le plus douloureux : «L'obligation de dormir sur le dos pendant plus d'une semaine. Le fait de rester allongée toute la journée et toute la nuit pendant près d'une semaine. C'est inconfortable, le sang monte à la tête, les jambes sont engourdies et on dort très difficilement. A bout de force et sans possibilité de trouver le sommeil, le temps finit par tourner au ralenti, ce qui est réellement une torture. La perfusion dans le cou qui perturbe l'afflux de sang vers le cerveau (le sang me montait à la tête), provoque des sifflements et empêche de trouver le sommeil.» (Alexandra).

- Comment faire le deuil de votre pénis ?
«Si vous envisagez de faire une dernière fois quelque chose avec votre sexe mâle en érection (une pénétration par exemple), ne le prévoyez pas la veille du départ pour la clinique, ni même la semaine qui précède. La pression psychologique risquerait de vous couper tous vos effets comme cela a été le cas chez moi. Si vous comptez faire un moulage de votre sexe pour en garder un souvenir, faites le plusieurs semaines voir plusieurs mois avant l'opération, pour la même raison que celle évoquée plus haut.» (Alexandra).

- Ça fait quoi de se retrouver avec un vagin à la place d’un pénis ?
Le nettoyage de l'intérieur du néo-vagin par le médecin, à l'aide d'un chiffon imbibé d'antiseptique, est indescriptiblement bizarre. «La sensation n'est pas du tout douloureuse mais très étrange, surtout la première fois.» (Alexandra)

- Comment se déroule la rééducation des organes génitaux ?
«Il faut en fait surtout que le cerveau se rééduque, en apprenant à associer selon une anatomie différente les sensations qu'il perçoit (il doit pour ainsi dire "redessiner sa carte des organes"). Ça met souvent trois à six mois, voire plus.» (Cornelia)

- Il faut «entrainer» son orifice ?
Aucun entrainement. Juste un maintien de la cavité vaginale, au début, à l’aide d’un «gode» de 10-12 cm de long, appelé stent. Le stent, destiné à maintenir les tissus dilatés, empêcher que l’orifice se referme et assurer une bonne cicatrisation, doit être introduit entièrement et maintenu en place, suivant les prescriptions des chirurgiens : «24/24h à la sortie de clinique, puis diminution progressive du temps de port : au bout de trois mois, plus besoin de stent.» (Cornelia). «Environ 4 heures par jour durant les premiers mois, puis 2h par jour dans les 4 à 6 mois qui suivent l’opération, puis de temps en temps. Mais les données varient selon les personnes et leur cicatrisation.» (July).

- Combien de temps après l’opération peut-on faire l’amour ?
«Trois mois après, en général.» (July)

- Sexuellement, c’est agréable d’avoir un vagin ?
«Après une opération bien faite, on peut être parfaitement orgasmique, j'ai testé chez les copines.» (Cornelia)

- Et pour pisser, on fait comment ?
«On s’assoit et on fait comme tout le monde.» (July)

- Y 'a-t-il des soins génitaux particuliers à faire depuis ton opération ?
«A part prendre ma douche…» (July)

- Certains types de pénétrations sont-ils déconseillés ?
«Pas que je sache. Une fois la cicatrisation faite.» (July)

- Les vibromasseurs, c'est OK ?
«Oui !» (Alexandra)

- Est-il nécessaire de se faire faire un vagin pour se sentir totalement femme ?
Non. «Penser que c'est l'opération qui fait la femme est un leurre absolu. La féminité est avant tout une construction de son acceptation sociale dans son identité enfin assumée et cela ne se fait pas seulement, loin de là, à coups de bistouris.» (Isabelle).

Merci à Cornelia Schneider et Alexandra Augst-Merelle créatrices de l’association Support Transgenre Strasbourg (STS), July Schultz, Isabelle et Pascale Ourbih.

Affection Longue Durée (ALD) : En France, une demande d'ALD spécifique "transsexualisme" doit être réalisée par un médecin (en général le psychiatre mais l'endocrino peut le faire). Lors de la demande, il faut préciser dans le formulaire les soins demandés (hormono thérapie, ré-éducation vocale, épilation faciale définitive, opération, autres chirurgies…). Pour bénéficier d'une prise en charge, il fallait en 2003, selon des textes d’origine floue «avoir sur Paris plus de 23 ans, plus de 25 sur Lyon, avoir un casier judiciaire vierge, n'être ni marié, ni parent, ni séropo, ni prostitué, ni être homosexuel,  et faire partie des 15% de "candidats trans" sélectionnés et prévus pour l'année.»

Chirurgie de Réassignation Génitale (CRG) : Opération chirurgicale lourde (d'une durée moyenne de 8 heures), coûteuse et souvent risquée, visant à construire chez une personne des organes génitaux externes se rapprochant de ceux du sexe opposé.

Cisgenre (du latin Cis, «de ce côté-ci») : Personne dont le genre coïncide avec le sexe. Exemple : une femme née dans un corps de sexe féminin sera appelée «femme cisgenre» (ou encore «femme génétique», «femme biologique», «femme ovarienne»), par opposition à une «femme transgenre», née dans un corps de sexe masculin. 

Dysphorie de genre : Non-coïncidence entre le genre (féminin, masculin) et le sexe (mâle, femelle). Exemple : une personne souffrant d’être née dans un corps d’homme est «une âme de femme dans une enveloppe mâle.»

FtM (Femelle vers Mâle) : Personne de sexe féminin faisant des démarches pour acquérir des caractéristiques physiques mâles. Se dit aussi : transsexuel.

Genre : Sexe auquel une personne s’identifie. Son sexe psychique. Par opposition au sexe physique.

MtF (mâle vers femelle) : Personne de sexe masculin faisant des démarches pour acquérir des caractéristiques physiques femelles. Se dit aussi : Transsexuelle.

Post-Op : Trans opéré(e). On distingue les «Semi-op» et les «Full-op".
Semi-op (ou «Top-op») : Transgenre ayant subi un siliconage de la poitrine (ou une mastectomie en ce qui concerne les MtF).
Full-op : Transgenre ayant subi une opération chirurgicale génitale visant à changer son sexe.
Non-op : Transgenre se contentant d'un traitement hormonal pour modifier son corps.

Poupée queutéeChick with dick» en anglais) : Femme à bite. Se dit aussi : she-male.

Queer : Tout ce qui n’est pas pas 100% hétérosexuel et biologique.

Transition : Mot utilisé par les transsexuelles pour désigner leur  «transformation» en femme.

Transgenre (du latin Trans, «de l’autre côté»)  : Personnes dont le genre ne coïncide pas avec le sexe.

Transsexuel : Femelle se transformant en mâle (FtM). Par politesse et par respect, on parle d’elle au masculin (on parle de lui, donc). Attention : un trans peut être gay (attiré par les hommes) ou hétéro (attiré par les femmes).

Transsexuelle : Mâle se transformant en femelle (MtF). Par politesse et par respect, on parle de lui au féminin (on parle d’elle, donc). Attention : les trans peuvent être lesbiennes (attirées par les femmes) ou hétéros (attirées par les hommes).

TSH : Traitement Substitutif Hormonal permettant aux trans de se sentir plus en adéquation avec leur corps. A savoir : le TSH ne change pas le timbre de la voix des mâles. Il redistribue seulement la graisse corporelle chez les mâles et chez les femelles fait pousser la barbe et les muscles.

TV : Trav (crossdresser en Anglais) : Personne utilisant les tenues et accessoires vestimentaires réservés, par convention sociale, aux personnes du sexe opposé.

Les images viennent du site The Lady Is A Trans.

lien de l'article : http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2009/02/comment-devenir.html

Commentaires choisis
à la suite de l'article Comment devenir une femme ? sur le blog "Les 400 culs" :

Bravo pour ce sujet. Pas toujours facile à aborder dans un grand quotidien, vous avez su le faire avec de vrais mots sans édulcorant. Bravo aussi à tous les trans-genres et leur admirable courage. [Laurent57 | le 12/02/2009 à 11:18]

La confusion apparente dans certains des commentaires ne me surprend pas dans une société qui confonde sexe et genre
(personnalité sexuelle).
Pourquoi fallait-il afficher des photos provenant d'un site porno qui n’ont rien à voir avec les personnes interviewées. La plupart des personnes qui ne s’identifient pas avec le genre que l'on leur a imposé à la naissance ne sont pas plus impliquées dans le porno que toute autre personne - et une bonne partie de celles qui y sont impliquées le sont pour des raisons très précis :
http://www.fondationscelles.org/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=104
Sinon, bravo pour l’article. [emma | le 12/02/2009 à 15:46]

Réponse en vrac a plusieurs commentaires:

- Il n'y absolument rien d'"incohérent" à être trans', c'est une chose parfaitement ordinaire et courante, depuis la nuit des temps, et sûrement jusqu'à la fin du Monde. Ce qui est "incohérent" (et surtout psychopathologique) c'est la transphobie, pas la transidentité ! D'ailleurs, sans la transphobie, la transidentité n'existerait même pas dans la société, et nous n'aurions pas besoin d'artifices palliatifs du style "transition" (= "mise à la soi-disant norme") afin de faire cesser la souffrance qu'on nous inflige à cause de notre "différence". La transidentité est une question sociale et politique, et qui demande donc des réponses sociales et politiques, collectives, pas individuelles, et encore moins médicales. Nier ceci est déjà transphobe.

- En tant que travailleuse du sexe trans', je peux vous assurer que tous mes clients hommes sont hétéros et le restent. Une femme à bite est une femme, pas un homme.

- Les photos ajoutées à l'article ne sont malheureusement pas du tout représentatives de la trans' moyenne, ni en France ni ailleurs. Pas plus que des mannequins publicitaires ne représentent la femme moyenne. [Lady Principia | le 12/02/2009 à 16:02]

Article sympa et didactique. Seul bémol,ces photos assez caricaturales qui ponctuent le texte ... Nous ne sommes pas (toutes) des poupées à la plastique parfaite (suivant les normes en vigueur pour toute femme bio ou trans, normes évidemment édictées par nos"amis les hommes") [Valérie Grand | le 12/02/2009 à 17:32]

Cet article est vraiment passionnant et nécessaire. Ce sujet n'est pas assez abordé et lorsqu'il l'est, c'est souvent de manière moralisatrice et voyeuriste. J'ai appris beaucoup de choses sur l'ingérence hétéropatriarcale de l'Etat dans la vie intime de nos concitoyen-ne-s. C'est absolument scandaleux! Cela me donne envie de me battre davantage sur ce terrain! Par contre, juste une question: je suis toujours très étonnée de l'accent porté sur le "déguisement" stéréotypé de "la femme" (maquillage, talons, jupe...). Je ne comprends pourquoi le fait de s'habiller ainsi peut contribuer à se sentir "femme". Ouais bon... au fond c'est quoi se sentir femme? [artemisia | le 13/02/2009 à 04:07]

Mon fils m'annonce qu'il est devenu une femme; je lui fais faire un caryotype.
Il est XX, c'est une femme. Il est XY : c'est une homme.
Le reste n'est que déviance et doit être combattu au nom de la raison surtout dans le pays de Descartes. [Evidence | le 13/02/2009 à 05:31]

Merci pour cet article très intéressant. Dommage qu'il n'y ait pas de FtM interrogé, car les sensations doivent être différentes. C'est un peu comme l'homosexualité, celles qui naissent femmes sont beaucoup moins médiatisées et prises en compte. Pourquoi pas un article "comment devenir homme" la prochaine fois ? [Jerome | le 13/02/2009 à 09:51]

Réagissez à l'article sur le site Les 400 culs

Insolites
Le pénis fantôme et comment s’en débarrasser
par Michael Marshall, New Scientist 
(traduit et transmis par
Courrier international - hebdo n° 954 - 12 févr. 2009)
L
e blog Neurotopia attire notre attention sur un article paru dans Acta Medica Okayama intitulé “Pénis fantôme en érection après intervention chirurgicale de changement de sexe”, rédigé par un groupe de chirurgiens de l’université d’Okayama, au Japon. Les chercheurs décrivent un nouvel aspect du syndrome du “membre fantôme”, ce phénomène par lequel une personne amputée ressent des sensations dans son membre disparu. Leur patiente avait la sensation d’avoir un pénis en érection. Des cas de pénis fantômes ont été signalés pour la première fois en 1951 et une étude de 1999 concluait qu’ils étaient extrêmement rares. Comment expliquer ce phénomène ? En fait, ce cas est révélateur des progrès accomplis ces dernières années par la chirurgie en matière de changement de sexe. Les chirurgiens ont procédé sur plusieurs transsexuels homme-femme à une vaginoplastie, intervention destinée à transformer le pénis en vagin, en faisant appel à une nouvelle technique : ils ont réalisé l’intérieur du vagin avec la peau du scrotum, préalablement épilée au laser. D’ordinaire, on utilise la peau du pénis, mais souvent il n’y en a pas assez pour faire un vagin de taille convenable – inconvénient que ne présente pas la nouvelle technique. Plusieurs patientes ont manifesté un syndrome de pénis fantôme après l’intervention, mais il a disparu en quelques semaines, le temps a priori nécessaire au cerveau pour se réorganiser afin de réagir correctement à la nouvelle géographie génitale. Une des patientes a cependant eu moins de chance. Son membre fantôme a persisté pendant six mois et était toujours en érection. Ce n’est peut-être pas surprenant quand on sait que nombre de personnes souffrant du syndrome du membre fantôme font état de sensations relativement fortes, comme des démangeaisons et des douleurs. Les chirurgiens se sont demandé si ce phénomène s’expliquait par la présence de certains éléments (en particulier le muscle bulbospongieux et le corps spongieux du pénis) qu’ils avaient laissés en place et qui jouent un rôle dans divers aspects de l’érection, par exemple les sensations qui l’accompagnent. Ils ont donc opéré à nouveau pour retirer les deux éléments suspects, et le pénis fantôme a disparu. On ne verra probablement pas beaucoup de cas de ce genre. Selon Vilayanur Ramachandran, un spécialiste des membres fantômes, les transsexuels homme-femme ne risquent pas de connaître un syndrome de pénis fantôme (contrairement aux hommes qui ont perdu leur membre pour d’autres raisons), car leur cerveau est probablement configuré pour des parties génitales féminines. S’il a raison, le présent cas sera sans doute unique.

lien de l'article : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=94562

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