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Publié par caphi

Vie privée désertique, vie publique semée d'embûches: galère story pour celui qui a changé de corps.

Quarante ans dans un corps qui n’était pas le sien. Avant de devenir une femme. © Olivier Vogelsang | Erika.


ADÉLITA GENOUD | 17 Avril 2008, Tribune de Genève


Depuis qu'elle est devenue officiellement Erika, son existence est comme vouée au feu de la géhenne. Vie affective désertique, difficulté à décrocher un contrat à durée indéterminée: son nouveau corps gêne aux entournures. Au lendemain de la création de la Fédération genevoise des associations de gays, lesbiennes, bi et transsexuels, récit d'une croisade contre la transphobie.

«Un corps pas adapté»

Elle est née dans un chou pas dans une rose. Certes. La nature, qui n'est pas infaillible, se trompe parfois. Qui glisse les germes de la féminité dans une enveloppe masculine. «Pendant quarante ans, j'ai accepté ce corps qui n'était pas fait pour moi.» La peur des autres, du qu'en dira-t-on. Et puis, un jour le coeur se casse. Alors? Elle a décidé de changer de genre.

«J'ai subi maintes interventions chirurgicales y compris pour modifier ma voix.» Elle dit qu'elle n'a jamais regretté sa conversion féminine. Même si, depuis sept ans, elle a perdu un peu d'elle-même. Reniée par sa famille, ses amis, elle n'a jamais pu reconstruire de vie affective. «Seule ma fille a compris mon désespoir et a accepté ma transformation. Nous sommes restées complices. Elle m'appelle par mon prénom. Les choses se sont passées ainsi, tout naturellement.»

Travail sur appel

Dans sa vie d'avant, Erika était électrotechnicien. «Mais pendant ma convalescence, j'ai décidé de reprendre le chemin de l'école et j'ai décroché un diplôme d'aide soignante et de masseuse.» Inscrite dans de multiples agences françaises et suisses de travail temporaire, Erika travaille sur appel. Quelques jours, quelques mois par ci et par là.

«Depuis des années, j'adresse mon curriculum vitae à l'ensemble des établissements hospitaliers privés et publics de l'arc lémanique. En vain. Ou presque. En six ans, j'ai réussi à obtenir un seul contrat. La direction d'une clinique qui m'avait engagée quelque temps n'a pas souhaité pérenniser mon emploi. Elle a expliqué à mon conseiller en placement que mes compétences n'étaient pas en cause mais que mon physique pouvait offusquer certains patients.»

La tentation de la prostitution

Erika est convaincue que ses épaules qu'elle juge un peu trop fortes et ses mains massives la trahissent. «Les transsexuels qui passent du statut d'homme à femme ont plus de difficultés que ceux qui font le parcours à l'envers. Les hormones féminines qui nous sont prescrites sont généralement moins efficaces que la testostérone qui développe aussitôt le système pileux et ajoute plus de graves dans les octaves.»

Mais Erika ne souhaite pas ramener la couverture à elle. La situation des transsexuels est complexe. Ex-militante à l'association 360, elle affirme que la majorité des personnes dans son cas ne retrouvent pas d'emploi et finissent par se prostituer. L'idée lui a traversé la tête à elle aussi. C'était en septembre dernier. «Mais, la perspective de me sentir souillée me donnait la nausée. Je me suis dit plutôt mourir. Et j'ai essayé de mettre fin à mes jours.»

Aujourd'hui, elle a envie de repartir en croisade. Pour elle. Pour les autres aussi. Et contre ceux qui n'admettent pas que changer de genre n'est pas un choix mais une nécessité ou que la transsexualité s'amalgame si bien à la perversion. Comme si le chaos qui précède le passage au changement de genre avait quelque chose à voir avec la moralité.

source : Tribune de Genève

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