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Publié par caphi

De l’écrit à l’écran, il n’y a qu’un pas

Dans le cadre de sa nouvelle politique en faveur du livre et de la lecture décidée en 2008, la Région Rhône-Alpes a décidé de remettre le tout premier prix de l’adaptation cinématographique. Le but est d’encourager un metteur en scène à adapter un livre pour le cinéma. C’est le roman « Les Adolescents troglodytes » d’Emmanuelle Pagano (aux éditions P.O.L) qui a été primé.
 
par Romain ROUSSEAU, www.lyon-webzine.com, 09/02/09

Pour cette première édition, c’est le comédien Hippolyte Girardot qui a présidé le jury, composé de personnalités du monde cinématographique et littéraire parmi lesquelles Monique Ray-Gavras, productrice KG productions, ou encore Michel Fessler, scénariste et dialoguiste). « Nous avons décidé de primer ce roman car il était très bien écrit, explique Hippolyte Girardot. Or c’est quand un livre ou un scénario est bien écrit que l’on se dit que l’on a envie de jouer dans le film. L’écriture est un atout ».

Coup de pouce
Le prix de l’adaptation cinématographique en Rhône-Alpes est né de la volonté de créer une synergie entre écrit et écran afin de faciliter l’accès d’œuvres littéraires régionales à des talents du cinéma. La Région Rhône-Alpes a ainsi décidé de mettre à disposition de cette nouvelle mesure un budget de 20 000 € : 15 000 € sont réservés pour faciliter au producteur la prise d’option d’achat de droit et la rédaction d’un premier traitement ; 5 000 € sont directement versés à l’auteur du roman primé. « Il est nécessaire d’encourager la créativité, souligne le président du jury, car cela pousse les écrivains à écrire et les réalisateurs à aller puiser dans la littérature ».

Cinq romans étaient en lice. Aux côtés de ces « Adolescents troglodytes » ont concouru « Marketing viral » de Marin Ledun (Au diable vauvert), « Pieds nus, en smoking » de Frédérique Traverso (Belfond), « L’été de feu » d’Alain Darne, et « Secret d’état ? » de Maurice Fusier (Editions des traboules). « Les Adolescents troglodytes » raconte l’histoire d’une conductrice d’autocar qui rencontre toujours les mêmes enfants, qui va nouer des relations avec eux, et qui va partager son histoire avec eux : Adèle, l’héroïne, est transsexuelle. « Ce qui a fait la différence, poursuit Hippolyte Girardot, c’est que le sujet de ce roman est profondément intime à son auteure, et elle parvient à le rendre universel ».
 
http://www.lyon-webzine.com/culture/event-4262-de-lecrit-a-lecran-il-ny-a-quun-pas.html

« La qualité littéraire d’un livre n’est pas un obstacle à son adaptation au cinéma ! »
source : http://libelyon.blogs.liberation.fr, 10/02/2009

CINEMA - Comme saisis de leur audace, les organisateurs du premier "prix de l’adaptation cinématographique en Rhône-Alpes" sont restés muets sur le joli choix de leur jury, voilà dix jours. Conçu pour encourager le passage de l’écrit à l’écran d’œuvres littéraires rhônalpines, ce prix intervient en amont de tout projet de réalisation (1). Il est doté par la Région Rhône-Alpes de 5.000 euros versés directement à l’auteur primé, et 15.000 euros pour le producteur qui s’engagera dans l’adaptation. Et pour la première édition, il a couronné un roman si singulier que sa future mise en images devra résoudre de belles énigmes. «On était partagés entre l’évidence et l’exigence, et Hippolyte Girardot nous a tous engagés du côté de l’exigence», raconte l’écrivain isérois Yves Bichet pour résumer les valses hésitations du jury – présidé par l’acteur Hippolyte Girardot...

L’évidence ? Cela aurait été de couronner un texte rhônalpin honorable pouvant apporter un bon sujet. Une œuvre facile à dépecer pour n’en garder qu’un « pitch » efficace, un argumentaire vendeur. "Pieds nus, en smoking" de Frédérique Traverso, un temps favori, aurait pu donner une gentille comédie de mœurs. "L’été de feu" d’Alain Darne, une fresque historique sur Lyon en 1793. "Marketing viral" de Marin Ledun, un thriller technologique.  Ou encore "Secret d’Etat ?" de Maurice Fusier, un docu-enquête sur l’ordre du temple solaire.

Le jury a fait un choix plus audacieux, celui du plus original et du plus littéraire des textes pré-sélectionnés : "Les adolescents troglodytes", d’Emmanuelle Pagano. En défendant ce choix avec ferveur, il a permis à ce premier prix, préparé un peu à la hâte pour compléter la panoplie "cinéma" de la Région Rhône-Alpes, d’éviter de tourner d’emblée à l’eau tiède…

Fantasmer. «Non, la qualité littéraire d’un livre n’est pas un obstacle ! Si le scénario est bien écrit, enclenche une capacité à fantasmer, on y va : banco !», a justifié avec vigueur Hippolyte Girardot. Emballé par «l’originalité et la très grande qualité littéraire» du texte d’Emmanuelle Pagano, il est même allé jusqu’à le comparer à «du Cormac Mac Carthy» - lauréat du prestigieux prix Pulitzer en 2007 pour The Road (la route).

«Bon, maintenant, il faut trouver un metteur en scène à la hauteur. Car avec ce livre, on ne pourra pas atteindre des médiocres ; d’ailleurs ils ne s’y intéresseront même pas…», poursuivait, plus pragmatique, Michele Ray Gavras, membre du jury et productrice des films de Tony Gatlif. Certains, déjà, soufflaient le nom de Nicole Garcia…

Navette. Il faudra en effet beaucoup de subtilité et de sensibilité à celui ou celle qui mettra en images un texte si littéraire qui aborde notamment le délicat thème de la transsexualité. «L’essentiel du boulot du metteur en scène sera de tordre le cou au pseudo-sujet principal du livre : la transsexualité», lançait d’ailleurs assez justement Hippolyte Girardot.

"Les Adolescents troglodytes"
suit, mois après mois, la conductrice d’une navette scolaire et les enfants et adolescents qui l’empruntent, de hameaux en fermes isolées, dans une rude montagne ardéchoise balayée par les tourmentes hivernales. Très vite, par un subtil glissement pronominal, on comprend que cette jeune femme est née garçon. Au fil des chapitres, avec beaucoup de sensibilité et une crudité certaine, elle raconte son enfance dans un corps mal ajusté, sa passion pour son frère, sa transformation. Surtout, Emmanuelle Pagano rend tout à fait palpable la violence du lien charnel qui lie les êtres à ces contrées montagnardes hostiles, par une remarquable écriture qui vibre et pulse à l’unisson de la nature.

Identité. «Je suis très heureuse mais aussi très surprise de recevoir ce prix», confie Emmanuelle Pagano, déjà lauréate cette année du prix Wepler et du Prix Rhône-Alpes du Livre pour "Les mains gamines" (POL, 2008). «Mon roman est très visuel, mais certaines choses me paraissent impossibles à traduire en images, comme le fait que le paysage soit un personnage à part entière», poursuit la lauréate, par ailleurs titulaire d’une maîtrise en études cinématographiques et audiovisuelles et d’un DEA d’histoire du cinéma ! Autre difficulté : le dévoilement de l’identité sexuelle de l’héroïne qui, dans le roman, s’opère par le glissement des pronoms et adjectifs du masculin et féminin. «Ce problème qui se posait dans certaines traductions, a été résolu en insistant sur certaines postures et attitudes du personnage. Ça peut très bien se faire au cinéma», suggère Emmanuelle Pagano. Mais l’auteur espère surtout de l’éventuelle adaptation de son roman «une espèce de trahison» qu’on souhaite toute aussi singulière que son œuvre.

Anne-Caroline JAMBAUD

Les cinq œuvres présélectionnées :

Marketing viral de Marin Ledun (Au Diable Vauvert, 2008)

Les Adolescents troglodytes d’Emmanuelle Pagano (POL, 2007)

Pieds nus, en smoking de Frédérique Traverso (Belfond, 2007)

L’été de feu d’Alain Darne (Belfond, 2008)

Secret d’Etat ? de Maurice Fusier (Editions des Traboules, 2006)

Les membres du jury :

Hippolyte Girardot, comédien - président

Alain Absire, écrivain, directeur de collection, président de la Société des Gens de Lettres de France.

Yvon Deschamps, conseiller régional de Rhône-Alpes délégué à la culture

Michel Fessler, réalisateur, auteur d’adaptations pour le cinéma (dont La marche de l’Empereur et Un barrage contre le Pacifique)

Jeanne Labrune, cinéaste

Louis Lanher, écrivain

Margaret Menegoz, productrice, directrice des Films du Losange

Michele Ray Gavras, productrice

http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2009/02/non-la-qualit-l.html

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