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Publié par caphi

Entretien avec l'auteur (site de l'éditeur).

par Matthieu Vernet, fabula.org, mercredi 12 novembre 2008

Présentation de l'éditeur :

Peu d'études ont traité de l'identité et de ses paradoxes dans la littérature de la métamorphose. Réparation faite avec cet ouvrage qui présente une description systématique des paradoxes de l'identité et de leurs variations au cours des siècles.
Du texte littéraire fondateur de l'imaginaire de la métamorphose, Les Métamorphoses d'Ovide, aux textes contemporains à thématique transsexuelle, il est possible de lire le paradoxe de la métamorphose – continuité et changement – comme le paradoxe central de l'identité. La littérature de la métamorphose doit être lue, dans cette perspective, comme celle de la « re-figuration » de l'identité.

Une telle approche privilégie, de fait, l'époque moderne et contemporaine, celle de l'interrogation sur l'identité personnelle, sur la conscience de soi et sur la relation à l'autre. Ces paradoxes sont particulièrement explicites dans la littérature de la métamorphose des XIXe et XXe siècles. Lire, comme le font les modernes, dans l'opposition esprit-corps, une supériorité de l'esprit sur le corps, apparaît, en fait, comme l'une des objectivations possibles de ces paradoxes. Tous les livres sur la métamorphose objectivent ces paradoxes d'une manière différente et donnent diverses représentations de l'identité.

Docteur en littérature générale et comparée de l'université Paris III – Sorbonne Nouvelle, Filippo Gilardi enseigne à la Nottingham University, campus de Ningbo, en Chine.

Url de référence :
http://www.odin-editions.com/643.htm


Entretien avec Filippo GILARDI

La première question qui vient à l'esprit est « Pourquoi lire des œuvres à thématique transsexuelle dans une continuité littéraire » ?

J’ai toujours été fasciné par la littérature, par les problématiques identitaires et par ce que je n’arrive pas vraiment à comprendre. Alors j’ai voulu m’expliquer le transsexualisme en utilisant les instruments que je sais utiliser : les textes littéraires. Ma recherche m’a alors permis de normaliser le thème du transsexualisme en le déplaçant du discours sensationnaliste des journaux vers la tradition littéraire occidentale. Ce faisant, les transsexuels/lles cessent d’être des « marciens », du « jamais vu », et ils prennent leur place légitime dans notre société. En fait, il n’est pas vraiment surprenant qu’il y ait des êtres humains qui choisissent leur propre métamorphose sur la base de leur identité de genre à l’intérieur d’une culture fondée sur deux pensées absolument imaginaires comme le sont la création des êtres par une métamorphose et le concept d’identité personnelle.

Ce qui reste étonnant est l’hypocrisie que ces deux pensées entretiennent face au corps.

Dans ce livre, vous essayé de conjoindre les compétence du comparatiste, du philosophe, de l’anthropologue et du sociologue. Vous ne croyez pas que cela c’est un peut audacieux ?

Ce que je crois est qu’il y a une crise évidente dans les études littéraires et que la cause de cette crise est une absence de prise de risques. En plus, cette conjonction dont vous parlez, est tout à fait normale dans les Cultural Studies anglo-américaines.
Pour ma part, je crois que le risque que j’ai pris a été plutôt celui de conjoindre comparatisme français et études culturelles anglo-américaines. Le fait d’utiliser des théories philosophiques anthropologiques et sociologiques, m’a permis de donner aux textes littéraires de la métamorphose leur place dans une interrogation plus large sur le concept d’identité. Le fait de lire les textes à thématique transsexuelle à partir de la tradition littéraire occidentale m’a permis de sortir ces textes du discours politique et communautariste si cher aux études culturelles et de marquer l’importance des littératures mineures.

Vous pensez alors qu’il y a un espoir pour les études littéraires ?

La différentiation de sexe nous montre une frontière tenue entre ce qui est « réel » et ce qui est imaginaire. En fait, les sexes masculins et féminins sont bien réels, mais la division sociale bâtie sur cette division est tout à fait imaginaire.  Le sexe intersexué est autant naturel que les sexes masculin et féminin. Et pourtant, où sont les intersexués dans notre société ? Il n’y a rien de plus imaginaire qu’une division sociale entre hommes et femmes.
Sans des études sur l’imaginaire, on ne se rendrait pas compte de ces paradoxes. On a d’ailleurs des exemples terrifiants dans l’histoire et dans notre époque de ce qui se passe quand on n’est plu capable de différencier réalité et imaginaire.

Je crois donc que les études sur l’imaginaire sont d’une importance fondamentale. Mais je crois aussi que leur place n’est plus dans les départements de littérature, fermés sur eux-mêmes, prêtes à produire pour l’énième fois une analyse de Lolita ou une monographie sur un écrivain italien. Je les vois plutôt dans les départements d’économie, de droit, de sociologie, de communication… Alors Lolita trouvera sa place légitime à côté des lois contre la pédophilie, des publicités de mode et de manga japonais. On commence à s’en rendre compte...


Filippo Gilardi, Métamorphose et identité. D'Ovide au transsexualisme, Odins éditions, 2008, 207 p.

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