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Publié par caphi

Ma vie, mon transsexualisme découvert et vécu.


par Claudia, le 1er mars 2008


J
e suis née en juin 1957, à la Chaux-de-Fonds.

 

Au plus profond de mes souvenirs, je me rappelle avoir toujours été attirée par les belles choses et les tenues féminines.

Je mes souviens, dans le cadre de l’école enfantine, que j’étais déjà le cible de moqueries de la part de quelques garçons se croyant plus intéressants que les autres.

A cette époque, nous étions tous habillés de la même façon, à savoir : pantalon court (appelé cuissette), slip trop large (pour certains) et culotte en laine par-dessus. Il va sans dire que lorsque j’étais assise sur une marche d’escalier, les mauvais garçons s’empressaient de regarder entre mes cuisses et s’écriaient, je cite :

« On lui voie les couilles, on lui vois les couilles »

Ces propos de petits cons avaient le don de me faire rougir et ma journée, à chaque fois, fut gâchée. Bien évidemment, jamais l’institutrice n’aurait pris ma défense !
A chaque occasion d’en parler, je passais pour menteuse et fabulatrice.

Devenue plus grande, je n’aimais pas les leçons d’éducation physique car tout était orienté vers la force physique, l’endurance et le football que je déteste par-dessus tous.
J’avais la hantise des douches obligatoires. J’essayais d’être la plus discrète possible mais il y avait toujours une brochette d’imbéciles pour me montrer du doigt et se moquer de mon sexe plus petit que le leurs. La honte à chaque fois.
Il était inutile de parler de ces faits avec les parents, les instituteurs ou la direction de l’école. Aux yeux de ces derniers, ces comportements son normaux et forgent le caractère !

Dès l’âge de dix ans, ma vie à été fortement modifiée. Mes parents ont décidé de parrainer un enfant étranger, hospitalisé dans ma ville par les bons soins de l’association « Terre des hommes ».
Ce qui devait être temporaire et devenu définitif…et m’a beaucoup perturbée. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi mes parents désiraient adopter. Je ne comprenais pas pourquoi maman ne me donnais pas une vraie petite sœur. Je ne comprenais pas pourquoi on m’a donné un frère adoptif que je n’aimais pas.

Avec la venue de ce garçon dans ma vie, j’ai eu plus de liberté et ma mère était très prise avec ses visites continues à l’hôpital.
Dès ce moment là, j’en ai profité pour revêtir les dessous et autres effets de ma maman.
Je me mettais en scène, je devenais moi et je me trouvais enfin normale.
Tout en ayant le sentiment de l’interdit, je me trouvais simplement bien.

Bien sûr, Maman remarquait toujours le désordre dans son armoire et je devais inventer bien des histoires pour expliquer le pourquoi du comment.

Les années passèrent et à chaque occasion, je me travestissais toujours plus.

Est arrivé la période critique de l’adolescence. Je sentais et voyais mon corps se transformer. Je ne voulais pas de poil et il en arrivait partout. Ces poils représentaient un inconfort et une grande gêne.
Je commençais à avoir des érections. Pour moi, c’était nouveau et me dégoutait.

Ce renflement disgracieux, en bas du ventre, ne me plaisait pas et m’indisposait.

Ma vie était emplie de point d’interrogation, je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je ne comprenais pas pourquoi je devais à tout prix revêtir les habits de me mère.

L’adolescence passa tant bien quel mal. Je n’étais pas un modèle d’assiduité durant mes études. Les cours d’éducation physique m’angoissaient toujours plus et je n’avais aucun moyen de dispense.
Les seules branches ou je me sentais à l’aise étaient le dessin et les travaux manuels. Là, mon sens artistique pouvait se développer et je me sentais bien.

J’avais beaucoup de peine à établir des contacts avec les filles et n’étais pas à l’aise avec les garçons. Bref, je n’étais pas une vraie fille et je n’étais un vrai garçon. J’étais une chose vivante mal construite, un mélange incompris des deux sexes…

Chose étonnante, j’ai apprécié la vie militaire bien que les douches en commun représentaient toujours un problème. Je fus même proposée pour une école de lieutenant (premier grade du rang des officiers) après 9 mois d’instruction militaire.

Après cette période militaire, j’ai quitté la maison familiale et été habité dans mon propre appartement.
Très vite, le naturel chassé par l’armée revint. Je commençais à acheter mes propres habits féminins et passait des soirées entière ainsi vêtue.

En parallèle, ma mère s’inquiétait de ce penchant pour les vêtements féminins et elle a été consulté un psychiatre. Ce dernier, fort de sa petite science et sans me consulter, a décrété que ce n’étais pas grave et que le temps arrangerait les choses. Selon lui, le travestissement est un jeu temporaire voir du fétichisme !
Il est bien ce psychiatre qui peut diagnostiquer sans consulter. Avait-il une boule de crystal ?

J’ai commencé à comprendre mon problème lorsque je suis tombée, par hasard, sur le livre de Robert Stoller qui parle d’identité sexuelle.
J’ai dévoré ce livre en deux semaines. L’incompréhension fit la place au doute. J’avais pris conscience de l’existence du transsexualisme. J’avais 25 ans.

Fréquemment, j’allais à Genève. J’aimais à déambuler dans le quartier chaud des Pâquis. Dans ce quartier là, une transsexuelle n’est presque pas importunée. Il suffisait que je ne fasse pas concurrence aux prostituées. J’étais bien, j’étais connue et j’ai passé de bon moment dans bien des bars. J’ai également fréquenté des endroits Gay. Je me suis vite rendue compte que je n’étais pas homosexuel.

Jusqu’à l’âge de 46 ans, j’ai mené une double vie. Je mentais à moi-même et aux autres. Je me suis mariée en 1994, en pensant qu’une vie de couple soignerait ce désir de vivre comme une fille, comme une femme.

Pendant plus de vingt ans, chaque fois que possible je revêtais des habits féminins. Je partais de chez moi habillée en homme et à la cave ou dans la voiture, je me changeais pour devenir la femme que je désirais être. J’allais boire le café du matin dans les restaurants où je me sentais bien et ensuite, je devais me rechanger (voiture ou toilettes publics) pour aller travailler.
A chaque fois que possible, je sortais également le soir. Outrageusement maquillée, je fréquentais les bars à prostituées de Fribourg. J’y trouvais écoute et réconfort et depuis, je respecte ces femmes devant, souvent par obligation, vendre leurs corps.

Ma vie sexuelle fut un échec et ma femme en à beaucoup souffert. Ce qui devait arriver arriva. Le divorce fut prononcé en juin 2003.

J’en avais marre de cette double vie et je me suis regardée dans la glace.
J’ai pris le taureau par les cornes et commencé à me documenter plus à fond afin de savoir si j’étais simplement folle, fétichiste ou transsexuelle vraie.

J’ai consulté une endocrinologue et un psychiatre. Au bout de quelques séances de psychothérapies le diagnostique fut posé. Selon la bible des psychiatres (le DSM-IV), je souffre de transsexualisme. (Code F64.0 selon CIM-10)

Ce diagnostique représente ma première victoire. Il m’ouvre la porte pour devenir ce que j’aurais dû être à la naissance.

En octobre 2003, j’ai fait mon coming-out et cela a passé très mal auprès de mes parents.

Très rapidement, mon psychiatre ordonne à l’endocrinologue la prescription d’hormones (progynova et androcure). Je sens mon corps se retransformer. Les seins commencent à grossir, mes poils deviennent moins rebelles et disparaissent petit à petit et, chose importante, je n’ai plus d’érection et je retrouve un certain confort de vie
Par chance, je n’ai souffert d’aucun dommage lié à l’hormonothérapie, tel que les thromboses tant redoutées. Une harmonie commence à s’installer en moi.

En 2004, par le hasard de la vie, je renoue avec mon ex-femme, Danielle. Ses propres aléas l’ont beaucoup mûrie et elle comprend mon problème. Elle se remet en ménage avec moi et m’accompagne dans ma transition avec beaucoup d’amour et de soutien lors de mes coups de blues.

Au printemps 2006, j’ai le feu vert de mes médecins pour consulter un chirurgien pratiquant la reconstruction génitale.
Je rencontre le Dr Künzi (hôpital universitaire de Zürich) en juillet 2006. Ce dernier est d’accord pour m’opérer et je rentre à la maison emplie de joie et de projets futurs.

Je suis dans l’attente d’une date pour l’opération et je trouve le temps long.

Je reçois enfin un courrier de l’hôpital.
La date de l’opération est arrêtée au 6 décembre 2006 et je dois me présenter dans l’unité le 4 décembre 2006.

Chronique d’une opération mal conduite

Au petit matin du 4 décembre, je suis accompagnée par Danielle à la gare de Chénens. Nous nous séparons avec l’angoisse de ce que devenir une opération chirurgicale.

Je me présente à l’unité de chirurgie plastique et reconstructive à 12h00 précises. Le personnel fait un effort pour s’exprimer en français et paraître sympathique. La chambre qui m’est attribuée est minable. En fait, il s’agit d’une chambre carcérale, avec tous les détails de la prison, attribuée aux patientes couvertes par l’assurance maladie de base et dépourvues d’assurances complémentaires permettant une hospitalisation dans de meilleures conditions.
Cet après-midi là, je vais devoir boire une purge infecte afin de vider mes intestins.

Le lendemain, 5 décembre 2006, beaucoup d’analyses de sang, lavements, prise de photographies, à poil, de mon statut masculin. Ensuite, entretien avec l’anesthésiste.
La nourriture est passable quoique très liquide. La journée est longue et je passe ma dernière soirée avec la zigounette de la honte entre mes cuisses.

La journée du 6 décembre est la plus importante de me vie et je me souviens uniquement que je suis rentrée en salle d’opération vers 09h30 et que je suis retournée en chambre vers 19h00.

Je me réveille en matinée du 7 décembre avec de fortes douleurs. Je suis condamnée au lit strict pendant un minimum de 6 jours.
Ce 7 décembre représente la première catastrophe liée à cette opération. Je fais une hémorragie sévère. Mon entre cuisse n’est qu’une mare de sang et le personnel médical ne s’inquiète pas trop.
Sans la visite surprise de Danielle, je pense que je ne serais plus là pour en témoigner. Au final, après plusieurs menaces proférées à l’encontre du collège de médecins par Danielle, je retourne en salle d’opération à 17h00. Je suis de retour en chambre vers 19h00.

L’inactivité et le lit strict m’empêche de dormir. Les soi-disant somnifères qui me sont donnés ne font pas effet et je trouve les journées très longues.

Danielle me rend visite un jour sur deux, voir plus. Elle m’est d’un grand réconfort car je ne discute presque pas. Le personnel infirmier est redevenu naturel et la bonne intention du début n’existe plus.
L’arrogance zurichoise refait surface et seul le personnel étranger, de souche latine, m’adresse encore la parole avec sourire et gentillesse.

Dans la journée du 11 décembre, on m’a enlevé les drains. Je vois pour la première fois mon nouveau sexe et je suis toute émue. Le chirurgien a placé un stent dans le néo-vagin. Cette forme semi-rigide doit empêcher le vagin de se refermer.

J’ai pu me lever dans la matinée du 12 décembre. Je suis très faible. Il faut souligner que la qualité des repas n’aide pas à reprendre des forces. Il y a de grandes différences culinaires entre la Suisse Romande et la Suisse alémanique.
J’ai perdu le stent en allant à la toilette. L’infirmière cheffe me la remis en place avec une brutalité digne d’un sadique. Une douleur atroce s’est répandue dans mon bas ventre. J’avais l’impression que mes chairs étaient déchirées.

Le 13 décembre, il est diagnostiqué une infection vaginale et je dois repartir en salle d’opération le lendemain. Je crains le pire et je suis persuadée que la remise en place du stent n’est pas étrangère.

Le 14 décembre, en fin de matinée, je suis de retour en chambre et l’on m’explique l’étendue de la catastrophe liée à cette nouvelle opération.
Le fond du vagin a éclaté et est entré en contact avec l’intestin. Mon vagin a été infecté par la matière fécale.
Un spécialiste de la chirurgie viscérale m’a fait une colostomie provisoire. J’ai une poche disgracieuse sur le ventre afin de recueillir les selles. Cette colostomie sera supprimée dans 3 mois environ.

Je sors de l’hôpital le 22 décembre. Je ne suis pas fixe, je tremble comme une feuille. J’ai perdu environ 6 kg. Le voyage en train, jusqu’à Fribourg est un calvaire. La position assise me fait encore très mal.

Les trois mois d’attente, en vue de la réduction de la colostomie furent très longs. J’ai, petit à petit, repris des forces et j’ai retrouvé mon poids d’avant l’opération.

Je suis convoquée pour le 2 avril 2007 à l’hôpital de Zürich. Enfin, on va me supprimer cette colostomie.

Je sors de l’hôpital le 12 avril. La réduction de la colostomie est un échec. J’ai développé une infection et la cicatrice n’a pas tenue. J’ai un trou de 4 cm de long sur 2cm de large avec une profondeur de 3 cm à la place de la colostomie.

Le 14 avril, en début de soirée, je dois aller au service des urgences de l’hôpital de Fribourg. J’ai beaucoup de fièvre et je crains que la plaie se soit à nouveau infectée.

Je dois attendre la mi-mai pour que cette plaie soit refermée. Ce n’est pas très joli et je peux oublier de porter des bikinis.
Dans la tête des médecins, je suis trop vieille et je n’ai plus besoin de plaire…alors, l’esthétique, ils s’en foutent.

Pendant ces événements médicaux, je me suis présentée devant le Tribunal Civil du district de la Sarine et le juge a reconnu ma nouvelle identité.

Le 20 mai 2007, le jugement est devenu définitif et exécutoire. Je peux commencer à faire modifier tout mes documents officiels. Je suis femme !

par Claudia (page crée le 1er mars 2008)


http://www.gibi.ch/La_decouverte_de_mon_transsexualisme.htm

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