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Publié par caphi


"Accepter l'homosexualité à l'école"

Propos recueillis par Gaël VAILLANT
leJDD.fr
>> La Marche des fiertés 2008 se déroulera samedi un peu partout dans le monde. Plus de 500000 personnes sont attendues à Paris. Alain Piriou, porte-parole de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT), qui organise la Gay Pride parisienne, revient pour le JDD.fr sur le thème choisi: "Pour une école sans aucune discrimination".

Le thème de la Gay Pride 2008 porte sur l'homosexualité à l'école. Pourquoi avoir choisi un sujet plus précis, moins général que les années précédentes?
Nous avons choisi de sortir des sentiers battus, en nous penchant sur un sujet plus sensible. Il faut prendre les choses à la racine, en proposant des sensibilisations dès le collège. Pour imposer le respect pour tous, il faut dédramatiser ce qui est parfois considérer comme un "problème". Pendant son adolescence, l'enfant acquiert des réflexes qu'il conservera sans doute toute sa vie. C'est pourquoi nous devons dépassionner l'homosexualité au plus tôt.

Quels sont les moyens pour combattre ces discriminations à l'école?
Il faut d'abord parer au plus urgent. Quand un enfant se fait injurier dans la cour de récréation parce qu'il est un peu efféminé, les enseignants ou le personnel encadrant doivent savoir comment réagir. Mais il est toujours difficile d'expliquer que l'homosexualité peut être normale. Les enfants suivent souvent les préjugés inculqués par leurs parents. Aucune formation n'apprend aux professeurs à faire face à l'homophobie. Et ce n'est pas leur métier. Une approche par l'extérieur restera donc toujours plus efficace. Depuis les années 90, de nombreuses associations circulent dans les classes pour limiter les discriminations. Les intervenants parlent de sexualité, d'intégration sociale, des discriminations, de respect de l'autre. Les élèves sont très réactifs et une minorité se montre réticente.

Est-ce suffisant?
Les associations ne peuvent pas tout faire. D'une part, les établissements sont plus ouverts à ces sensibilisations, et la demande devient trop importante pour le réseau associatif. D'autre part, des psychologues ou des spécialistes de l'homosexualité sont souvent des intervenants plus légitimes aux yeux des enfants, des parents et des enseignants. Par exemple, les Centres régionaux d'information et de prévention du Sida (CRIPS) font le tour des lycées parisiens. Pourquoi ne pas généraliser ce genre d'interventions institutionnalisées?

Le gouvernement est-il plus attentif aux demandes des associations gaies et lesbiennes?
Le ministère de l'Education nationale est beaucoup plus sensible qu'il y a dix ans. Xavier Darcos est très attentif aux discriminations au lycée, et il a inclu la lutte contre l'homophobie parmi les dix priorités de la lettre de rentrée 2008. Une directive toujours très suivie par les chefs d'établissements. Une deuxième initiative officielle aura encore plus d'impact: le ministère va faire la publicité d'un numéro azur. Tout en gardant leur anonymat, les jeunes pourront discuter de leur sexualité avec des spécialistes. Des cartes mémos seront distribuées à la rentrée à tous les lycées. Des brochures seront proposées aux élèves et enseignants. Pour une fois, ces mesures sont concrètes. Il ne s'agit pas d'un énième engagement politicien. Le bémol vient des collèges. C'est dommage: les adolescents doivent attendre le lycée pour que des personnes répondent sur des questions qu'ils se posent depuis leur sixième. Mais le sujet est encore un peu tabou. Et le collège continue de rester un "no man's land" côté sensibilisation.

Y'a-t-il encore un blocage chez certains hommes politiques?
Tous les ministères ne sont pas aussi engagés... Roselyne Bachelot, la ministre de la santé, promet beaucoup de choses. Par exemple, sur la question de la transsexualité, nous allons durcir le ton si elle continue à faire de la langue de bois. Il faut savoir que changer de sexe est toujours considéré comme une maladie mentale. Cela fait un an que madame la ministre nous promet de supprimer cette absurdité du système administratif et judicaire français. Si rien n'est fait, nous sommes prêts à aller devant les tribunaux. A cause du vide juridique sur la question, quelqu'un qui se fait opérer en Belgique (pour devenir transsexuel) ne peut pas se faire rembourser par la Sécurité sociale. Si le ministère de la Santé continue à promettre sans rien faire, nous sommes prêts à aller en justice, dans l'espoir de faire jurisprudence.
[Lejdd.]
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