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Publié par caphi

Extraits d'un mémoire de DESS (2002)

Pour commencer une mise au point concernant la terminologie me semble nécessaire. J'emploierai les termes suivants dans le sens précisé:

-- SEXE PSYCHOLOGIQUE[1] pour le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme,

-- IDENTITE SEXUEE ou IDENTITE DE GENRE pour féminité et masculinité[2],

-- GENRE pour la représentation sociale des valeurs féminines et masculines,

-- ATTIRANCE AMOUREUSE ET SEXUELLE pour orientation sexuelle (ou choix d'objet).

Le SEXE PSYCHOLOGIQUE, c’est à dire le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme, se structure de façon stable très tôt dans l’enfance chez la très grande majorité des individus. La “transsexualité” n'est ni un désir de changement de sexe, ni d'un choix de vie, c'est une contrainte à la métamorphose, une obligation à être soi.

Aucune psychothérapie, psychanalyse, aucun traitement ne peut changer un sexe psychologique stable. Ces techniques peuvent par ailleurs être utiles pour des problématiques autres qui peuvent aussi cohabiter avec une “transsexualité”. Comme les psychothérapies coercitives visant à changer le sexe psychologique des “transsexuels” afin de le faire correspondre au sexe somatique ont échoué, la seule solution restante est de modifier le corps pour qu'il corresponde au psychisme des personnes.

Bien qu'elles aient conscience de leur sexe anatomique, des personnes me disent ne pas savoir si elles se sentent appartenir au groupe de femmes ou au groupe des hommes, ou bien se sentir tantôt femme, tantôt homme. D'autres personnes doutent de leur sexe psychologique parce qu'elles ne se sentent pas en concordance avec les stéréotypes liés aux genres. Elles disent ne pas se sentir assez féminines pour une femme ou pas assez masculines pour un homme, ou elles disent être trop masculines pour une femme ou trop féminines pour un homme. Elles disent aussi se sentir en décalage sur le ressenti de féminité/masculinité par rapport à leur sexe anatomique. Pour elles, ne pas être assez féminine par rapport aux stéréotypes de genres, c'est peut-être ne pas être une femme, ou ne pas être assez masculin par rapport aux stéréotypes de genres, c'est peut-être ne pas être un homme. Parce qu'elles pensent que leur identité de genre ne correspond pas aux stéréotypes de genres, elles doutent de leur sexe psychologique. Cela peut entraîner une souffrance, et dans ce cas il est utile de proposer une aide psychologique. Du fait qu'il y a un manque de liberté et de recul par rapport à ces stéréotypes qui sont des constructions sociales, il faut aider à prendre conscience qu'une femme ou qu'un homme n'a pas besoin de coller aux stéréotypes sociaux pour être une femme ou un homme. La thérapie consiste à démonter une fabrication sociale.

Le GENRE est une représentation sociale des valeurs féminines et masculines attribuées à chacun des deux sexes. Le genre est une construction sociale et il varie avec les époques et les cultures. Le genre est issu d'une organisation hétérocentrée et hétéronormative de la société.

L'IDENTITE SEXUEE ou IDENTITE DE GENRE est la féminité ou/et la masculinité ressentie, le sentiment d'être féminin ou/et masculin. La féminité et la masculinité fluctuent et cohabitent à des degrés variables chez une même personne[3]. En général la femme est plus féminine que masculine et l'homme plus masculin que féminin. Mais une personne peut être une femme masculine sans pour autant douter d'être une femme, de même, une autre personne peut être un homme féminin qui ne doute pas d'être un homme. C'est une chose que d'être un homme féminin, c'est autre chose que d'être un homme qui se sent femme (idem pour une femme masculine et une femme qui se sent homme).

Les transsexuels/les ne changent ni de sexe psychologique ni d'identité de genre. Certains changent de rôle de genre (comportement social) mais pas tous, (cela dépend de l'âge de début de transition). Les transsexuels/les se conforment socialement au sexe auquel ils se sentent appartenir. Même s'ils y réfléchissent, les transsexuels/les ne remettent pas en cause les rôles sexués ni les genres, ce qui n'est pas le cas des transgenres qui ne cherchent pas forcément à être reconnus socialement comme femme ou homme.

Le “transsexuel” est conscient de son sexe de naissance et il ne le nie pas. Il sait qu'il fait partie d'une catégorie sexuelle (femme ou homme). En ce sens, il n'est pas délirant, puisque conscient de la réalité physique (principe de réalité). On peut même dire qu'il reconnaît la différence des sexes et que cette partie Oedipienne lui est acquise. Par contre, son sexe psychologique ne correspond pas à son sexe anatomique, et c'est là son problème. Il lui est impossible d'expliquer pourquoi. A partir du moment où il constate la nature de son sexe anatomique, il prend conscience de la dichotomie entre son sexe corporel et son sexe psychologique. Ces derniers sont de deux sexes différents, l'un femme, l'autre homme, (ou l'inverse). Chez certains sujets, la prise de conscience de la réalité de leur sexe anatomique n'intervient qu'à la puberté. La mise en route des caractères sexuels secondaires les oblige à voir la réalité. Ces phénomènes se rencontrent aussi chez des non-“transsexuels” qui ne savent pas clairement s'ils sont femme ou homme ou se découvrent femme alors qu'ils se croyaient homme ou l'inverse. Dans ce cas, les choses ne sont pas structurées et peuvent se réaménager.

A propos du principe de plaisir, on ne peut pas dire que pour la personne “transsexuelle” le principe de plaisir est plus important que le principe de réalité. En effet, être “transsexuel” engendre une telle souffrance psychologique que cette affirmation pose problème. Le parcours “transsexuel”, la transformation, vise à soulager cette souffrance en permettant aux personnes concernées de retrouver leur unicité psychisme-corps pour leur permettre d'être tout simplement.

L'ATTIRANCE AMOUREUSE ET SEXUELLE correspond à l'hétérosexualité, l'homosexualité, la bisexualité et l'asexualité (sans attirance amoureuse et sexuelle). L'attirance amoureuse et sexuelle peut varier au cours de la vie et que de ce fait les catégories sexuelles ne sont pas figées[4].

Le sexe psychologique, l’identité de genre (ou identité sexuée) et l’attirance amoureuse et sexuelle sont censés se structurer dans cet ordre, mais comme ils sont indépendants les uns des autres, cet ordre n'est pas toujours respecté. Les personnes dont le sexe psychologique n'est pas stable peuvent avoir une attirance amoureuse et sexuelle et vivre des relations avec une ou plusieurs personnes.


Contrairement à maladie dont on connaît l'origine, un SYNDROME est un ensemble de signes et/ou de symptômes qui caractérisent une affection ou un handicap dont l'origine est inconnue. En attendant de savoir si la “transsexualité” est une maladie ou un handicap, c'est une question qui nécessite des soins médicaux de longue durée, (traitement hormonal, accompagnement psychologique, éventuellement chirurgie). Les personnes dites “transsexuelles” ne sont pas malades au sens biologique ou psychologique[5] du terme, pas plus qu'une femme qui prend une pilule contraceptive ou demande une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), ni qu'un couple qui demande une PMA (Procréation Médicalement Assistée). Mais le traitement hormonal, délivré uniquement sur ordonnance, nécessite un suivi médical. Il en est de même pour une femme qui prend un contraceptif. L'IVG et surtout la PMA nécessitent des interventions complexes et des techniques sophistiquées, tout comme la chirurgie des “transsexuels/les”.

Il me semble préférable de parler de SYNDROME DE BENJAMIN FEMININ (SBF) ou de “transsexuelle” quand il s'agit d'un homme au sexe psychologique de femme, c'est-à-dire de conversion physique d'homme vers femme. Et de parler de SYNDROME DE BENJAMIN MASCULIN (SBM) ou de “transsexuel” quand il s'agit d'une femme au sexe psychologique d'homme, c'est-à-dire de conversion physique de femme vers homme. En faisant ainsi, je ne dénie pas les personnes et je ne les discrédite pas. Je tiens compte de leur nature profonde en ne les décrivant pas par ce qu'elles rejettent: leur sexe de naissance.

Le syndrome de Benjamin (“transsexualité”) est un état transitoire, le temps de la transition d'un sexe à l'autre depuis la prise de conscience jusqu'au changement d'état civil. Cette phase transitoire dure plusieurs années. Pour retrouver leur unicité, (correspondance entre le sexe psychologique et le sexe anatomique), les personnes concernées par le syndrome de Benjamin n'ont pas d'autres solutions que les traitements médicaux, la chirurgie devant rester facultative. De cette façon, la “transsexuelle” devient physiquement une femme, et le “transsexuel” devient physiquement un homme. Seul le physique change, pas le sexe psychologique.

Cette transformation n'est pas parfaite, les traitements médico-chirurgicaux ne font qu'adapter le corps du patient pour lui permettre de vivre “normalement” dans l'autre sexe. Il est évident que ces traitements ne changent pas la formule chromosomique du sujet, qu'ils rendent le patient définitivement stérile, et qu'ils nécessitent une prise d'hormones à vie ou jusqu'à 60 ans. Les personnes concernées par le syndrome de Benjamin considèrent ces traitements, s'ils sont bien faits, comme une réparation[6], non comme une mutilation. Ces traitements, s'ils sont bien faits, améliorent la vie des personnes. Mais le traitement médical ne devient un succès qu'avec le changement d’état-civil (le changement du sexe et des prénoms sur l’acte de naissance). Sans cela, les personnes dites “transsexuelles” restent sans papier.

A cause de leur aspect physique dit “normal”, les personnes concernées par le syndrome de Benjamin sont niées dans leur existence même et dans ce qu'elles ressentent. A tel point qu'elles arrivent à croire qu'elles déraisonnent. Ainsi, toute leur enfance et une partie de leur vie d'adulte sont gâchées. Puis il leur faut plusieurs années, après avoir essayé de s'adapter, pour qu'elles acceptent leur nature et aient le courage d'effectuer ce parcours. Pour affirmer cela, je m'appuis sur les nombreux entretiens téléphoniques que j'ai avec les personnes concernées lors de mes permanences à l'Association du Syndrome de Benjamin et mon propre parcours médical.

Pour nous, “transsexuels”, c'est une problématique extra psychique. Notre problème est le suivant: notre sexe psychologique n'est pas en accord avec notre sexe anatomique. Nous savons comment y remédier: changer notre corps. Et les moyens techniques pour y arriver existent: les hormones et la chirurgie. Cela fait presque 50 ans que les personnes “transsexuelles” réussissent à transformer leur corps et que, de ce fait, elles sont débarrassées du problème initial. Après, elles n'ont ni plus ni moins de problème psychologique que le reste de la population. Il nous suffit de changer notre corps pour retrouver notre unicité et nous sentir en harmonie avec nous-mêmes. Nous savons ce qu'il nous faut. Pourquoi nous empêche t-on d'y accéder?

La chirurgie permet de réparer des becs de lièvre, des nez, des oreilles, que leurs propriétaires ne supportent pas. Des personnes se font liposucer, rectifier une partie de leur anatomie qu'elles considèrent comme disgracieuse et s'en elle trouvent mieux. Là aussi les moyens techniques existent et les personnes les utilisent parce qu'ils améliorent leur vie. Certes changer de sexe n'est pas anodin. C'est pourquoi il est nécessaire de pouvoir prendre une décision éclairée. Pour cela, il nous faut une bonne information, un accompagnement psychologique et, si nécessaire, une aide à l'autodiagnostic. Il ne faut pas oublier que pour nous, la sexualité n'est pas ce qui est le plus important. Notre objectif est d'être nous-mêmes.

Notes:

[1]  Terme que j'ai repris de Joseph DOUCE, (1986), La question transsexuelle, Paris, Lumière & Justice, 259 p.

[2]  En 1996, l'une d'entre nous, bien qu'elle n'employait pas exactement ces termes, a attiré mon attention sur la différence entre le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme et la féminité/masculinité.

[3]  REUCHER T., (2000), La sexualité des “transsexuels” (syndrome de Benjamin). Approche ethnopsychiatrique, mémoire de Maîtrise de psychologie clinique et pathologique, sous la direction de Nathalie ZAJDE, Université de Paris 8, 110 p., et Annexes, 129 p., disponibles au Centre Georges Devereux, Université Paris 8. Voir pp. 30-31 et Dépouillement des tableaux comparatifs, Annexe H, p. H.5, les tableaux 12, 13 et 14.

[4]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 66.

[5]  Ce n'est pas une pathologie psychique, mais la souffrance qu'engendre cette problématique peut générer des états anxieux, dépressifs, voire aboutir à des tentatives de mutilations ou de suicides

[6]  D'où l'importance d'une chirurgie réussie. Car quand une personne est devenue plus ou moins handicapée du fait d'une chirurgie ratée, elle ne saurait être satisfaite.

Mis en ligne le 11/11/2003. Mis à jour le 05/04/2004.

http://syndromedebenjamin.free.fr/textes/travauxfac/memoiredesstom/chap2-1.htm

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