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Publié par Caphi

Leelah Alcorn, une ado transgenre de 17 ans, s'est donnée la mort (TUMBLR).
Leelah Alcorn, une ado transgenre de 17 ans, s'est donnée la mort (TUMBLR).

L'exclusion dont sont victimes les transgenres tue. Le 28 décembre dernier, Leelah Alcorn, une adolescente américaine transgenre de 17 ans, a mis fin à ses jours en se jetant sous les roues d'un camion. Repoussée par ses parents, elle a raconté son calvaire dans une lettre d'adieu, publiée après sa mort. Réaction de Brigitte Goldberg, présidente du collectif Trans-Europe.

Leelah Alcorn, une jeune transgenre de 17 ans, vient de se suicider dans l’Ohio. Rejetée par ses parents, se retrouvant dans une voie sans issue et incapable de vivre dans un corps qui n’était pas le sien, elle n’a trouvé d’autre solution pour mettre fin à ses souffrance que de se jeter sous un camion.

Il est vrai que c’est une chose bien difficile à imaginer pour le plus grand nombre. Comment peut-on se revendiquer d’un sexe qui n’est pas le sien ? La nature est pourtant loin d’être parfaite et il lui arrive, quoiqu’en disent les bien-pensants de toutes religions, de faire des erreurs.

Parfois, là-haut, quelqu’un se prend les pieds dans le tapis et se trompe de plan. Imaginiez que vous commandiez un mas provençal et que le promoteur vous livre un chalet suisse…

Beaucoup de trans' vivent dans l'exclusion

Ce sentiment d’appartenance au sexe opposé est une chose autant inexplicable que viscérale. C’est un ressenti extrêmement difficile à comprendre pour qui ne s’est pas un tant soit peu intéressé à la question et rares sont ceux qui ont essayé.

De fait, plus que tout, les transsexuelles sont l’objet d’exclusions. Non seulement de la part de leur milieu familial comme cela a été le cas pour la pauvre Leelah Alcorn, mais de la part de l’ensemble de la société. Comprendre, c’est déjà commencer à accepter.

Mais pour que les gens comprennent ce qu’est réellement une personne transsexuelle, peut-être faudrait-il que l’on fasse l’effort de leur expliquer et c’est malheureusement très loin d’être le cas.

Les personnes transsexuelles sont des gens comme les autres mais, malheureusement, il est plus facile pour les télévisions de nous montrer une Brésilienne qui fait le tapin au bois de Boulogne qu‘une Youcef Nabi qui fut directrice générale de l’Oréal. Montrer une trans qui se lève chaque matin pour aller au travail, qui a une vie normale, ça ne fait pas monter l’audimat. Il est tellement plus facile de sombrer dans un misérabilisme faussement compatissant...

Il ne faut pas se voiler la face non plus. Pour une transsexuelle qui a réussi, combien vivent dans l’exclusion ?

Cacher notre genre est impossible

L'exclusion dont sont victimes les transsexuelles n’est rien d’autre que le fruit du silence sur un sujet tabou dont on ne montre que le coté avilissant. Et c’est là le début de cet infernal cercle vicieux. Comment faire accepter cette différence alors que la seule image que l’on montre de nous est celle de bêtes de foire ?

Résultat : non content de perdre leur famille et leurs amis, les personnes transsexuelles et transgenres en sont réduit à se retrouver exclues de la vie professionnelle. Rien n’oblige les gens à livrer leur orientation sexuelle, mais, dans notre cas, cacher notre genre est impossible. Les changements physiques qui nous touchent sont souvent incompris et très mal perçus.

Dans une société dominée par la binarité sexuelle d’une morale judéo-chrétienne, la période de transition où l’on n’est plus vraiment un garçon sans pour autant être devenu une fille est ressentie par beaucoup comme choquante et intolérable.

Comment faire comprendre que nous sommes astreintes à un suivi médical rétrograde, que nous n’avons même pas le libre choix de notre médecin, et que ce parcours long et difficile qui ne nous permet pas de faire autrement ?

Comment expliquer qu’obtenir des papiers conformes à ce que nous sommes réellement passe par une procédure extrêmement contraignante, longue et coûteuse et digne du moyen-age auquel le gouvernement, malgré ses promesses, n’a jamais eu le courage de mettre un terme, nous laissant pieds et poings liés face à l’arbitraire des juges ?

Une discrimination pas assez combattue

Comment dire que nous n’avons pas le choix et que les souffrances que nous endurons ne sont finalement que peu de chose en face de cette obligation, impérative d’accomplir notre destin fut-ce au prix de notre existence ?

Beaucoup d’entre nous ont tout perdu, famille, amis, travail, pour n’avoir eu d’autre choix que de devenir celle qu’elles avaient toujours été. Et que dire de ces insultes proférées de manière délibérément provocatrice dans le seul but, non seulement de nous humilier, mais, pire encore, d’exercer une haine telle à notre encontre qu’elle en abouti à des violences aussi gratuites qu’innommables.

Tout citoyen de ce pays devrait avoir droit à la protection de la République lorsqu’il est discriminé en raison de sa seule différence. Mais, le gouvernement à d’autres chats à fouetter.

Combattre une discrimination, c’est d’abord la connaître. Les travaux dans ce domaine sont tellement avancés que l’on est incapable de dire combien il y a de personnes transsexuelles et transgenres dans notre pays ! Inutile, donc, de demander combien ont fait l’objet de violence ou ont été licenciées abusivement…

Des politiques indifférents à notre sort

Nous n’avons eu de cesse de demander à ce que la situation des personnes transgenres et transsexuelles fasse enfin l’objet d’une enquête qui permette d’évaluer et de définir le problème. Sans résultat.

Quand à une campagne d’information elle aussi demandée afin que la connaissance prenne enfin le pas sur la peur et sur les terribles réaction qu’elle engendre, inutile même d’y penser.

J’aimerais dire à Marie-Arlette Carlotti et Ségolène Neuville, qui ont été successivement en charge des discriminations dans notre pays et qui ont toujours refusé de me recevoir depuis deux ans, qu’elles ne s’inquiètent pas pour nous. Tout va pour le mieux au pays des trans et nous nageons dans le bonheur.

D’ailleurs, le jour où une jeune Leelah Alcorn française mettra fin à ses jours en se jetant sous les roues de leur voiture de fonction, elles ne pourront pas se dire la conscience tranquille qu’elles ne savaient pas….

lien de l'article : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1301235-une-ado-transgenre-se-suicide-les-trans-ne-sont-pas-des-betes-de-foire-l-exclusion-tue.html

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julie 23/04/2015 11:25

sympa ton article !