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Publié par caphi

Les transparents deviennent visibles:
Les parents trans sont une réalité méconnue, voire occultée. La plupart des «transparents» ont eu des enfants dans le cadre d’un mariage précédant leur parcours transsexuel. Témoignages de deux femmes et un homme vivant cette situation.

par Emmanuel Coissy, 360° magazine (Suisse), mars 2006


Manuel «On me pousse à être une mère parfaite»

«Il y a des tas d’hommes qui fantasment la maternité, moi j’ai simplement eu l’opportunité de le faire.» La personne qui s’exprime de la sorte, c’est Manuel, un garçon de 29 ans au tout début de son parcours transsexuel. «J’étais un garçon manqué, comme on dit. La puberté, je l’ai vécue comme une souffrance. Plus tard, je suis parti étudier à Grenoble où j’ai essayé tant bien que mal de vivre en femme. Là, j’ai rencontré un garçon timide et féminin: il est devenu mon mari. De cette union sont nés un garçon et une fille, qui aujourd’hui ont respectivement 6 et 3 ans. Pour être franc, mes grossesses et l’allaitement se sont très bien passés. C’était des moments extraordinaires dans ma vie.» Aurait-il pu de ce fait s’épanouir dans sa condition féminine? «Non pas du tout. Je suis un homme, mais ma vie a connu une parenthèse. Il y a une différence entre être une femme et se sentir mère. Maintenant, malgré la pression sociale qui me pousse à être une "mère parfaite" et à reculer, je reprends ma vie là où j’en étais à 12 ans. Je vis mon adolescence, j’entame ma transition, je suis marié et j’aime mon mari. Pourtant la voie vers la réassignation est impossible en France si l’on est marié ou si l’on a des enfants mineurs à charge.» Et les enfants dans tout ça? «Ma fille est encore trop jeune et mon fils n’y voit pas d’inconvénient. Je resterai toujours leur maman. On s’aime, voilà tout.»

Erika «Ma fille et moi vivons une grande complicité»
«J’ai toujours été très maternelle et j’ai eu très tôt envie d’être mère. J’ai hérité cela de ma propre mère qui gardait des enfants.» Erika est une femme transsexuelle de 45 ans. Au début des années 80, alors que sa transition n’était pas engagée, elle rencontra celle qui allait devenir sa femme. «Je portais des vêtements féminins à la maison. Ma femme et moi avions une vie sexuelle épanouie. En 1985, nous avons eu une fille. J’ai suivi de très près la maternité de ma femme, j’étais heureuse. La naissance a été un événement; j’ai d’ailleurs coupé moi-même le cordon ombilical. Le destin a voulu que l’accouchement se passe très mal. Ma femme est restée hospitalisée les premiers temps et j’ai assumé le rôle de maman. Très tôt ma fille est tombée gravement malade. Pour lutter à ses côtés, pendant deux ans, j’ai mis en veilleuse ma transsexualité.» Après la guérison de sa fille et alors que son mariage se fissurait, Erika débuta son parcours. Un soir, elle invita sa fille au resto. Elle lui expliqua qui elle était et la transition qu’elle projetait de faire. «Ma fille a très bien compris, elle était consciente de ma condition. Dès lors, je suis devenue "Erika" pour elle. Elle continue à parler de "son papa" avec ses amis.» Quelle idée se fait-elle du lien parent-enfant? «Mes parents refusent de me voir à cause du transsexualisme, c’est une douleur. Ma fille, quoi qu’elle me dise ou fasse, je ne la rejetterai jamais. Nous sommes amies, je suis sa deuxième mère. Ne pas avoir eu d’enfant aurait été un immense regret. Avant la réassignation (l’opération chirurgicale, ndlr.), on ne m’a pas parlé d’une éventuelle congélation de sperme. Je le déplore. Aujourd’hui, mon désir, puisque je n’ai jamais cessé d’aimer les femmes, serait d’avoir un second enfant dans le cadre d’un couple homoparental.»

Sarah «Vaut-il mieux un père mort ou un père transsexuel?»
Lors d’un voyage aux Philippines, Sarah rencontre celle qui allait devenir sa femme. «J’avais 19 ans. Elle et moi avions envie d’avoir des enfants même si je ne lui ai pas caché ma différence. Nous nous sommes mariées. En 86, nous avons eu notre premier enfant, un fils. Puis un cadet en 91 et enfin la benjamine en 95.» La famille avait tout d’une famille traditionnelle, sauf qu’une fois la progéniture dans les bras de Morphée, le papa pouvait enfin intégrer son vrai genre. «C’était le contrat avec leur mère, une fois les enfants au lit je pouvais être Sarah. Bien sûr les enfants ne sont pas dupes. Ils savent sans savoir: il leur arrivait de se lever le soir et de me croiser ainsi à la maison. J’avais deux garde-robes. L’une, masculine, à laquelle la société m’assignait, l’autre, féminine, qui correspondait à ma nature. Ce dédoublement était tuant. A un moment, il a fallu dire stop.» Le couple se sépara et Sarah choisit de parler à ses enfants. «Je les ai réunis pour leur annoncer avec des mots simples que j’étais une femme et que j’entamais une transition. Après un silence, je les ai invités à s’exprimer en commençant par ma fille. Chacun à leur tour ils m’ont dit qu’ils m’aimaient et il n’y eut aucun rejet. Je n’imaginais pas que ça passerait aussi bien. Les enfants, plus ils sont jeunes et mieux ça passe. La peur de leur faire du mal était injustifiée, elle reflétait juste ma propre peur.» Le lendemain, Sarah n’avait plus aucun habit d’homme, mais elle serait pour toujours leur papa. «Ma fille, dit-elle, est très vive d’esprit. Un jour elle m’a posé une colle: "Si tu es une femme tu n’es pas mon papa? ". Alors j’explique que je suis femme et père. Avec mes fils, j’ai continué à m’imposer dans l’autorité et nos rapports sont excellents. Le grand vient de me présenter à sa fiancée. Après 3 ans, je note une ouverture d’esprit des enfants et de l’amour au quotidien.»

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