Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par caphi

Extraits d'un mémoire de DESS (2002)


Le “transsexualisme” n'est ni un fantasme, ni une sexualité, ni une perversion, ni une maladie mentale. C'est une question d'identité, je dirai même que c'est une question d'Etre. Nous trouvons des traces du “transsexualisme” à toutes les époques, mais depuis 1953, il existe une réponse médicale à cette problématique. En effet, être dans un corps qui ne correspond pas à son sexe psychologique génère une très grande souffrance qui peut entraîner anxiété, dépression, automutilation, suicide.

Des médecins ont rapporté des cas ou ont commencé à comprendre la problématique, et même tenté des traitements chirurgicaux mais sans pour autant sortir du transvestissement [12], ni de l'homosexualité. C'est le cas de Magnus HIRSCHFELD dont l'Institut de sexologie à Berlin a été détruit par les nazis en 1933. Magnus HIRSCHFELD est un pionnier dans le traitement des “transsexuels”. Il a effectué la première opération en 1912, mais il n'y avait pas encore de traitement hormonal. D'autres opérations ont eu lieu entre cette date et 1933 à l'Institut de sexologie de Magnus HIRSCHFELD. Il est mort en 1935 à 67 ans.

En 1949, du fait de sa pratique clinique, Harry BENJAMIN, fait du “transsexualisme” un syndrome à part[13]: « C'est une entité nosographique qui n'est ni une perversion, ni une homosexualité ». Le 18 décembre 1953, lors d'un symposium à l'Académie de médecine de New-York, il complète: « le transsexualisme est le sentiment d'appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d'une transformation corporelle ». Harry BENJAMIN, d'origine allemande, était parfaitement informé du travail de Magnus HIRSCHFELD. Ils correspondaient et se sont rencontrés plusieurs fois au cours de leur carrière. En 1949, lorsqu'il commence à suivre des “transsexuels”, Harry BENJAMIN instaure le traitement hormonal pour ses patients. C'est grâce à ce traitement hormonal que l'aspect physique est réellement modifié, ce qui constitue un véritable progrès. Harry BENJAMIN est mort en 1986 à 101 ans[14].

Dans le syndrome de Benjamin, le sexe psychologique ne se développe pas dans le sens du sexe anatomique, il se développe comme si le sujet était de l'autre sexe. Pour leur très grande majorité, les individus ne se posent pas la question de savoir s'ils sont homme ou femme. Leur sexe psychologique est en accord avec leur sexe anatomique, ce dernier leur servant de repère. Il n'en est pas de même pour les “transsexuels/les” qui sentent un décalage entre leur sexe psychologique et leur sexe physique. Une “transsexuelle” est une femme dans un corps d'homme. Un “transsexuel” est un homme dans un corps de femme. Les personnes dites “transsexuelles” sont conscientes de leur sexe anatomique, ils ne le nient pas, mais celui-ci ne s'accorde pas avec leur sexe psychologique.

Joseph DOUCÉ, à quelques expressions près, présente la problématique presque de la même façon[15]:

« Une distinction claire doit être faite entre un homosexuel, un transsexuel et un travesti. Le grand public fait souvent une confusion (est-elle voulue?).
Un homosexuel est une personne sexuellement et affectivement attirée par un membre de son propre sexe. La lesbienne ne cherche pas un mari et un homo ne rêve pas d'une épouse. Mais le problème de l'identité sexuelle «suis-je un homme?» ne lui vient pas à l'esprit, même pas à l'homosexuel passif.
Un travesti est une personne qui aime occasionnellement s'habiller dans des vêtements du sexe opposé, souvent de façon assez burlesque, et à condition que l'entourage sache bien qu'il s'agit d'un homme qui s'est déguisé en femme et inversement. Il ne pense pas à une intervention chirurgicale et son travestisme l'aide à s'exciter davantage sexuellement. A vrai dire, il s'agit d'une forme de fétichisme, assez naïve d'ailleurs.
La transsexualité, par contre, est avant tout un vrai problème d'identité. Le transsexuel est profondément tourmenté par un décalage intense qu'il ressent entre ses pulsions purement physiques (érections pour les hommes, menstruations pour les femmes) et ses expériences, et son sentiment intime d'appartenir à l'autre sexe mentalement. Le transsexuel pourrait résumer sa situation en disant: «je suis une femme prisonnière dans un corps masculin» ou vice versa. La masse des gens, homosexuels ou hétérosexuels, ne se posent jamais une telle question.
 »


A propos de l'attirance amoureuse et sexuelle, il écrit[16]:

« Etant donné que la transsexualité est un problème d'identité et que l'homosexualité est à comprendre comme une orientation sexuelle, il va de soi qu'un transsexuel peut être aussi bien attiré par une personne du même sexe que par une du sexe opposé. »


Concernant le diagnostic de psychiatrie, Joseph DOUCÉ écrit[17]:

« La psychiatrie classique a considéré la transsexualité comme un désordre mental, voire même une psychose: le délire.
S'il est vrai que des doutes sur l'identité sexuelle peuvent être un symptôme de schizophrénie, d'une structure de personnalité psychotique, il n'est pas moins vrai que la transsexualité est un syndrome à part en soi.
 »


La classification française, qui date de 1968, n'intègre pas le “transsexualisme”. Elle est toujours en vigueur. Elle est différente de la classification européenne (CIM-10 de l'OMS) et de la classification internationale (DSM IV d'origine états-unienne[18]). Voici ce que Jacques BRETON écrit à ce sujet[19]:

« Le transsexualisme est une affection mentale rare qui consiste, chez un sujet normalement constitué, en la conviction d'appartenir au sexe opposé. Cette conviction, véritable idée prévalente est précoce, permanente et inébranlable. Elle se traduit dès l'enfance par des comportements du sexe opposé (jeux, manières, goûts, tendances...). La prise de conscience de ne pas être une fille (ou un garçon) comme les autres a lieu à la puberté ou un peu avant. Par la suite, la conviction transsexuelle se manifeste par le travestissement, la demande impérieuse des traitements hormonaux et chirurgicaux propres à donner au corps l'apparence du sexe revendiqué et par la demande du changement d'état-civil. Les preuves anatomiques les plus évidentes du sexe biologique (appareil génital externe chez l'homme, seins chez la femme) sont l'objet de répulsion.
Le transsexualisme n'est pas curable par les thérapeutiques psychiatriques actuellement disponibles. La satisfaction de la demande de traitement hormonal et chirurgical et du changement d'état-civil paraît le plus souvent améliorer l'état du patient et éviter ou faire disparaître les complications: dépression, anxiété, désadaptation socio-professionnelle et affective, voire tentatives de suicide et d'auto-castration.
Le transsexualisme est dû à une perturbation de la phase psychique de la différenciation sexuelle dont on ne connaît pas la cause.
[...]
Le transsexualisme est longuement défini par le D.S.M. III (Cf. chapitre III); mais il ne figure pas dans la Classification française des troubles mentaux élaborée (en 1968) sous l'égide de L'I.N.S.E.R.M. «par le Dr SADOUN, avec le concours d'une Commission Consultative spécialisée présidée par le Pr KAMMERER». R. SADOUN a bien voulu nous confirmer, en le déplorant, qu'il faut classer le transsexualisme comme une perversion sexuelle en 11-2.
 »


L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit le “transsexualisme” comme suit[20]:

« F64 TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE

F64.0 TRANSSEXUALISME

A. Désir de vivre et d'être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s'accompagne habituellement du souhait de transformer son corps pour le rendre aussi conforme que possible au sexe préféré, et ce grâce à la chirurgie ou à un traitement hormonal.

B. L'identité de type transsexuel est présente, de manière persistante depuis au moins deux ans.

C. Le trouble n'est ni un symptôme d'un autre trouble mental tel qu'une schizophrénie ni associé à une anomalie chromosomique. »


L'OMS précise[21]:

« Il s'agit d'un désir de vivre et d'être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s'accompagne habituellement d'un sentiment de malaise ou d'inadaptation envers son propre sexe anatomique et du souhait de subir une intervention chirurgicale ou un traitement hormonal afin de rendre son corps aussi conforme que possible au sexe désiré. »


L'American Psychiatric Association (APA) définissait[22] le “transsexualisme” dans les:

« TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE.

[...]
302.50 Transsexualisme

A. Sentiment persistant d'inconfort et d'inadéquation par rapport à son sexe désigné.

B. Désir persistant, pendant au moins deux ans, de se débarrasser de ses caractères sexuels primaires et secondaires.

C. Le sujet a atteint l'âge de la puberté.
Spécifier la tendance sexuelle antérieure: asexuelle, homosexuelle, hétérosexuelle, ou non spécifiée.
 »


L'American Psychiatric Association a fait évolué sa définition[23] toujours classée dans:

« F64.x [302.xx] TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE.

A. Identification intense et persistante à l'autre sexe (ne concerne pas exclusivement le désir d'obtenir les bénéfices culturels dévolus à l'autre sexe).
[...]
Chez les adolescents et les adultes, la perturbation se manifeste par des symptômes tels que l'expression d'un désir d'appartenir à l'autre sexe, l'adoption fréquente des conduites où on se fait passer pour l'autre sexe, un désir de vivre et d'être traité comme l'autre sexe, ou la conviction qu'il (ou elle) possède les sentiments et les réactions typiques de l'autre sexe.
B. Sentiment persistant d'inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d'inadéquation par rapport à l'identité de rôle correspondante.
[...]
Chez les adolescents et les adultes, l'affection se manifeste par des symptômes tels que: vouloir se débarrasser de ses caractères sexuels primaires et secondaires (p. ex. demande de traitement hormonal, demande d'intervention chirurgicale ou d'autres procédés afin de ressembler à l'autre sexe par une modification des caractères sexuels apparents), ou penser que son sexe de naissance n'est pas le bon.
C. L'affection n'est pas concomitante d'une affection responsable d'un phénotype hermaphrodite.
D. L'affection est à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
[...]
Spécifier (pour les sujets ayant atteint la maturité sexuelle):
Attiré sexuellement par des hommes
Attiré sexuellement par des femmes
Attiré sexuellement par les deux sexes
Attiré sexuellement ni par un sexe, ni par l'autre.
 »


Notes:

[1]  Terme que j'ai repris de Joseph DOUCE, (1986), La question transsexuelle, Paris, Lumière & Justice, 259 p.

[2]  En 1996, l'une d'entre nous, bien qu'elle n'employait pas exactement ces termes, a attiré mon attention sur la différence entre le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme et la féminité/masculinité.

[3]  REUCHER T., (2000), La sexualité des “transsexuels” (syndrome de Benjamin). Approche ethnopsychiatrique, mémoire de Maîtrise de psychologie clinique et pathologique, sous la direction de Nathalie ZAJDE, Université de Paris 8, 110 p., et Annexes, 129 p., disponibles au Centre Georges Devereux, Université Paris 8. Voir pp. 30-31 et Dépouillement des tableaux comparatifs, Annexe H, p. H.5, les tableaux 12, 13 et 14.

[4]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 66.

[5]  Ce n'est pas une pathologie psychique, mais la souffrance qu'engendre cette problématique peut générer des états anxieux, dépressifs, voire aboutir à des tentatives de mutilations ou de suicides

[6]  D'où l'importance d'une chirurgie réussie. Car quand une personne est devenue plus ou moins handicapée du fait d'une chirurgie ratée, elle ne saurait être satisfaite.

[7]  REUCHER T., (2000), op. cit.

[8]  Personnes non concernées par le syndrome de Benjamin, non-“transsexuels/les”.

[9]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin, “transsexuels/les”, femmes et hommes confondus.

[10]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin féminin ou “transsexuelles” ou nouvelles femmes, conversion homme vers femme ou H->F.

[11]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin masculin ou “transsexuels” ou nouveaux hommes, conversion femme vers homme ou H->F.

[12]  Transvesti ou travesti selon les auteurs. Pour ces auteurs, les deux termes recouvrent la même réalité.

[13]  Il en retrace l'historique dans BENJAMIN H., (1969), Introduction, in Transsexualism and Sex Reassignment, GREEN Richard et MONEY John Eds, Baltimore, John Hopkins University Press.

[14]  Pour une revue détaillée de la partie historique, consulter les sites internet www.transhistory.org et www.asbfrance.org.

[15]  DOUCÉ J., (1986), Quelques observations d'un psychologue praticien, in La question transsexuelle, Joseph DOUCÉ Eds, Paris, Lumière & Justice, pp. 129-139.

[16]  DOUCÉ J., (1986), op. cit., p. 133.

[17]  DOUCÉ J., (1986), op. cit., p. 131.

[18]  Etats-Unis d'Amérique. L'Amérique étant un continent, tous les autres pays et habitants de ce continent peuvent aussi être appelés “américains”. C'est un excès de langage que d'utiliser ce terme pour les USA.

[19]  BRETON J., et coll., (1985), Le transsexualisme: étude nosographique et médico-légale, (Rapport de médecine légale, congrès de psychiatrie et de neurologie, Besançon 1985), Paris, Masson, 205 p, p. 33-37.

[20]  OMS, (1993a), F64.x Troubles de l'identité sexuelle, in CIM-10 / ICD-10 Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement. Critères diagnostic pour la recherche, Genève, Paris, Masson, pp. 192-199.

[21]  OMS, (1993b), F64.x Troubles de l'identité sexuelle, in CIM-10 / ICD-10 Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement. Descriptions clinique et directives pour le diagnostic, Genève, Paris, Masson, pp. 123.

[22]  American Psychiatric Association, (1984), Troubles de l'identité sexuelle, in Mini DSM IIIR, Critères diagnostic, (Washington DC, 1984), trad. fr.: Paris, Milan, Barcelone, Masson, 1996, pp. 74-77.

[23]  American Psychiatric Association, (1994), Troubles de l'identité sexuelle, in Mini DSM IV, Critères diagnostic, (Washington DC, 1994), trad. fr.: Paris, Milan, Barcelone, Masson, 1996, pp. 250-252.


Mis en ligne le 11/11/2003. Mis à jour le 05/04/2004.

http://syndromedebenjamin.free.fr/textes/travauxfac/memoiredesstom/chap2-1.htm 

Un groupe transsexuel ?
D’abord les transsexuel(le)s se présentent comme voulant être le plus normaux/les
possible, ils/elles revendiquent le droit à une vie des plus banales. Leur objectif est d’intégrer
le sexe féminin ou le sexe masculin. La transsexualité est un parcours, une étape de
l’existence. Pourtant, l’intégration ne se fait pas si facilement et la population transsexuelle se
trouve dans l’obligation de revendiquer une place. Certain(e)s s’affirment transgenres et se
placent du côté de la subversion, tandis que d’autres revendiquent une spécificité
transsexuelle.
Mais cette nécessité de poser une revendication, si elle ne confère pas une identité,
manifeste au moins un groupe, parfois tangible (réseau), parfois plus immatériel mais
constitué de frontières symboliques strictes.
 
source : Hommes et femmes transsexuel(le)s en France. Entre normalisations et subversion (Mémoire de Maîtrise d'Ethnologie, date de publication 28 / 01 / 2005) par Bénédicte RADAL
Télécharger : Pour y accéder cliquez ici ou téléchargez le (557 Ko)

Commenter cet article