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Publié par caphi

A écouter prochainement sur France Culture :

Défier la loi du genre
(en deux parties, le 25 et le 26 novembre 2008, vers 22h).
 
 
 

 
 

  émission du mardi 25 novembre 2008
Par Lydia Ben Ytzak
Réalisation : Anna Szmuc

1. Voyage à la frontière des sexes

« Il adressa ensuite quelques paroles d'encouragement à ma pauvre mère, dont la stupeur était à son comble. « Vous avez perdu votre fille, c'est vrai, lui dit le bon docteur; mais vous retrouvez un fils que vous n'attendiez pas. » Ce document rare et étonnant, Souvenirs d'Herculine Barbin (1838-1868), surnommée Alexina, texte fondateur sur la question de l'identité sexuelle et l'intersexualité, redécouvert par Michel Foucault, illustre les anomalies de la différenciation sexuelle à la naissance: une ambiguïté physique qui frappe un certain pourcentage d’enfants, au moment même où LA question première des parents sera : « Fille ou garçon ? ». Dans une société qui enferme l'individu en l’assignant à la naissance, dans une soif de normativité, l’entre-deux n’a pas le droit de cité, on parlera de « réparation » de l’anomalie quelle que soit l’option – toujours douloureuse- choisie.
Au troisième millénaire, a-t-on avancé depuis Foucault, toujours dans de l’impensé, de l’innommable ? Ces formes d’hermaphrodismes, sources de mythologies variées sur l’homme cherchant sa place dans le monde mais bénéficiant d’un vrai statut dans certaines cultures, ne sont pas à confondre avec d’autres ambiguïtés sexuelles, de l’homosexualité au transsexualisme
. Ici, c’est la prétendue réalité biologique et son interprétation sociale qui seront interrogées, une indistinction qui perturbe le corps médical lui-même, manquant de mots pour s’approprier l’indéterminé. Il nous tend un miroir sur notre fragilité face à la violence administrative et sociale qui nous assigne une identité qu'on le veuille ou non. Et tant pis pour ceux qui n’entrent pas dans les cases prévues à cet effet, condamnés toute leur vie au funambulisme sur ce frêle fil tendu entre masculinité et féminité... Homme ou femme. Existe-t-il un espace viable entre ou hors ces deux catégories ? Une invention théorique et poétique a tenté de fournir, au cours de l'histoire, une réponse à cette question : le « troisième sexe », celui qui défierait la loi du genre provoque, dérange et renvoie à cette énigme inépuisable sur les questions de genre, la réconciliation des êtres avec eux-mêmes, en se défaisant de toute vision préformatée de l'appartenance à un sexe.

  Invités

 
Claire Bouvattier.  Pédiatre endocrinologue au Centre de référence des maladies du développement sexuel à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul.

 
Geneviève Gaborit de Bousquet.  Psychologue clinicienne au Centre de référence des maladies du développement sexuel à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul.

 
Philippe Derelle.  Ingénieur en informatique.

 
Elsa Dorlin.  Auteur de "Sexe, genre et sexualités" aux Puf.

 
Catherine Vidal.  Chercheur en neurobiologie à l’Institut Pasteur.

 
Priscille Touraille.  Anthropologue, auteur de "Hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse", aux éditions de La Maison des Sciences de l'Homme

source : France Culture



 

 


mercredi 26 novembre 2008
> Défier la loi du genre (2/2)
Par Lydia Ben Ytzak
Réalisation : Anna Szmuc

2. Rencontres du troisième type

Se demander quelle est l’origine de la sexualité binaire, c’est un peu poser la question de la poule et de l’œuf. Et aussi montrer à quel point l’opposition mâle/femelle, la bi-sexuation s’insinue dans toutes les oppositions fondamentales qui structurent l’imaginaire humain. Mais il est des conditions limites de la réalité où cette opposition se trouve transgressée, déjouant ainsi la société des sociologues et la science des biologistes. Difficile de déterminer à quel moment on quitte le domaine de la biologie pour entrer dans celui des croyances, ou l’inverse.
Au commencement, il y avait trois sexes, tous trois ronds comme les corps célestes dont ils étaient issus : le sexe mâle originel était né du soleil, le sexe femelle de la terre et le troisième, qui combinait les qualités des deux autres était né de la lune. Ils seront tous séparés en deux moitiés qui n’aspireront qu’à s’unir à nouveau dans l’amour.
Cet archétype de l’Antiquité Gréco-romaine, qu’il soit dieu, homme ou animal, est doté des deux sexes simultanément, dans une indifférenciation primordiale, une confusion originelle d’où vont jaillir toutes les différences. Mais sortis du mythe, en Grèce ancienne et à Rome, jusqu’à la fin de la République, les êtres humains et les animaux qui passaient pour être pourvus des deux sexes étaient impitoyablement éliminés comme des signes funestes envoyés par les dieux pour annoncer la fin de l’espèce humaine.
Or, il n’y a pas qu’à la table du Banquet de Platon que l’on peut trouver ce troisième sexe qui réunit les deux autres :
L’autre histoire, tout le monde la connaît, celle d’Adam, Eve, le serpent, et cette fameuse pomme, enfin plutôt ce « fruit de la connaissance » : qui est-ce qui sait que ce fruit, quel qu’il soit, était probablement né d’amours hermaphrodites, car chez les plantes c’est précisément le cas de figure le plus naturel qui soit ?
Au risque de sombrer en plein « green porno », nous sommes partis en quête d’alternatives, transcendant ces oppositions à partir desquelles s’organise tout le réel, des solutions autres que deux sexes séparés, pour qu’une ambiguïté féconde s’immisce entre ces opposés irréductibles, des rencontres du troisième type.

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