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Publié par caphi

[les dits-tôt de caphi] La résis-trans
[manifestation] Résistrans, la 11ème Existrans
[prud'hommes] Une transsexuelle française demande la condamnation de son employeur pour licenciement discriminatoire
[livre-témoignage] J'ai changé de sexe par Bambi
[cinéma] Montreuil : une saison de films et vidéos autour du corps et des identités sexuelles
[tévé] Mirna, Transsexuelle et prostituée
[étude] La question de la métamorphose
[forum] Les stéréotypes ne mélangent (toujours) pas les genres

[les dits-tôt de caphi] La résis-trans
Travail, santé, famille... Les désirs des trans ne différent pas des autres individus. Elles-ils cherchent à s'intégrer, à travailler et à vivre normalement. Elles-ils ne veulent pas non plus être considéré(e)s comme des "malades mentaux" (comme encore la nomenclature clinique les classe).
 
Ce samedi 6 octobre 2007 à Paris - mais aussi à Barcelone (Espagne) le lendemain -, les Trans et Intersexué(e)s organisent leur marche annuelle, l'Existrans (la 11e déjà !),  pour se rappeler aux bons (et mauvais souvenirs) que la société et le pouvoir politique et médical (de certains psychiatres) leur font encore subir.
 
Leur manifeste : "Contre la psychiatrisation, résistrans ! "
 
Pour rappeler aussi à ceux qui oublient que le regard ne suffit plus : elles-ils réclament plus d'égards... sans les égarements psychiatriques.
 
caphi

[manifestation]

Résistrans, la 11ème Existrans

C'est sous le slogan combatif "Résistrans" qu'aura lieu la 11ème Existrans, marche pour les droits des trans, samedi 6 octobre. Cette manifestation aura lieu en même temps qu'une marche analogue à Barcelone. Toutes deux mobilisent contre la psychiatrisation.
"Contre la psychiatrisation, résistrans !", le mot d'ordre de la 11ème marche des transsexuels se veut offensif. Le pavé parisien devrait donc retentir de slogans dénonçant le statut des transgenres. Mais l'écho de cette marche devrait dépasser la capitale puisqu'au même moment, une marche identique se déroulera dans les rues de Barcelone.
En effet, les 6 et 7 octobre, dans une volonté d'action commune européenne, les transsexuels organisent deux marches, dans les deux villes. Les revendications des deux manifestations porteront en premier lieu sur la dépsychiatrisation.

"Nous sommes à un moment critique dans l'évolution de notre statut au sein des dispositifs de santé", soulignent les associations de défense des transsexuels. La Haute Autorité française de Santé doit se prononcer sur la situation de prise en charge du transsexualisme dans quelques mois, mais les associations redoutent que les perspectives d'évolution fassent toujours prévaloir la nomenclature psychiatrique internationale.
"Récemment, plusieurs pays européens ont légiféré sur les questions trans, mais sans pour autant sortir de la psychiatrisation, font valoir les associations. Nous devons donc envisager une future législation française, qui elle, tienne compte de nos revendications".

Au premier rang de ces revendications figure le retrait de l'identité de genre de la liste des maladies mentales, comme ce fut le cas pour l'homosexualité en 1992.
Le droit à disposer librement et gratuitement des techniques médiales d'assistance à la réassignation de genre est l'autre revendication primordiale des personnes transgenres, assorti du changement de prénom et de sexe sur les actes d'état civil et les documents officiels.

Les marches de Paris et Barcelone feront évidemment une place aux revendications internationales comme le droit d'asile pour les personnes trans étrangères menacées dans leur pays.

Existrans - samedi 6 octobre 2007 de 14h à 18h - départ place du Chatelet, arrivée place de la République.

Mis en ligne le 02/10/07 par E-llico.com

[prud'hommes]
Une transsexuelle française demande la condamnation de son employeur pour licenciement discriminatoire
Clarisse V. est transsexuelle. Elle a été licenciée suite à l'annonce de sa transidentité, il y a un an, le 12 septembre 2006. Le 8 octobre prochain se tiendra le procès qu'elle intente à son employeur aux prud'hommes de Montpellier pour "licenciement abusif et discriminatoire". La Halde sera représentée par son avocat. Le jugement rendu constituera une première en France qui devrait faire jurispridence. 

Mis en ligne par
E-llico.com le 25//09/07
http://v2.e-llico.com/rubrique.htm?rubrique=telex&articleID=16194
 
Le blog de Clarisse : http://transexperience.blogspot.com () 

Camille, annonce sur son blog, le vendredi 5 octobre 2007 : 

"
Je viens d'apprendre que la partie adverse ("l'employeur") demande le report de la plaidoirie du 8 octobre invoquant la présence de la HALDE. Le procès sera donc reporté à une date ultérieure. Je posterai ici [sur son blog] la nouvelle date qui sera décidée par le juge". 

Le 22 février 2008, elle précise  la nouvelle date pour les prud'hommes : "Contrairement a ce qui avait été annoncé, la plaidoirie aura lieu le LUNDI 31 MARS [2008]aux prud'hommes de Montpellier, section Cadre".

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[livre-témoignage] J'ai changé de sexe par Bambi

« Marie, parce que c’est joli », aux éditions Bonobo

"Dès mon enfance, j’ai su qu’une femme sommeillait en moi, même si je m’appelais Jean-Pierre. A l’adolescence, j’ai redouté les premiers stigmates de la virilité. En devenant Bambi au côté de Coccinelle j’ai franchi une étape. Mais c’est en avril 1961 qu’a eu lieu ma renaissance quand l’état civil m’a rebaptisé Marie-Pierre."

Née en 1935, Marie-Pierre Pruvot devient, sous le nom de Bambi, la figure de proue du cabaret parisien Le Carrousel. Pendant une vingtaine d’années, partageant la scène avec son amie Coccinelle, elle est une danseuse célébrée par le Tout-Paris. Tout en travaillant, elle poursuit ses études. Elle passe son bac à 33 ans, obtient un Capes de lettres en 1974. Elle vient de publier son autobiographie, « Marie, parce que c’est joli », aux éditions Bonobo, qui aborde sans complexe la transsexualité.


source : parismatch.com

Je suis née sous le nom de Jean-Pierre Pruvot. Mon enfance en Algérie, bien que globalement heureuse, est en partie gâchée par l’opposition entre, d’une part, ma volonté d’être une fille – et même la certitude que je le suis et le resterai – et, d’autre part, la réalité extérieure qui me fait garçon. En mai 1946, je fais un rêve bouleversant. Un cercueil se transforme en grand bloc de glace. Je me penche, et je distingue... mon corps, une fille, dans une enveloppe cristalline ! En m’éveillant, je sens tout mon être inondé du bonheur d’exister. Je sais que j’aurai assez de persévérance, de force pour attendre le moment où fondra la glace.
Le temps passe et je m’oblige à une constante contention (voix, coiffure, vêtements, gestes, démarche...) pour éviter le scandale, surtout après la mort de mon père, qui me fragilise alors que je n’ai que 14 ans. Je passe ma vie à lire dans ma chambre et à attendre un miracle qui fera de moi la femme que je suis. Mon aspect masculin n’est qu’un camouflage. Devant le miroir, j’apprends à fixer mon image, à la remodeler au gré de mon imagination. Je me donne des contours conformes à mon moi intime que j’appelle « Marie ». Je mobilise toute ma vigilance à me construire, et quand j’y parviens, j’atteins des sommets de bonheur d’où il m’est difficile de redescendre.
A l’adolescence, l’idée que puissent apparaître les stigmates de la virilité me terrorise. Mais j’ai de quoi me rassurer. J’ai maigri et grandi, je me trouve les traits affinés, la peau douce. Je finis par croire que Dieu a exaucé mes prières et que, peu à peu, il fait de moi la jeune fille qui ne vivait encore que claustrée dans une écorce. On peut bien me trouver « mignon », « fin » ou encore « efféminé », ce n’est pas ce qui fait mon affaire. Ce n’est pas une question d’homosexualité ou d’hétérosexualité, c’est une question de grammaire. Je revendique mon appartenance au féminin.
En cet été 1952, un événement ouvre une trouée dans mon horizon. Je découvre au casino tout proche une tournée du cabaret Le Carrousel, avec la fameuse Coccinelle, qui en est à ses débuts. Des travestis, des artistes ! Des bijoux somptueux, des costumes époustouflants, toutes sortes de falbalas, d’excentricités, un spectacle magnifique ! Mon sort est fixé : en septembre 1954, je rentre au Carrousel à Paris. Je deviens Bambi. Je peux faire des projets, je suis en train de réussir ma vie. Par Coccinelle, j’apprends qu’à Casablanca le Dr Burou commence à pratiquer des opérations de « réassignation de sexe », très au point, dit-on. Je me renseigne, je me mets à rêver, j’y crois. On ne renonce pas au plaisir. Rien ne me semble rédhibitoire.
Je vois arriver mes 25 ans. Tout me presse. Marc, mon compagnon, répète que je suis parfaite comme je suis. Un accident accélère tout : je manque de me noyer. Au moment où je crois que je vais mourir, je me promets que si, par miracle, je m’en sors, mon premier geste sera de m’en remettre au Dr Burou. L’amour que je porte à Marc, pourtant fort et sincère, ne peut peser dans la balance. Je m’envole pour Casablanca le 17 avril 1961.
Clinique du Parc. L’autorité paternelle du Dr Burou me rassure. Pour 5 000 francs de l’époque et en deux heures et demie, le mirage sera enfin matérialisé. Appréhension de l’accident. Réveil nauséeux. Les bons soins du personnel ne peuvent tout à fait atténuer l’anxiété de voir des tuméfactions, des tuyaux incorporés, des chairs anesthésiées. Mais il y a quelque chose d’accompli, une avancée, une renaissance. J’ai hâte de m’observer et de me découvrir. En quinze jours je suis fixée sur la réussite de l’opération. Dès que je suis sur pied, je guette, constate au jour le jour la métamorphose. Je me regarde nue dans le miroir, je m’apprécie, je m’admire et, bientôt, sans étonnement, je renoue avec mon corps qui est enfin le vrai.
Alors, j’attends qu’on rapatrie mon état civil. Pendant six ans ! En désespoir de cause, je me rends à Alger où les autorités m’accordent aussitôt le changement : Jean-Pierre devient Marie-Pierre, née de sexe féminin. Ce jugement s’applique en France automatiquement, sans procédure d’exequatur. Ma confiance me fait voir des portes ouvertes, des succès à portée de main. Je sens le feu sacré en moi, même s’il n’a pas encore d’objet précis auquel s’appliquer. Je n’ai qu’un mobile : être apte à mener une « vie normale ». Je reprends mes études, quitte le monde du spectacle avec regrets pour devenir professeure de lettres, une autre aventure fantastique.
Je n’ai pas choisi ma vie. J’ignore par qui ou par quoi elle me fut imposée. Lorsque, à 4 ans, je refusais mon prénom et voulais avoir des robes, je menais mon combat. Je l’ai conduit comme j’ai pu. Je ne sais si j’ai vaincu.

 
[cinéma]  
 
     

Montreuil: une saison de films et vidéos autour du corps et des identités sexuelles

La Maison Populaire de Montreuil et le Cinéma Le Méliès invitent "Le peuple sui manque" pour un cycle de films et d'images sur les minorités sexuelles en 14 rencontres.
La Maison Populaire de Montreuil et le Cinéma Le Méliès programment cette année un panorama de films rares, documentaires, vidéos d'artistes, cinéma d'avant-garde, retraçant une brève histoire du cinéma des corps et des identités, depuis les années 70, des mouvements de libération des femmes et d'affirmation des minorités sexuelles jusqu'au cinéma queer contemporain.
Cette programmation est établie en collaboration avec "Le peuple qui manque".

14 rencontres de cinéma, d'octobre 2007 à mai 2008, dans le cadre des cycles annuels de cinéma (au cinéma le Méliès un mercredi par mois) et de vidéos d'artistes (à la Maison populaire de Montreuil un vendredi par mois), aborderont tour à tour l'histoire des luttes féministes, la rencontre entre art et féminisme, les questions de genre, le mouvement homosexuel, l'Ecole du corps, les politiques transgenres, ou encore l'imbrication des rapports sociaux entre racisme et sexisme.

Infos et programmation détaillée : http://www.lepeuplequimanque.org
source : E-llico.com

[tévé]
Mirna, Transsexuelle et prostituée
Le prochain numéro du magazine « Les tabous de... », présenté par Karine Lemarchand, sera consacré à la prostitution et diffusé mercredi 17 octobre à 22h35 sur France 2. Parmi les sujets qui seront diffusés au cours de l'émission, l'histoire de Mirna.

Mirna, Transsexuelle.
Pourquoi des hommes, souvent mariés, s’attachent-ils les services des transsexuels (qui représentent environ 30% des prostitués à Paris) ? Que cherchent-ils auprès de ces êtres, ni hommes, ni femmes, alors qu’ils revendiquent leur hétérosexualité ? A travers le témoignage de Mirna, transsexuelle, et d’un de ses clients réguliers, nous découvrons l’un des plus grands tabous de la prostitution.
 
[étude] La question de la métamorphose
source : www.agnodice.ch
La question de la métamorphose est un thème récurrent. Ovide, dans son fameux traité des métamorphoses, recensa toutes les expériences de métamorphoses prêtées aux humains dans les récits, contes et mythes. Les métamorphoses ne sont pas qu'humaines, elles sont trans-règne. Ovide consigne des métamorphoses d'humains en animal, en végétal en minéral. Dans les initiations chamaniques, les chamans traversent des expériences de changement identitaire "homme/femme". Plus tard, ils peuvent se métamorphoser en oiseau dans leur quête de l'âme capturée d'un malade qu'ils traitent. Leur métamorphose en minéral ou en végétal, par l'intercession d'absorption de substances, est chose courante.
 
Dans la modernité, où toutes les transmissions de savoirs fonctionnent majoritairement sur le mode pédagogique et non plus initiatique, ces expériences ne sont plus explicitement organisées.
 
Pourtant de réelles métamorphoses, s'opèrent dans la modernité. Elles sont moins visibles, et s'opèrent, à bas bruit au travers de parcours et d'expériences de vie, avec une grande efficacité. Quand elles ratent, elles apparaissent au grand jour, pour qui sait les décoder. Elles produiront des symptômes psychopathologiques précis: ceux d'une organisation traumatique interrompue. Quand elles réussissent ses métamorphoses sont muettes dans le corps social, comme le poisson qui n'a pas conscience de l'eau."
 
REGARD ANTHROPOLOGIQUE SUR LA TRANSSEXUALITE ET SUR LES TRANSGENRES

Si les technologies modernes offrent à ce jour, une réalisation techniquement faisable de cette métamorphose en mobilisant de multiples professionnels (endocrinologues, psychiatres, psychologues, chirurgiens, esthéticiens, phoniatres, jugeS pour les changement d'identité à l'état civil,…), elles ne fournissent pas de sens transcendant à cette expérience de métamorphose, un sens qui aide à vivre, et non à déprimer.
 
Les transsexuels, dans la modernité, sont victimes d'un vide de sens. Beaucoup de sociétés humaines ont des exemples de transsexuels, qui ne portent pas ce nom. De même le découpage entre homosexuels, transsexuels ou travestis ne se fait pas comme dans les sociétés occidentalisées.  En voici quelques illustrations :
 
- Les Berdaches, dans de nombreuses tribus nord américaines, désignent, aujourd'hui encore, soit des hommes qui se conduisent comme des femmes (l'inverse est d'ailleurs beaucoup plus rarement décrit), une personne qui a changé de sexe, un homme-femme, ou une personne qui n'est ni homme ni femme (Masters). Les berdaches peuvent se marier avec un homme, mais n'ont pas d'enfants. 
 
- Il en va de même pour les Fa'afafines, dans les Iles Samoa.
 
- Dans les Iles Tongas, l'irruption des modes de vie occidentaux et la théorie occidentale du découpage dimorphique est venue perturber l'existence de cette communauté appelée Fakaféfine.
 
- Les Xaniths vivent dans le sultanat d'Oman. Ce sont des prostitués mâles, décrits comme étant des êtres doux, impuissants et efféminés. Leur fonction sociale est reconnue. Leur identification est non-masculine. Elle peut être temporaire. Sitôt qu'ils se montrent capables "d'être des hommes comme les autres", ils ne sont plus Xanith. Un rapprochement peut être opéré avec  l'archétype de la bissexualité dans l'antiquité grecque et romaine, à savoir la bissexualité successive chez un même être humain.
 
- Les Hijras forment une communauté de castrats, reconnue en Inde. Ils seraient 100 000 à travers l'ensemble de l'Inde. Cette communauté est un monde à part qui ne répond qu'à ses propres lois. Elle est une sorte de secte, de mafia, au demeurant fort efficace. Cette communauté est en marge de la société indienne mais elle y est néanmoins bien intégrée. Les commuautés Hijras se réunissent en congrès à travers l'Inde. Les Hijras forment une communauté très structurée de chelas (disciples) regroupées autour des gurus. Une parenté s'y organise. La dépendance financière au guru est totale. Les indiens n'aiment pas particulièrement les Hijras. Ils les craignent, en fait. Les Hijras suscitent de l'inquiétude. Si on refuse une aumône à un Hijra, ce dernier relève son sari pour montrer ce qu'il n'a plus. Et c'est cette vision organisée de l'effroi qui est censée porter malheur et attirer le mauvais œil.
 
En Occident, les transsexuels nous montrent que les catégories d'identité de genre (masculin, féminin) ne sont pas des identités naturelles, mais des fabrications sociales et culturelles, strictement verrouillées, et étroitement surveillées. Ces catégories sont le socle qui permet de pérenniser un mode d'existence social, économique et culturel dominant dans une société, à un moment donné de son existence. Si nous nous fions au destin de l'homosexualité, il semblerait que la modernité contemporaine ait fait le choix d'inclure, d'intégrer, d'absorber les marginalités, pour les dissoudre dans les modèles normatifs de la majorité (mariage homosexuel, homoparentalité,…), ce que Michel Foucault prédisait et dénonçait déjà avec le plus grand mépris pour cette forme de capture et de formatage sexuel. 
 
Revenons à l'identité de genre (masculin/féminin). Des stéréotypes réputés normatifs et ethnocentristes de l'identité sexuelle "dimorphique", rangent chacun exclusivement ou du côté des femmes ou du côté des hommes. Au-delà de la contestation du binarisme biologisant sous-jacente à la conception de l'identité sexuelle, il y a aujourd'hui les transgenres. Ils nous montrent que les identités de genre ne sont ni naturelles, ni stables au cours d'une même existence."
 
source : www.agnodice.ch/IMG/doc/FSironi_Geneve_2005_Trans.doc
 
[forum] Les stéréotypes ne mélangent (toujours) pas les genres
par Jean-Michel Dumay, Le Monde du 23.09.07
 
On peut en savoir beaucoup sur les couples à distinguer la façon dont leur linge sale est géré en famille. Linge confié par l'un et exclusivement pris en charge par l'autre, linge strictement géré séparément par chacun, ou encore linge entretenu en commun par utilisation des machines égalitairement partagées. Jean-Claude Kaufmann, sociologue, l'avait observé, qui avait conclu (La Trame conjugale, analyse du couple par son linge, Nathan, 1992) que c'est l'intégration ménagère qui marque l'existence du couple. L'individu "fait couple" parce qu'il s'insère alors dans une organisation collective en mettant en commun des tâches - parfois par voie d'âpres négociations, notamment, paraît-il, chez les plus diplômé(e)s.

A en croire les données livrées par l'Insee cet été, les hommes auraient toujours quelque mal à "faire couple", tout au moins sur les tâches ménagères. Et qu'importe si leurs conjointes travaillent ! Les femmes effectuent en moyenne les deux tiers du travail domestique - soit 680 heures de plus que les hommes sur l'année....

Dans leur dernier ouvrage (Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés, Nathan, 14,95 euros), Christian Baudelot et Roger Establet, compères en sociologie et spécialistes de l'éducation, fournissent des clés de compréhension. Ils reviennent sur les pas d'un livre qui avait fait du bruit en 1973 - Du côté des petites filles, d'Elena Gianini Belotti - en recensant les stéréotypes qui, dès la petite enfance, préparent les petites filles à leur future place dans la société à l'ombre du sexe fort. A trente-cinq ans d'intervalle, rien n'a fondamentalement changé. Malgré le féminisme ou la participation des femmes au travail et aux ressources du foyer.

L'appartenance à un genre, "l'identité de genre", cette construction socioculturelle qui nous rapproche de notre sexe biologique, reste une construction fondamentale qui organise la personnalité : avant de savoir si l'on est fille ou garçon, on naît garçon ou fille dans le regard et le désir de ses parents. Ces désirs, dans le temps, ne varient guère. Baudelot et Establet rappellent que "cette imposition de normes de comportement ne rencontrerait pas le succès qui est le sien si elle ne répondait pas à une forte demande de la part des enfants eux-mêmes. (...) Filles et garçons prennent un plaisir évident à se conformer aux rôles attendus".

Sans parler de plaisir, pour les plus âgés, cela évoque les conclusions de l'Observatoire de la vie étudiante, sur des données de 2003, qui tentait de comprendre les raisons pour lesquelles les filles convertissaient rarement leur supériorité scolaire en supériorité professionnelle. L'Observatoire notait que les bénéfices scolaires retirés par les filles en début de cursus du fait d'un comportement plus studieux "tendaient à être neutralisés lorsque le niveau s'élève par le fait qu'elles sont plus précocement chargées de tâches domestiques et préoccupées par les responsabilités parentales et conjugales", que, souvent d'ailleurs, elles anticipent. Vivant seules, les étudiantes sont proportionnellement plus nombreuses à faire la cuisine que les étudiants. Et moins nombreuses, à tous âges, à rapporter leur linge sale au domicile parental...

Cependant, par petites touches, les choses évolueraient. La construction du genre s'effectue, depuis les années 1970, dans une société mixte. Et la grande variété des activités de temps libre permet à la fois cette construction et la rencontre de l'autre sexe sur des terres partagées. Les filles, observent Baudelot et Establet, s'aventurent davantage aujourd'hui sur le terrain des loisirs masculins. Bien plus que l'inverse, question de valorisation. Car, au fond, le problème ne serait pas tant l'existence de stéréotypes que la possibilité de pouvoir agir sur leurs contenus et les valeurs afférentes, afin que les différences puissent cesser un jour de renvoyer à des inégalités.

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