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Publié par caphi

Publié le 13 et le 21 octobre 2008 sur Quel sexe ? Quelle sexualité ?


1ère partie

 

Quelle drôle d'idée, que de raconter un bout de sa vie, moitié exhibitionnisme, moitié témoignage du grand ruban et de sa grande aventure... Et quelle aventure !

Etre réveillé par un coup de téléphone annonçant la mort de sa propre mère, et avoir en première pensée «ben ma vieille si tu ne veux pas mourir conne, tu as intérêt à te bouger le c...» Ce fut le déclic du grand chambardement, il nous faut parfois ce déclic, quel que soit la forme qu'il veut bien prendre...

Mon toubib m'a écouté sagement, puis a griffonné un nom sur un papier et me l'a tendu, «tiens va voir le professeur L... à Rangueil il y a une équipe pour les transsexuelles si tu veux me parler tu peux venir quand tu veux...»
Je savais auparavant que ce toubib était ouvert, je savais dorénavant qu'il était génial...

Quelques mois plus tard en septembre donc, j'étais dans la salle d'attente du service du professeur L. à Rangueil devant moi une fille assez grande attendait elle aussi, nous échangeâmes un timide sourire.
Le professeur me reçut dans un petit bureau impersonnel, il me posa quelques questions et m'écouta beaucoup, je ne savais pas que je commençais un long parcours fait d'espoirs et de larmes.
Il me raccompagna dans le hall, sur le bureau de l'accueil une enveloppe marron de papier kraft, avec un prénom masculin suivi d'un autre féminin, me regardant il sourit « qui sait, peut être un jour il y aura votre prénom sur une enveloppe comme celle ci ».

C'est ce jour là que j'ai jeté mon paquet de cigarettes, dans une poubelle du parking de l'hôpital et que j'ai arrêté de fumer. J'avais en résonnance dans ma tête les mots du professeur, «le tabac et les hormones ne font pas bon ménage», il me fallait rencontrer aussi, un sexologue, une psychologue, et un psychiatre, bref, je rentrais dans le protocole...

Je sais bien que certaine filles ne veulent pas, ou hésitent de suivre cette voie, pour différentes raisons. En ce qui me concerne j'ai eu parfois comme un sentiment de «révolte» envers l'équipe de Toulouse, ou un ressenti plutôt négatif pour tel ou tel membre de cette équipe mais je dois avouer que ces sentiments disparaissaient assez vite chaque fois.

A la fin de l'année scolaire précédente j'avais fait mon «coming out» auprès de mon entourage professionnel, et petit à petit auprès de mon cercle familial, du moins ceux à qui je souhaitais le dire, une seule personne n'a pas vraiment su, en effet mon père est décédé une semaine avant que j'ai pu lui parler.

En octobre je faisais la rentrée à Brive et à Limoges habillé en femme, je n'ai rencontré aucunes réactions hostiles, bien au contraire une certaine complicité entre les élèves et moi-même s'est progressivement installée. Quant aux collègues aussi bien masculins que féminins, ils ont été des plus charmants.

Mais avant d'en arriver là, que de batailles livrées en connaissant d'avance l'issue, que de joie de se retrouver seule, le jeudi et de se parer des habits défendus, de se maquiller, et de se contempler devant la grande glace de la salle à manger, de trembler aux moindres bruits dans le couloir de l'immeuble.
Ce sentiment étrange de se croire unique au monde, de cacher cet émoi, de taire son secret à ses parents, de jouer les dures avec ses copains d'école, on apprend vite à faire semblant...
Toutes ou presque ont connu cela.

2ème partie

La longue chemise de nuit rose flotte autour de mon corps gracile de petit garçon de huit ans, mes pieds sont recouverts par le tissu fluide et doux, mes mains plaquent la chemise sur mon torse et mes jambes, elles voudraient couvrir toute ma peau, je regarde les bras ballants debout sur le lit de la chambre de mes parents, face à la glace de la coiffeuse cet autre qui semble si heureuse, elle me sourit, dans quelques minutes je devrais la faire disparaitre, elle quittera ce miroir jusqu'à demain...
Après cette pose déjeuner, retour à l'école où je retrouve mon copain Jean Pierre, je découvre les billes qu'il a gagné pendant la récré après la cantine, je lui donne deux petit-beurre que j'ai ramené de la maison, je garde mon secret. On apprend vite à faire semblant.

Je vais le garder longtemps ce secret, jusqu'au jour où ma mère a surpris la jeune fille du miroir, je devais avoir treize ans, je restais là immobile, attendant la foudre maternelle, je devais être rouge, je me souviens que mon coeur battait fort... Enfin je vais pouvoir dire, raconter, me révéler, mais ma mère me regarda à peine, comme si de rien n'était, et tout en se dirigeant vers sa chambre, elle me demanda de me changer.
Ma mère devait surprendre par trois fois encore cette fille venue d'ailleurs, et jamais elle ne m'en parla, ni à mon père, un secret lourd et terrible s'était installé, ce fut encore plus pénible pour moi, car je n'avais pas le courage d'affronter mes parents et mon père en particulier.

Dès que j'enlevais mes vêtements féminins, je me jurais bien que je ne recommencerais plus jamais, que je serais «normal» dorénavant, que je serais un garçon, un garçon comme les autres. Parfois je n'attendais pas la fin de la journée pour retrouver les délices d'être cet autre inaccessible et enfin ce désarrois que je connaissais si bien, je pleurais souvent, très souvent, j'avais la sensation d'être tombée dans un puits sans fond.
Je savais la partie tronquée, elle gagnait, prenant chaque jour une petite part de mon âme, je la laissais faire avec délice...
Je me débattais sans cesse, mettant en doute ma raison, pendant mon adolescence du moins au début, je croyais avoir enfoui sous les coussins de l'oubli ce fantôme dévorant.

Mes premiers flirts m'ont rassuré, j'étais dans la normalité des jeunes gens, j'étais comme tout le monde je savais trouver les mots, et les gestes, je le croyais...

Fin de la 2ème partie... A suivre sur Quel sexe ? Quelle sexualité ?


Quel sexe ? est un portail et un magazine internet traitant de sexe, de sexualité, par le biais de chroniques, articles, témoignages, revue du web, actualités...

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